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SAIGÔ TAKAMORI

Samouraï japonais. Membre de la caste guerrière et du clan de Satsuma, il prit part à la révolution de 1868, qui renversa le shôgunat des Tokugawa et rétablit le pouvoir impérial. Mais il ne put accepter les mesures antiféodales décidées au début de l'ère Meiji ni l'ouverture du Japon à l'étranger. Il prit la tête de la « rébellion de Satsuma » (janv./sept. 1877), mais celle-ci fut écrasée par la nouvelle armée moderne, et Saigô Takamori se suicida. Son frère Saigô Tsugumichi (* 1843, † 1902), resta au contraire fidèle au nouveau régime, et, comme ministre de la Marine (1885/86, 1887/98), fut un des créateurs de la puissance navale japonaise.

Saigo, Takamori (Kagoshima 1827-près de Kagoshima 1877) ; chef de la rébellion japonaise de 1877.

Chef du grand soulèvement de 1877 qui porte son nom, S., figure exemplaire du samouraï, idole des militaristes japonais du XXe siècle, s’est élevé au rang de héros national d’un pays qui aspirait à la guerre et à l’expansionnisme. Les auteurs de ce que l’on appelle la « restauration Meiji » viennent tous de l’ouest du Japon, surtout les Choshu et les Satsuma. S., d’abord simple guerrier du clan Satsuma, devait en devenir le représentant le plus éminent. En 1865, il tente de réaliser une alliance entre son clan et les Choshu pour renverser le shogounat. Il devient chef d’état-major des troupes impériales qui, à l’est d’Edo, se lancent dans la bataille destinée à restaurer l’Empire et réussit à obtenir la reddition pacifique du château d’Edo, siège du shogounat, qui devint par la suite le palais impérial. Il empêche ainsi le déclin de la future capitale. Il est nommé tout à la fois conseiller de la cour et maréchal. Il est ainsi dans ce nouveau gouvernement le premier à occuper en même temps un poste civil et militaire. Il est chargé de convaincre les féodaux de la nécessité de restituer leurs possessions à l’empereur et de remplacer l’administration locale féodale par une administration centralisée (1871). Un peu plus tard, S. se démet cependant de toutes ses fonctions parce qu’il ne réussit pas à s’entendre avec la majorité des membres du cabinet sur les questions de politique intérieure. Lui, qui croyait que l’état de soldat devait rester un privilège lié à la condition de samouraï, éprouve dès 1872 devant la nouvelle loi sur le service militaire une insatisfaction qui tourne à la fureur lorsque sont rejetés ses projets d’expédition militaire en Corée dont il espérait prendre la tête. Les samouraï connaissent des temps difficiles lorsque le système féodal est détruit par la restauration impériale. Quelques-uns sont absorbés par la nouvelle administration, mais la majorité se retrouve sans emploi. Sans doute également pour les occuper, le Japon envoie en 1874 un corps expéditionnaire à Formose sous le commandement du jeune frère de S., Tsugumichi (1843-1902) qui occupera par la suite les fonctions de ministre de la Guerre et de la Marine dans différents gouvernements. Selon S., l’expédition en Corée aurait tout à la fois procuré un nouvel emploi aux samouraï et assuré de nouvelles conquêtes territoriales au pays. Après le rejet de son projet, S. retourne dans sa patrie et fonde à Kagoshima une Ecole d’art de la guerre ; c’est de là que partira en 1877 le soulèvement contre le gouvernement. Sa répression exige plusieurs mois et coûte la vie à plus de 30 000 hommes. On raconte que peu avant la chute de son dernier bastion, S. aurait prié un ami intime de lui couper la tête ; selon une autre version, il se serait fait hara-kiri. Mais il fut lavé de tout soupçon de trahison. Pour les Japonais, comme pour S. lui-même et ses partisans, le soulèvement de 1877 n’était nullement une contestation de la personne de l’empereur, mais de celle des « mauvais conseillers». C’est également cette opinion que défendirent par la suite les ultranationalistes et les militaristes. Le coup d’Etat de 1936, orchestré par de jeunes officiers, ne fut rien d’autre qu’une manifestation des idées transmises par S. Une conséquence importante de la guerre de 1877, dans laquelle les appelés triomphèrent de la caste guerrière des samouraï, fut de convaincre des hommes comme Yamagata que chaque Japonais, qu’il soit samouraï ou non, pouvait être un soldat exceptionnel pour peu qu’on l’entraînât. Cette conviction devait avoir de graves conséquences pour l’avenir militaire du pays.

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