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Silvestre II, Gerbert d'Aurillac (en Auvergne v. 938-Rome 1003) ; pape [999-1003].

Silvestre II, Gerbert d'Aurillac (en Auvergne v. 938-Rome 1003) ; pape [999-1003]. Célèbre dans l'historiographie romantique pour avoir été le « pape de l'an mille », célèbre au Moyen Age pour sa science qui lui vaut parfois la réputation de « magicien », S. est un grand intellectuel plongé dans les affaires du monde, pas toujours heureux en politique, moins encore dans son court pontificat (du 3 ou 4 avr. 999 à sa mort le 12 mai 1003). Né vers le milieu du siècle en Auvergne (c'est le premier pape français), il reçoit une éducation exceptionnelle, qui le mène en de grands lieux du savoir, Vic en Catalogne, (avant 970), Reims (à partir de 972). Il y acquiert des connaissances, bien partagées dans le domaine des lettres et de la théologie, plus exceptionnelles dans celui des mathématiques et de l'astronomie. De Reims, où il devient maître de l'école cathédrale, son propre enseignement rayonnera vers Chartres, grand centre des XIe et XIIe siècles. Mais très vite, Gerbert est associé, dans le sillage de son archevêque Adalbéron, aux grandes affaires politiques. En 980-981, il rencontre l'empereur Otton II à Ravenne. Ce premier contact lui vaut en 982 l'abbaye de Bobbio, dans l'Apennin émilien. Il y trouve une riche bibliothèque et de redoutables moines, rétifs à l'étranger. Dès 984, il est rentré à Reims. Nouvel enseignement, nouvel engagement politique. En 987, il assiste et participe à l'avènement de la dynastie capétienne, qui a les faveurs de l'Ottonien. Mais quand il cherche à accéder à l'archevêché de Reims, l'appui de Hugues Capet lui fait défaut. Le rival de Gerbert, Arnoul, se montre bientôt partisan du dernier carolingien et perd les grâces du roi. Gerbert parvient à ses fins, mais au prix d'un coup de force du souverain, qui le substitue d'autorité à Arnoul : appuyée sur un concile houleux (Saint-Basle de Verzy), la manoeuvre est peu appréciée du pape, Jean XV, qui est certes lointain mais bénéficie d'un fort prestige. De 991 à 995, Gerbert lutte donc pour faire reconnaître sa légitimité. Finalement suspendu, mollement soutenu par le roi, il gagne la cour d'Otton III et y gagne une nouvelle place de mentor. Sa nouvelle carrière lui vaut une promotion à l'archevêché de Ravenne (998) puis au trône de saint Pierre. Son nom pontifical vaut programme : S. rend hommage à Silvestre Ier, contemporain du grand empereur Constantin. Il jette les bases d'un programme de réforme du clergé, favorise les missions en même temps que l'expansion ottonienne reconnaît la promotion royale d'Étienne de Hongrie. Mais la réalité est têtue. La grande idée de « rénovation de l'Empire » tourne court devant une révolte des Romains. S. s'enfuit en février 1001, et ne rentre à Rome qu'en janvier 1002, son pouvoir affaibli. On a conservé quelques traces, dispersées, de son enseignement philosophique et de sa production scientifique et poétique, mais surtout un corpus de 220 lettres, réunies par ses propres soins, d'une langue recherchée et pleine d'allusions, aussi vivantes que riches. Bibliographie : P. Riché, Gerbert d'Aurillac : le pape de l'An Mil, 1987.

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