SEIGNEURIE
Élément fondamental de la société du Moyen Âge, la seigneurie est d'abord une réalité économique, un territoire dont les habitants sont les sujets d'un propriétaire qui tire ses revenus de la seigneurie, par prélèvement sur les produits du sol, et qui, représentant le bien commun, ajoute à ses fonctions de chef économique celles qui incombent à l'État : défense, police, administration, justice. Ainsi la société se caractérise par la dissémination de l'autorité temporelle entre des seigneuries autonomes, faisant figure de petits États. Celles-ci sont d'étendue et de puissance très variables. Insérées dans le système féodal (v. FÉODALITÉ), elles se présentent habituellement comme des fiefs, formant une hiérarchie au sommet de laquelle se trouvent les seigneuries titrées, duchés, comtés, vicomtés, baronnies ; cependant, la seigneurie type est la châtellenie, qui ne compte qu'un château mais peut se subdiviser en seigneuries de moindre importance, nées le plus souvent des partages successoraux. Il y avait également de nombreuses seigneuries ecclésiastiques appartenant aux évêques, abbés, prieurs, chapitres, qui y exerçaient un pouvoir temporel distinct de leur pouvoir spirituel. Les habitants de la seigneurie appartenaient à des classes sociales diverses : vassaux nobles, qui étaient les auxiliaires directs du châtelain pour la défense et l'administration de la terre ; vilains ou paysans libres ; serfs, qui appartenaient au châtelain ou à ses vassaux ; clercs, qui relevaient uniquement de l'autorité et des tribunaux ecclésiastiques.
Authentique chef temporel, le seigneur disposait du droit de guerre et, soit pour défendre sa terre, soit pour mener une guerre privée avec son lignage, il avait le droit d'exiger un service militaire qui incombait théoriquement à tous, mais en fait n'était dû que par les vassaux nobles (v. OST). Le seigneur exerçait la justice sur sa terre ; presque toutes les seigneuries possédaient la « basse justice », concernant les délits non punis de mort et les affaires civiles les moins importantes ; la « haute justice », qui impliquait la plénitude de juridiction au criminel comme au civil, n'appartenait à l'origine qu'aux comtes mais, peu à peu, elle fut largement usurpée par les vicomtes, barons et châtelains. La cour seigneuriale était présidée par le seigneur lui-même ou par son représentant, prévôt, bailli, sénéchal. Enfin, le seigneur dirigeait toute la vie économique de la seigneurie, dont il tirait des ressources nombreuses et variées.
On retrouve dans la seigneurie médiévale les éléments du domaine de l'époque franque, en particulier la division entre un domaine réservé par le seigneur et cultivé sous sa direction immédiate par les corvées des tenanciers serfs et roturiers (domaine réservé, réserve seigneuriale), et un domaine concédé à des paysans qui devaient, outre un certain nombre de corvées, une redevance fixe ou proportionnelle à la récolte, le cens. Ce domaine concédé comprenait la plus grande partie des terres labourables de la seigneurie ; les terres vagues et les bois étaient abandonnés à l'usage de tous, mais le seigneur se réservait le monopole de la chasse. Il jouissait en outre de nombreux droits : taxes sur les ventes et la consommation de certaines denrées, sur les ventes dans les foires et les marchés, péages, banalités, banvin. Il percevait des impôts directs, dont les principaux étaient la taille et les aides. Certains hauts seigneurs usurpèrent l'ancien droit régalien de battre monnaie.
00020000022000000DAA 21A,À la fin du Moyen Âge, du fait des progrès du pouvoir royal, particulièrement en France, la seigneurie avait perdu ses attributions politiques ; le droit de guerre privée avait été aboli, et, des autres éléments de souveraineté, ne subsistaient plus que des vestiges, pour la haute justice, par exemple. Beaucoup de droits féodaux étaient devenus symboliques, mais les seigneurs tenaient d'autant plus à leur conservation que leur puissance réelle s'effritait ; ces droits ne devaient disparaître qu'à la Révolution (nuit du 4 août 1789).
RÉSERVE SEIGNEURIALE. Au Moyen Âge, partie de la seigneurie exploitée pour le compte du seigneur, de sa famille et de ses gens par les paysans astreints aux corvées et distincte des tenures concédées aux paysans. La réserve comprenait le château, les bâtiments d'exploitation (atelier, forge, four, pressoir, moulin), des jardins, des vergers, des terres cultivables et des bois. Lorsque les échanges commerciaux reprirent, la réserve seigneuriale diminua. À partir du XIIIe siècle, le seigneur donna une grande partie de ses terres réservées à des fermiers ou à des métayers et remplaça les corvées par des redevances en nature ou en argent.