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SERVAGE

Le servage est une condition intermédiaire entre l'esclavage, tel qu'il fut pratiqué dans l'Antiquité ou dans les colonies européennes d'Amérique à partir du XVIe s., et la condition libre : d'une part, le serf n'est pas son propre maître et il dépend d'une autre personne, - mais d'autre part, il ne dépend pas de son maître comme une chose ou un animal et il jouit d'une certaine protection légale. Dans la plupart des cas, le servage s'est accompagné de l'attachement à la terre.

• Les origines du servage dans l'Antiquité • Le servage en France • Le servage en Europe

Les origines du servage dans l'Antiquité

La Grèce antique a offert, à côté de l'esclavage, des exemples de servage. Le plus caractéristique est celui des hilotes à Sparte. À l'époque hellénistique, dans les grandes monarchies des Ptolémées d'Égypte et des Séleucides, les Grecs ne réduisirent pas les indigènes en esclavage, mais ils leur imposèrent une sujétion héréditaire et l'attachement à la terre. Cette institution orientale est sans doute à l'origine du colonat, qui se répandit dans le monde romain à partir du IIIe s. de notre ère. À part des esclaves et des hommes libres se forma alors une catégorie de plus en plus importante de demi-libres. Le colonat apparut d'abord en Asie, en Égypte, en Afrique du Nord, en Gaule, puis en Italie à partir du IVe s. Probablement descendants d'esclaves ruraux fixés héréditairement à la terre comme petits cultivateurs, les colons se voyaient assigner de petites exploitations découpées dans les grands domaines. Hommes libres, possédant la puissance paternelle, le droit de tester, etc., les colons étaient cependant fixés à la terre qui leur avait été attribuée (vers la fin du IVe s., leurs enfants n'eurent pas le droit de quitter leur lieu d'origine, et le colonat devint ainsi héréditaire). S'ils abandonnaient leur terre, le maître pouvait les poursuivre et les ramener de force comme des esclaves fugitifs. En revanche, le colon ne pouvait se voir enlever sa terre ; il devait au maître des redevances, ainsi que des corvées de travail sur les terres exploitées directement par le maître, mais il gardait les autres produits de sa culture et était ainsi enclin à produire par intérêt personnel. Sous le Bas-Empire, le colonat ne cessa de s'étendre, mais la condition des colons devint de plus en plus dure, car le manque de main-d'oeuvre se faisait cruellement sentir. Pour fixer plus solidement le colon à la terre, on lui interdit bientôt d'épouser une personne libre, puis une personne habitant un autre domaine (Ve s.). Pour les empêcher de fuir, on rendit les colons solidaires les uns des autres : si l'un disparaissait, les autres étaient condamnés à l'amende ou à la prison.

Le servage en France

Les conquérants germaniques maintinrent le système du colonat qu'ils avaient trouvé solidement implanté dans les territoires romains. À l'époque mérovingienne, la condition des esclaves et celle des demi-libres se rapprochèrent de plus en plus. Le servage s'installa définitivement à l'époque carolingienne (VIIIe/IXe s.) qui, sous l'influence de l'Église, vit disparaître presque complètement l'esclavage. Dans les conditions périlleuses où se constitua la féodalité (v.), la petite propriété ne pouvait plus se maintenir : les hommes libres mais pauvres étaient obligés de se « recommander » à quelque puissant du voisinage, seigneur ou abbé, et, très rapidement, ils devenaient à leur tour des serfs. Essentiellement, l'hommage du serf à son maître ne différait pas de l'hommage du vassal à son suzerain. Entre le serf et le reste de la société médiévale n'exista jamais la même coupure absolue que, dans l'Antiquité, entre les hommes libres et les esclaves.

En général, le serf était établi sur une tenure rurale (manse), dite « tenure servile », qui n'était pas héréditaire en principe mais qui l'était en fait. Le serf devait à son maître les redevances et services habituels de tous les tenanciers, mais il supportait en outre des charges et des incapacités particulières : il ne pouvait ni quitter sa tenure ni la vendre ; il payait généralement une taxe personnelle de quatre deniers ; il était taillable et corvéable à merci. Le serf souffrait de nombreuses incapacités civiles et religieuses : la plus grave était la mainmorte (v.), qui lui enlevait pratiquement le droit de tester ; il ne pouvait épouser qu'une serve de la même seigneurie que lui ; il ne pouvait porter témoignage contre un homme libre, ni entrer dans le clergé sans l'assentiment de son maître. Il faut souligner cependant que la condition du serf médiéval fut toujours bien meilleure que celle de l'esclave antique : le serf avait une personnalité reconnue, son mariage était légal, il pouvait exercer tous ses droits familiaux ; il était libre de cultiver sa tenure, de posséder des biens, d'en user de son vivant à son gré, une fois les redevances payées ; le maître n'avait pas sur lui droit de vie et de mort ; il ne pouvait séparer le serf des siens ni de sa tenure. Le servage disparut d'ailleurs assez rapidement dans la plupart des régions de France dès que s'amorça, au lendemain de l'an mille, le renouveau économique. L'augmentation de la population paysanne et l'essor de la vie urbaine firent diminuer les besoins de main-d'oeuvre à la campagne. Au XIIIe s., beaucoup de seigneurs créèrent des « villes neuves » et y attirèrent des serfs qui obtinrent rapidement leur liberté. Sous l'influence de l'Église se multipliaient les affranchissements individuels et collectifs, que les serfs achetaient avec des sommes souvent importantes. Le pouvoir royal joua un grand rôle dans l'affranchissement des serfs : en 1315, le roi offrit, moyennant rachat, la liberté à tous les serfs du domaine royal. Au XVIIe s., le servage n'existait plus que dans quelques provinces (Nivernais, Bourbonnais, Franche-Comté). Par l'édit d'août 1779, Louis XVI affranchit gratuitement les derniers serfs du domaine royal, interdit de poursuivre les serfs fugitifs et invita les seigneurs à affranchir leurs serfs. Les derniers vestiges du servage disparurent avec la Révolution de 1789.

Le servage en Europe

Le servage, qui s'était répandu dans toute l'Europe du Moyen Âge, disparut complètement en Angleterre au début du XVIIe s., mais il se maintint en Écosse, sous une forme atténuée, jusqu'à la fin du XVIIIe s. Dans la plus grande partie de l'Italie, il n'y avait plus de serfs dès le XVe s., mais c'est seulement en 1762 que le roi de Sardaigne abolit officiellement le servage dans ses États. Au Danemark, l'abolition du servage fut réalisée en 1699 ; dans les États autrichiens, par l'empereur Joseph II, en 1781/82. En Prusse, le servage s'était développé à partir du XIVe s., lorsque diminua l'afflux des colons vers les terres de l'Est et que le besoin de main-d'oeuvre se fit gravement sentir. Au XVIe s., en Prusse-Orientale, en Poméranie et dans les régions situées au-delà de l'Oder, la noblesse avait confisqué la plupart des tenures rurales occupées par les descendants des colons, et la quasi-totalité de la paysannerie se trouvait réduite en servitude. On distinguait cependant le servage proprement dit (Leibeigenschaft) et la « sujétion héréditaire » (Erbunterthänigkeit) des tenanciers attachés à une terre qu'ils n'avaient la possibilité ni de vendre ni d'hypothéquer. Le mouvement d'émancipation fut inauguré par le « Roi-Sergent », Frédéric-Guillaume Ier, qui, en 1719, abolit le servage dans les terres de la Couronne et entreprit d'adoucir le sort des tenanciers héréditaires. Ces réformes furent poursuivies par Frédéric II, qui interdit aux seigneurs d'usurper les tenures paysannes libres (1749) et transforma en tenanciers libres les serfs des territoires polonais annexés en 1772. Les actes décisifs furent accomplis par les grands réformateurs Stein et Hardenberg, en 1807 et en 1811.

En Pologne et en Russie, les paysans étaient restés libres pendant tout le Moyen Âge. Ils ne tombèrent dans le servage qu'à la fin du XVe s. en Pologne, au début du XVIIe s. en Russie. Dans ce dernier pays, l'instauration du servage eut pour cause l'extension considérable de la colonisation au N. et à l'E., le manque de main-d'œuvre et l'affirmation de l'État centralisé : pour faire échec aux grands boyards qui menaçaient son autorité, Ivan IV le Terrible voulut constituer une classe de petits seigneurs tout dévoués au tsar et pourvue de domaines ruraux sur lesquels il fallait stabiliser la population paysanne. En 1597, on décréta que les paysans serfs seraient obligés de rester dans la condition serve jusqu'à la mort de leur maître. De nouvelles mesures légalisant le servage furent prises en 1607 et en 1649 : l'état de serf fut déclaré héréditaire ; les paysans perdaient la propriété de leurs biens et jusqu'à celle de leurs vêtements. À partir de 1682, on put même vendre des paysans sans leur terre : le trafic des serfs commença, et les « têtes de serfs » se mirent à circuler comme monnaie. Les serfs se virent en outre privés du droit d'asile dans les églises ; le knout, réservé jusqu'alors aux esclaves, put leur être appliqué. La situation ne cessa d'empirer au cours du XVIIIe s. où les serfs constituaient alors environ la moitié de la population russe ; ils ne jouissaient d'aucun droit, subissaient les violences et l'arbitraire de leurs maîtres, pouvaient être condamnés au travail dans les mines ou à la déportation en Sibérie. De nombreuses révoltes paysannes éclatèrent : la plus grave, qui prit la forme d'une véritable guerre civile, fut celle de Pougatchev (1773/75). Le servage ne fut aboli en Russie que sous le règne d'Alexandre II, par l'oukase du 19 févr. 1861. Environ 22 millions de paysans furent ainsi affranchis, mais leur sort ne s'améliora guère : en effet, les serfs libérés reçurent un lot de terre inférieur à celui qu'ils occupaient précédemment ; d'autre part, ils durent payer la terre à un prix bien supérieur à sa valeur réelle ; enfin, les propriétaires terriens durent vendre une partie de leurs terres non pas aux paysans individuellement mais à la commune rurale, et, bien souvent, les paysans libérés passèrent simplement de la tutelle du seigneur à celle de la commune (mir).

SERF. Au Moyen Âge, paysan non libre appartenant à un seigneur dont il cultive une terre. À la différence de l'esclave antique, le serf pouvait posséder des biens et son maître lui devait protection. Il ne pouvait cependant pas quitter sa terre, devenir prêtre sans l'accord du seigneur ni témoigner contre un homme libre. Ceux qui n'avaient pu se racheter ou s'enfuir étaient soumis à des taxes ou contraintes particulières (chevage, mainmorte, formariage), le serf étant « taillable et corvéable à merci ». Le servage était héréditaire. À partir du XIVe siècle, de plus en plus de serfs furent affranchis par leurs seigneurs. Le servage, très répandu à l'époque féodale (xe-xiie siècle), déclina à la fin du Moyen Âge, pour n'être plus, en France, qu'un vestige au XVIIIe siècle. Il fut définitivement aboli en 1789. Voir Féodalité, Seigneurie.




serf. Tout homme forcé, souvent de façon héréditaire, à travailler la terre appartenant à un autre, en ne gardant qu'une petite part de sa production pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille. Comme le serf n'a généralement pas le droit de quitter la terre qu'il travaille, on peut considérer le servage comme une forme d'esclavage.

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