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SIBÉRIE

Partie orientale de la Fédération de Russie qui s'étend sur toute la partie septentrionale de l'Asie, de l'Oural au Pacifique et de l'Arctique à la Mandchourie et à la Mongolie. On ne connaît pas en Sibérie de paléolithique inférieur certain. On connaît, en revanche, des sites moustériens bien attestés et de nombreux sites du paléolithique supérieur. Le site d'Afontova Gora, dans les terrasses de l'Ienisseï, daté de - 20 000 ans environ, a livré une industrie lithique sur éclats avec des discoïdes parfois polis, ainsi qu'une industrie osseuse et des restes humains. On situe aux IVe/IIIe millénaires les cultures de chasseurs et de pêcheurs de la région d'Irkoutsk (vallées de l'Angara et de la Lena). Dans la région du haut Ienisseï, les pasteurs néolithiques d'Afanasievo (vers 3000/1700) ont élevé des bœufs, des chevaux et des moutons. Au chalcolithique, les artisans de Glaskovo (vers 1700/1200), près d'Irkoutsk, fabriquaient de beaux objets de parure en jade qui connurent une large diffusion en Chine. Le cuivre a fait son apparition vers - 2000, dans la région de Minoussinsk (Altaï). Au cours du Ier millénaire av. J.-C., la Sibérie méridionale était parcourue par des peuples nomades qui menacèrent à plusieurs reprises les empires de Chine, de l'Inde, de la Perse et de l'Europe orientale. C'est depuis la Sibérie que les Hiong-nou (v.) ont lancé leurs attaques contre la Chine, que les Scythes envahirent le plateau iranien, l'Asie Mineure et la Russie méridionale, c'est de Sibérie que partirent plus tard les invasions des Alains, des Huns, des Avars. À partir des VIe/VIIe s. de notre ère, tout le sud de la Sibérie fut dominé par les Turcs, que les Mongols supplantèrent complètement au XIIIe s., après avoir détruit le royaume des Kara-Kitaï, qui s'étendait de l'Altaï à la mer d'Aral. La partie orientale de la Sibérie était directement soumise au grand khan ; la partie centrale faisait partie du khanat de Djaghataï ; la partie occidentale passa sous la domination de la Horde d'Or. • La colonisation de la Sibérie durant la période tsariste • La Sibérie soviétique La colonisation de la Sibérie durant la période tsariste À la fin du XIe s., des marchands russes de Novgorod s'étaient aventurés en Sibérie, jusqu'à l'Ob, en quête de fourrures. Mais la colonisation de la Sibérie par les Russes ne commença que dans le dernier quart du XVIe s., après le rattachement de la région de la basse Volga à la Russie (vers 1552/57). La pénétration russe fut facilitée par la rivalité entre les Chaïbanides ouzbeks et les princes de Sibir, qui descendaient les uns et les autres des anciens rois mongols. En 1556, le prince de Sibir, Yadigar, fit appel à l'aide d'Ivan le Terrible et reconnut la suzeraineté du tsar moscovite. La famille des Stroganov, marchands et industriels russes qui, depuis le milieu du XVIe s., possédaient des mines, des entreprises et des domaines importants dans l'ouest de l'Oural, joua un rôle important dans les premiers efforts de russification de la Sibérie. Les Stroganov montèrent l'expédition cosaque de Yermak (1581/84), qui aboutit à l'écrasement du khanat de Sibérie. À la fin du XVIe s., les Ouzbeks furent également battus sur l'Ob, ce qui ouvrit la voie à l'expansion russe. Vers 1645, les Russes atteignirent le Pacifique (Okhotsk). Ils commencèrent à descendre le fleuve Amour, mais ils se heurtèrent dans cette région à la Chine des Mandchous et durent signer le traité de Nertchinsk (6 sept. 1689) qui laissait à la Chine tout le bassin de l'Amour et fixait la frontière des deux empires au confluent de la Chilka et de l'Argoun. Ce n'est qu'au milieu du XIXe s., par les traités d'Aigun (1858) et de Pékin (1860), que les Russes purent enfin occuper les régions situées au N. de l'Amour et à l'E. de l'Oussouri ; le port de Vladivostok fut fondé en 1860. Dans le N., l'explorateur S. Dejnev avait traversé le détroit de Béring dès 1648, et la péninsule du Kamtchatka fut annexée en 1699. La colonisation agricole commença à faire des progrès au cours du XVIIIe s., l'exploitation minière à la fin du même siècle. 000200000D9600000FF0 D90,Dès le début de la conquête, les tsars avaient fait de la Sibérie un lieu de déportation pour les condamnés de droit commun, les suspects politiques et les dissidents religieux (v. RASKOLNIKI). L'essor de la colonisation se situe après la construction du chemin de fer transsibérien (1891/1904). Dans le cadre des réformes de Stolypine, de grandes facilités furent accordées aux immigrants (plus de 3 millions entre 1905 et 1914). La Sibérie soviétique La Sibérie a joué un grand rôle dans la guerre civile de 1918/20. Les gardes blancs y prirent le pouvoir en nov. 1918, avec à leur tête l'amiral Koltchak, qui se proclama régent de toute la Russie. Après la défaite et la mort de celui-ci (1920), fut constituée, en avr. 1920, une république d'Extrême-Orient, sorte d'État-tampon entre l'Union soviétique et le Japon, dont les troupes se trouvaient à Vladivostok. Cette république, sans engager le gouvernement de Moscou, fit une politique soviétique, chassa les gardes blancs de l'Extrême-Orient, et les Japonais durent abandonner Vladivostok (25 oct. 1922). Le 15 nov. suivant, elle fut réunie à la République socialiste fédérative soviétique de Russie. Sous le régime soviétique, la Sibérie entra, à partir du premier plan quinquennal, dans sa phase d'expansion industrielle. Cependant, la mise en valeur de cette immense région s'est constamment heurtée à des difficultés graves : sous-population, insuffisance de main-d'œuvre, nécessité d'un surinvestissement en raison de conditions d'exploitation difficiles. Durant la période stalinienne, la Sibérie, comme au temps des tsars, servit de lieu de déportation pour des millions de détenus politiques. À partir de 1984, le chemin de fer Baïkal-Amour-Magistral, dit « BAM », a doublé le Transsibérien. Long de 4 300 km, il joint Taychet en Asie centrale à Sovetskaya au bord de la mer du Japon, face à l'île de Sakhaline. Les Soviétiques ont par ailleurs renforcé leur potentiel stratégique en Sibérie extrême-orientale : déploiement de SS 20, installation d'un dispositif militaire dans l'île de Sakhaline et dans l'archipel des Kouriles, où une nouvelle base de sous-marins a été installée ; pour la première fois en 1981, la flotte soviétique a manœuvré en mer du Japon. Au-delà du contrôle de ces bassins maritimes étroits, l'URSS, à travers la Sibérie, a cherché à monter une garde vigilante à l'égard de la Chine et à obtenir une place sur l'immense échiquier du Pacifique. Cette préoccupation est aussi celle des dirigeants de la Fédération de Russie, à la fois désireux d'établir des relations de coopération avec les États asiatiques voisins et d'éviter toute atteinte à la souveraineté nationale. Moscou souhaite ainsi une aide du Japon pour exploiter le potentiel énergétique sibérien, mais se refuse, en revanche, à tout compromis sur le statut des îles Kouriles. Ce même dilemme caractérise ses relations avec la Chine. Si la Russie s'inquiète de l'influence grandissante de Pékin dans les régions orientales de l'ex-URSS, elle cherche par ailleurs à profiter du dynamisme économique et commercial chinois. Le poids démographique de la Chine sert en outre la Sibérie, qui compense, par la venue de travailleurs frontaliers, le retour des Russes vers leurs régions d'origine. Après la dislocation de l'URSS, les dirigeants locaux ont réclamé une plus grande autonomie dans la gestion des richesses et des budgets de leur région, multipliant, entre 1991 et 1993, les projets de « républiques sibériennes ».

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