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SAINT-SIMON, Claude Henri de Rouvroy, comte de

Petit-cousin du mémorialiste Louis de Saint-Simon, il participa à la guerre d'Indépendance américaine (1779/83), prit parti pour la Révolution et abandonna son titre nobiliaire. D'heureuses spéculations sur les biens nationaux lui permirent cependant de reconstituer une fortune qu'il dilapida par la suite. Après avoir repris entièrement ses études à l'École de médecine et à l'École polytechnique, il consacra sa vie à l'élaboration de sa doctrine, mais tomba dans le plus grand dénuement et tenta de se suicider en mars 1823. Grâce à la générosité du banquier juif Olinde Rodrigues, il connut la tranquillité à la fin de sa vie, entouré de ses disciples. Parmi les oeuvres de Saint-Simon, citons De la réorganisation de la société européenne (1814), Du système industriel (1821/22), Le Nouveau Christianisme (1825).


Saint-Simon, Claude Henri de Rouvroy, comte de (Paris 1760 -id. 1825) ; précurseur du socialisme utopique français.
Parent du mémorialiste, cet aristocrate éclairé né à Paris a une vie fertile en entreprises aventureuses. Il prend part à la guerre d’indépendance américaine, et abandonne son titre sous la Révolution dont il partage les idéaux. À quarante ans il reprend des études, s’intéressant aux sciences et aux techniques les plus diverses, se liant à des savants. Il ambitionne de ressusciter, à l’aube de l’ère industrielle dont il se fait le prophète, la démarche de l’Encyclopédie en utilisant la somme des connaissances scientifiques contemporaines à l’élaboration d’une philosophie des temps nouveaux. En une dizaine d’années, il dilapide son substantiel patrimoine en prodigalités et en spéculations tour à tour heureuses et malheureuses, au point de vivre finalement (à partir de 1805) de la générosité d’un ancien domestique, puis des subsides versés par ses disciples et amis industriels et banquiers. Après une tentative de suicide en 1823, il est entretenu dans les deux dernières années de sa vie par le banquier juif Olinde Rodrigues chez lequel il meurt entouré de ses disciples. Sa revue L’Organisateur (1819), et ses ouvrages majeurs - Du système industriel (1821) et Le Catéchisme des industriels (1824) - n’ont, hors un épisodique succès de scandale, qu’une audience limitée. Mais sa pensée influence considérablement les nouveaux entrepreneurs de la monarchie de Juillet puis du Second Empire, et des disciples aussi brillants qu’Augustin Thierry, Auguste Comte, les frères Pereire, Michel Chevalier, Ferdinand de Lesseps, l’ingénieur Fournel, Bazard et Enfantin (tous deux fondateurs de l’Église saint-simonienne) qui contribuent à répandre sa doctrine au-delà des frontières. Dans une société où la richesse est encore largement foncière, S. divise la société en deux classes : les « producteurs » de toute espèce (patrons de l’industrie, salariés, artisans, cultivateurs), dénommés aussi « industrieux » et « classes nourricières » ; et les « oisifs » engraissés par la rente foncière (l’aristocratie terrienne, mais aussi les personnels improductifs de l’Église et de l'État). « La société actuelle est le monde renversé » ; aussi S. appelle-t-il, dans une préfiguration de la technocratie au sens exact du terme, la « classe industrielle », c’est-à-dire les hommes de science et de métier, à prendre ses responsabilités et à administrer la France, avec le souci d’améliorer grâce à la croissance de la production le sort de la masse la plus nombreuse et la plus pauvre, celle « qui n’a pas d’autres moyens d’existence que le travail de ses bras ». L’organisation sociale donne ainsi la primauté à la production et à la rémunération du travail. On trouve dans ces thèses la première idée d’une organisation industrielle et d’une politique raisonnée, voire planificatrice, de développement économique. Cette société appelle une morale nouvelle et laïcisée, fondée sur la science positive et l’intérêt de la société. Les disciples de S. élargiront sa doctrine dans des directions diverses - y compris féministe - avec des accents parfois messianiques. S. et le « saint-simonisme » inspirent ainsi non seulement l’essor en France et en Belgique du capitalisme naissant, mais aussi tout un courant du socialisme utopique.
Bibliographie : C.H. de Saint-Simon, Textes choisis, préface, commentaires et notes par J. Dautry, 1951 ; S. Charléty, Histoire du saint-simonisme, 1931 ; G. Gurvitch, Les Fondateurs français de la sociologie contemporaine : Saint-Simon et P.J. Proudhon, 1955.


SAINT-SIMON, Claude Henri de Rouvroy, comte de (Paris, 1760-id., 1825). Philosophe et économiste français, arrière-cousin du mémorialiste. Ses travaux influencèrent à la fois les socialistes et les défenseurs du capitalisme industriel. Il prit part à la guerre d'indépendance américaine et renia, dès le début de la Révolution française, ses attaches nobiliaires. Il se consacra à l'étude des phénomènes socio-économiques et élabora une doctrine qui ouvrit la voie à la philosophie positiviste et à un socialisme humanitaire. Ses idées, qu'il développa dans la revue L'Industrie, puis dans L'Organisateur, mais aussi dans le Catéchisme des industriels (1823-1824), exprimèrent, mieux que chez tout autre auteur, les aspirations diverses du XIXe siècle. Exaltant l'industrie et se fondant sur une religion de la science, il proclama la nécessité de substituer aux anciennes classes dirigeantes le « gouvernement des capacités », c'est-à-dire celui des producteurs et tout particulièrement des savants, des banquiers et des industriels les plus importants dans le but d'assurer la paix et le bonheur des peuples avec « l'amélioration la plus rapide du sort de la classe la plus pauvre ». Lointain ancêtre des technocrates contemporains, le saint-simonisme a puissamment collaboré à l'essor industriel du XIXe siècle et influencé de grands industriels du Second Empire, comme les frères Pereire ou Ferdinand de Lesseps. Certains disciples de Saint-Simon ont accentué après sa mort l'aspect socialiste de sa pensée, entreprenant une critique assez radicale de la propriété privée et dénonçant l'exploitation de l'homme par l'homme ; ils finirent par constituer une sorte de secte, dont le père spirituel fut le « Père » Enfantin qui prêchait une nouvelle religion de l'amour. Voir Comte (Auguste).

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