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ROLLINAT Maurice

ROLLINAT Maurice. Poète français. Né le 29 décembre 1846 à Châteauroux (Indre), mort à Ivry, dans la clinique du Dr Moreau de Tours, le 21 octobre 1903. Son père, François Rollinat, représentait l’Indre à l'Assemblée de 1848. Après une enfance et une adolescence passées dans le Berry (il était le compatriote de George Sand, qui fut sa marraine et exerça quelque influence sur son sentiment de la nature), il gagna Paris vers la vingtième année. Il s’y mêla bientôt aux écrivains réalistes ou fantaisistes qui se groupaient autour d’Emile Goudeau, fondateur des « Hydropathes » en 1878 : Bourget, Maupassant, Hennique, Arène, enfin Charles Cros, poète admirable et isolé. Rollinat possédait alors en portefeuille les gracieux poèmes campagnards qui formèrent bientôt (1877) son premier recueil, Dans les brandes. Tout un chapitre, le meilleur sans doute, Les Refuges, du volume qu’il préparait en même temps et qui fera sa réputation bruyante en 1883, Les Névroses, est une suite de beaux, purs et sains paysages berrichons ou d’Ile-de-France. Ce ne sont pas ces vers-là qu’on lui demandait aux « Hydropathes », puis au « Chat Noir », mais les peintures sinistres et d’ailleurs vigoureusement brossées des Spectres et des Ténèbres. On voyait alors en Rollinat le continuateur de Baudelaire; bien à tort : car il n’a cru voir, dans Les Fleurs du mal, que l’atmosphère artificiellement macabre et pourrie qui avait été fort à la mode tout au long du romantisme, de La Comédie de la mort, de Gautier à L’Epopée du ver de Hugo. Rollinat, plus que de Baudelaire, se rapproche des ridicules prosopopées d’un Richepin dans ses Blasphèmes; à force de se vouloir terrible et impressionnant, à l’exemple imaginaire d’Edgar Poe, il tombe dans le comique de salle de garde ou du « Cabaret du Néant ». Mais le vrai talent qui se manifeste dans les Névroses — que prolongera, dans le sens des Refuges, le délicat impressionnisme de La Nature (1892) — n’est pas dans ses outrances diaboliques, encore accentuées dans L’Abîme (1886) et Les Apparitions (1896). Il y a, dans les pages de Rollinat qui sont inspirées par la vie rustique et surtout par son décor naturel, de petites merveilles d’observation, de grâce, de charme musical; en particulier dans des ballades où le poète a véritablement renouvelé cette forme fixe par l’emploi d’amples et souples alexandrins.
♦ « Inférieur à Baudelaire pour la correction lucide et la patience de la rime qui le font irréprochable, Rollinat pourrait bien lui être supérieur ainsi qu’à Edgar Poe par la sincérité et la profondeur de son diabotisme. » Barbey d’Aurevilly. ♦ Il est impossible de mieux faire valoir, de mieux monter en épingle la valeur des mots et, quand on entend cela, c’est comme un coup de fouet donné à ce qu’il y a de littéraire en vous... » E. de Goncourt.

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