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ROI

La royauté a existé dans presque tous les pays du monde. À l'origine, elle était d'essence religieuse : le roi était généralement considéré comme le « nourricier » de son peuple et, investi d'un caractère sacré, soumis à de nombreux interdits. Il pouvait être rituellement mis à mort. • Dans l'Orient ancien • Dans l'Antiquité classique • Dans l'Europe chrétienne Dans l'Orient ancien En Mésopotamie, dans les civilisations sumérienne, akkadienne et assyro-babylonienne, le souverain a toujours été considéré comme une personne exceptionnelle, mais jamais divinisé : le roi est resté le vicaire des dieux, leur représentant dans le royaume. Dans l'Égypte ancienne, au contraire, le pharaon, fils des dieux et dieu lui-même, était promis à une éternité bienheureuse, puisque la mort lui faisait rejoindre le monde des dieux. Sa nature divine suffisait à justifier qu'il fût le maître de tous les êtres et de toutes les choses et que son pouvoir fût absolu pourvu qu'il fût inspiré par l'esprit de justice. Les réalités concrètes de la vie d'un royaume ont toujours contrarié l'exercice de la puissance royale, ainsi que des institutions sociales dont on imaginait toujours qu'elles venaient du fond des âges. Ainsi, chez les Hittites, le roi devait consulter le conseil de la grande noblesse terrienne pour les grandes décisions. En Inde, la puissance des brahmanes empêchait les rois de s'assurer la prédominance religieuse, tandis que le système des castes était un obstacle à la concentration du pouvoir politique. En Perse, le Grand Roi était un souverain absolu, mais l'immensité de leur empire obligea les Achéménides à confier les pouvoirs civils et militaires à des gouverneurs de province, les satrapes (v.), qui se comportaient généralement comme des potentats locaux. Dans l'Antiquité classique En Grèce, le roi de l'époque mycénienne fut d'abord un monarque guerrier assisté mais aussi limité par des seigneurs riches en terres et en troupeaux. À l'époque homérique (IXe/VIIIe s.), le pouvoir des rois était déjà très affaibli. À partir de la fin du VIIIe s., la monarchie déclina en Grèce, supplantée par une aristocratie terrienne. Elle ne fut plus viagère, mais annuelle, et ne fut plus réservée à une seule famille, mais partagée entre plusieurs aristocraties terriennes. Au Ve s., la royauté avait disparu de presque tout le monde grec. Sparte conserva deux rois, issus l'un de la famille des Agiades, l'autre de celle des Eurypontides. Leur fonction était représentative en temps de paix, mais, en temps de guerre, ils commandaient l'armée, avec les pleins pouvoirs. Les rouages du gouvernement restaient cependant entre les mains des éphores (« surveillants »), qui pouvaient traduire les rois en justice. En Macédoine, la royauté reposait sur une base quasi féodale, le roi était entouré de ses « compagnons » (hétairoi), mais les conquêtes d'Alexandre se traduisirent par un retour à la conception orientale de la monarchie. L'époque hellénistique fut celle des monarchies des Lagides, des Séleucides, des Antigonides et des Attallides. À l'exception des Lagides en Égypte, qui se proclamèrent descendants des pharaons, et préservèrent, vis-à-vis des indigènes, la conception traditionnelle de la monarchie d'essence divine, les autres rois grecs se présentèrent comme des hommes exceptionnels, portant des épithètes (Sauveur, Bienfaiteur...) qui les distinguaient du commun de l'humanité ; mais ne signifiait pas qu'ils fussent des dieux. 000200000D9F00000D84 D99,D'après la tradition, Rome fut d'abord gouvernée par sept rois, dont les quatre premiers au moins sont légendaires. Le roi romain disposait d'un pouvoir fort dans les domaines religieux, politique, militaire, judiciaire, mais il était choisi par le Sénat et élu par les comices curiates. Après la chute des Tarquins, des magistrats élus assurèrent ses charges politiques et religieuses. Quand, après J. César, Auguste rétablit en fait le pouvoir monarchique, il conserva les formes républicaines et se contenta des titres d'imperator et de princeps (« prince », c'est-à-dire « premier »). À l'instar de ce qui s'était passé avec les monarchies hellénistiques, un culte impérial est apparu, dès Auguste, auquel les habitants de l'Empire adhérèrent sincèrement : Auguste et ses successeurs n'étaient pas traités comme des dieux vivants ; les fidèles rendaient un culte à leur genius, la part de divinité qui les animait et qui faisait d'eux les bienfaiteurs de leurs peuples. Très tôt, en revanche, il a été admis que l'empereur défunt passât au rang des dieux et que des temples et des prêtres leur fussent consacrés. Dans l'Europe chrétienne En 752, Pépin le Bref fit consacrer son usurpation du trône aux dépens des Mérovingiens, en demandant l'onction sainte à st Boniface, apôtre de Germanie, puis, deux ans plus tard, au pape Étienne II. Tiré de l'exemple de David, roi d'Israël, qui reçut l'onction sacrée du prophète Samuel, le sacre fit de la monarchie carolingienne un ministère quasi religieux. Charlemagne s'intitula « roi des Francs par la grâce de Dieu », et son couronnement impérial par Léon III, à Rome (Noël 800), fit de lui le seul chef au temporel, comme le pape au spirituel. Mais la fragilité de l'idée d'État, le maintien de l'élection, les aliénations de terres au profit des grands et les partages successoraux eurent raison des principes grandioses de la monarchie carolingienne. À partir de 888, les derniers Carolingiens alternèrent sur le trône avec les Robertiens, connus sous le nom de Capétiens à partir de l'avènement d'Hugues Capet (987). Par leurs diverses branches, les Capétiens se succédèrent sur le trône de France pendant plus de huit cents ans. La monarchie française leur doit ses principaux traits : le sacre a permis au roi de se hausser au-dessus des seigneurs, même les plus puissants. On lui attribua des pouvoirs miraculeux, comme la guérison des écrouelles. Mais les Capétiens s'appuyèrent aussi sur le droit féodal, faisant reconnaître à partir du XIIe s. qu'ils étaient des suzerains, c'est-à-dire les seigneurs suprêmes du royaume, et surtout, ils assurèrent leur succession héréditaire. Hugues Capet, quelques mois après son élection, se hâta de faire élire et sacrer son fils. À l'avènement de Philippe Auguste (1180), le principe de l'hérédité n'était plus contesté. L'exclusion des femmes du trône de France s'imposa à trois reprises entre 1316 et 1328 (v. CENT ANS, guerre de. La première guerre) puis fut justifiée au milieu du XIVe s. par la loi salique. La continuité monarchique par l'hérédité fut encore renforcée par le droit élaboré par les légistes français. Il fut admis que l'héritier devenait roi dès la mort de son prédécesseur, comme l'illustre la formule : « Le roi est mort, vive le roi ! ». Le roi de France ne reconnaissait d'autorité au pape que dans le domaine spirituel. En vertu de son sacre, unique en Europe, il affirmait tenir son pouvoir directement de Dieu, et n'avoir de comptes à rendre qu'à Dieu. 000200000A9F00001B1D A99,Dans le Saint Empire (v.), le principe électif fut maintenu. Une fois élu, le souverain prenait le titre de roi de Germanie, puis celui d'empereur après son couronnement à Rome, distinction qui disparut au début XVIe s., lorsque les souverains germaniques renoncèrent au couronnement. En 1508, Maximilien Ier prit le premier le titre d'« empereur élu des Romains toujours auguste, roi de Germanie ». En 1701, l'Électeur de Brandebourg acquit le titre de « roi en Prusse », devenu rapidement « roi de Prusse ». En 1806, les Électeurs de Saxe, de Bavière et de Wurtemberg prirent le titre royal, reconnu également en 1815 par le congrès de Vienne aux souverains des Pays-Bas et du Hanovre. Dès la fin du Moyen Âge, avec le déclin de la féodalité, l'autorité royale se renforça partout en Europe (sauf en Allemagne), et la doctrine du droit divin des rois commença à se développer. Elle connut son apogée avec Jacques Ier en Angleterre, les Habsbourg d'Espagne, et surtout Louis XIV en France. Cependant, après la révolution de 1688, l'Angleterre vit se mettre en place une monarchie représentative, qui devint un modèle à l'étranger, notamment chez les constituants français de 1791. En 1815, Louis XVIII tenta de concilier les traditions de l'ancienne monarchie avec certains principes acquis par la Révolution : la France fit l'expérience de la monarchie représentative, les ministres demeurant responsables devant le roi seulement. La sécularisation de la royauté française fut achevée sous la monarchie de Juillet, avec la disparition de l'affirmation de son origine de droit divin et du sacre à Reims, remplacé par un serment devant la Chambre. Les dernières monarchies européennes traditionnelles (Allemagne, Autriche-Hongrie, Russie) disparurent après la Première Guerre mondiale. En Europe, la monarchie a disparu en Grèce en 1973, est reparue en Espagne en 1975, s'est maintenue en Grande-Bretagne, en Belgique, aux Pays-Bas, dans les pays scandinaves. En Afrique, elle subsiste au Maroc, au Swaziland et au Lesotho ; en Asie, au Népal, en Thaïlande, au Bhoutan, et dans divers archipels d'Océanie. Au Cambodge, le roi Norodom Sihanouk, destitué en 1961, a retrouvé ses fonctions en 1991. Au Moyen-Orient, Arabie Saoudite et Jordanie sont dirigées par des rois. D'autres États ont des régimes de type monarchique : les émirats de Bahreïn, du Koweït, du Qatar, les sultanats d'Oman et de Brunei, l'Empire japonais, le grand-duché du Luxembourg, la principauté de Monaco. La Malaisie et les Émirats arabes unis, fédérations de monarchies, sont dirigés par un chef d'État choisi par ses pairs, pour une durée limitée. Le souverain britannique est en outre le souverain de plusieurs États du Commonwealth (v.).

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