SAINTE-ALLIANCE
Le nom de Sainte-Alliance est donné habituellement, mais à tort, à l'organisation de sécurité collective en Europe échafaudée en 1815 par les puissances victorieuses de Napoléon Ier et, par extension, à la politique réactionnaire pratiquée par certaines de ces puissances de 1815 à 1848. En fait, la Sainte-Alliance fut un pacte mystique signé à Paris, le 26 sept. 1815, par le tsar de Russie Alexandre Ier, l'empereur d'Autriche François Ier et le roi de Prusse Frédéric-Guillaume III. Inspiré par le tsar Alexandre, qui se trouvait lui-même depuis quelque temps sous l'influence piétiste de Mme de Krüdener, ce pacte, conclu « au nom de la Très Sainte et Indivisible Trinité », marquait la réunion symbolique de trois puissances, orthodoxe, catholique et protestante, qui affirmaient que « les préceptes de la justice, de la charité chrétienne et de la paix... devaient avoir une influence immédiate dans les conseils des princes et guider tous leurs pas ». Cette Sainte-Alliance reçut ensuite l'adhésion de tous les princes européens, à l'exception du prince régent d'Angleterre, du pape (qui ne voulait pas s'associer avec des hérétiques) et du sultan (qui ne fut pas invité à s'y joindre, puisqu'il était musulman). Les ministres de l'époque ne prirent guère au sérieux les rêveries mystico-politiques du tsar Alexandre. Metternich, qui est resté dans l'Histoire comme l'homme de la Sainte-Alliance, qualifiait le traité de « rien sonore », et le ministre anglais Castelereagh y voyait « un monument de sublime mysticisme et d'insanité ». En fait, la base solide du maintien de l'union entre les Alliés fut la Quadruple-Alliance du 20 nov. 1815, qui renouvelait le pacte de Chaumont conclu le 9 mars 1814, avant la chute de Napoléon, entre la Russie, l'Autriche, la Prusse et l'Angleterre. Par cette alliance, les puissances victorieuses voulaient avant tout se prémunir contre de nouvelles entreprises guerrières de la France, où la monarchie des Bourbons restaurés leur semblait fragile. En même temps, le maintien de la paix leur apparaissait lié à la solidarité des trônes et au maintien du statu quo en Europe. Les puissances prirent donc l'habitude de se concerter afin de se prêter assistance en cas de besoin : ce fut la « politique des Congrès » (Aix-la-Chapelle, 1818 ; Karlsbad, 1819 ; Vienne, 1820 ; Troppau, 1820 ; Laibach, 1821 ; Vérone, 1822). La Sainte-Alliance décida des interventions contre les mouvements révolutionnaires de Naples et du Piémont (1821), et d'Espagne (1823). Mais bientôt des divergences apparurent entre les Alliés. L'Angleterre, maîtresse des mers, entendait bien limiter l'action de la Sainte-Alliance au continent européen et empêcha toute intervention contre les mouvements d'indépendance des colonies espagnoles d'Amérique ; en 1827, la Russie, l'Angleterre et la France s'associèrent pour soutenir la Grèce révoltée contre les Turcs, alors que Metternich y était défavorable. La France, qui avait été admise officiellement dans la Sainte-Alliance au congrès d'Aix-la-Chapelle (1818), s'en retira définitivement après la révolution de 1830. Mais c'est encore dans l'esprit de la Sainte-Alliance que la Prusse manifesta son hostilité à l'insurrection polonaise contre les Russes en 1831, et que les troupes du tsar intervinrent contre le mouvement d'indépendance hongroise en 1849. 0002000000D500000D00 D0,La Sainte-Alliance n'avait pas réussi à étouffer le mouvement libéral européen, mais elle élimina pour près d'un demi-siècle (jusqu'à la guerre de Crimée, 1854) les conflits entre grandes nations européennes.
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