RIVAROL Antoine Rivaroli
RIVAROL Antoine Rivaroli, dit le comte de. Ecrivain français. Né à Bagnols (Languedoc) le 26 juin 1753, mort à Berlin le 13 avril 1801. Fils d’un Italien, selon lui de noble origine, son père, qui avait seize enfants, tenait l’auberge des « Trois Pigeons ». Rivarol put, grâce à la bienveillance de l’évêque d’Uzès, entrer au petit séminaire de Saint-Andéol, ensuite à celui de Sainte-Garde, près de Carpentras, et enfin à celui d’Avignon. Sa belle figure ayant plu aux dames d’Avignon, il se détourna de l’état ecclésiastique. Tout en gardant le petit collet, il devint alors précepteur à Lyon, sous le nom de Longchamp. Fasciné par Paris et voulant s’y fixer, il s’y rendit à vingt-sept ans (vers 1780). On manque de documents sur le début de ce séjour. Soucieux de changer de nom, il se fit appeler alors le chevalier de Parcieux, s’autorisant de la parenté de sa grand-mère avec le savant de ce nom. Bien qu’en apparence il menât une vie de désordre, il ne s’adonnait pas moins à l’étude, chaque nuit, avec beaucoup de persévérance. Par sa tournure élégante, sa haute mine et sa rare facilité d’élocution, il s’acquit bientôt à Paris la plus brillante réputation. Devenu le roi des salons de la monarchie finissante, tout à la fois grave et frivole, « il fit sa carrière de causer comme d’autres faisaient carrière de se battre ». Il débuta dans les lettres en 1782 par un écrit assez vif contre Les Jardins de Delille. D’emblée, il y donnait carrière a ce grain de malignité qui devait, par la suite, lui créer nombre d’ennemis. Deux ans plus tard, il fit paraître, sous son véritable nom, son premier ouvrage important : le fameux Discours sur l’universalité de la langue française dont l’Académie de Berlin avait proposé le sujet. Rivarol obtint aisément le prix en question. La même année (1784), il donna une traduction de L’Enfer de Dante qui lui valut le même succès. En 1788, il fit paraître son premier Petit Almanach de nos grands hommes, en collaboration avec Champcenetz. Cette satire en forme d’éloge des écrivains médiocres eut un grand succès de scandale. Elle portait cette épigraphe : « Diis ignotis ». En 1789, dès le début de la Révolution, Rivarol se rangea dans le parti de la cour. Il prit pour tribune la feuille que publiait l’abbé Sabatier de Castres : le Journal politique national. Dans ses articles (dont le recueil parut plus tard sous le titre de Mémoires), Rivarol se révéla si grand écrivain politique qu’il se vit appelé par Burke le « Tacite de la Révolution ». Avec la même vigueur, il écrivit ensuite dans la feuille de Peltier : les Actes des Apôtres. 11 fit tant que, pour éviter le pire, il dut enfin quitter la France le 10 juin 1792. En 1790 avait paru le Petit Dictionnaire des grands hommes et la Révolution. Bruxelles était alors le quartier général de la haute émigration. Ce fut donc là qu’il se rendit d’abord. Accueilli très chaudement, il y publia coup sur coup sa Lettre au duc de Brunswick, sa Lettre à la noblesse française et De la Vie politique, de la fuite et de la capture du général La Fayette. Mais cette existence heureuse fut de courte durée. La Belgique étant sur le point d’être envahie par l’armée de la Révolution, il dut chercher refuge à Londres. S’y étant déplu, il alla à Hambourg en 1795. Contraint de travailler pour vivre, il eut la chance de faire affaire avec l’éditeur P. F. Fauche pour un Nouveau Dictionnaire de la langue française. Cet ouvrage ne vit jamais le jour : seuls parurent à Hambourg le Prospectus et le Discours préliminaire (en 1797). Ayant ainsi retrouvé l’aisance, Rivarol passa le reste de sa vie à Berlin où il représenta le futur roi Louis XVIII. Séparé de sa femme (Louise Mather-Flint, fille d’un maître de langue anglaise) depuis 1794, il avait pris pour compagne une jeune personne appelée Manette qui était jolie mais tout à fait illettrée. Mort à quarante-sept ans, Rivarol incarne l’esprit du XVIIIe siècle français dans tout l’éclat de ses mérites et de ses défauts. Son trop grand désir de briller l’a probablement empêché d’exercer une action durable. Quoi qu’il en soit, la plupart de ses mots sont restés fameux. ♦ « Vous joignez à une profonde connaissance des hommes l'art sublime d’avoir su profiter des lumières de ceux qui vous ont devancé. Votre logique est plus brillante et plus solide que celle des modernes penseurs. » Frédéric II de Prusse. ♦ « Je fus frappé du langage de cet homme qui pérorait seul et se faisait écouter avec quelque droit comme un oracle. L’esprit de Rivarol nuisait à son talent, sa parole à sa plume... » Chateaubriand. ♦ « Ce Méridional, à la bouche insolente et gaie, mélange singulier de trois ou quatre tempéraments fondus en un seul, qui pourrait-ce bien être sinon le prince de la conversation française, l’aventurier à la parole à la fois frivole et prophétique auquel il n’aura manqué pour être un très grand écrivain qu’une meilleure surveillance de ses dons prestigieux ? » Paul Bourget. ♦ « Parmi tous les représentants de la pensée conservatrice, Rivarol se distingue par sa sobriété raisonnable. » Ernst Jünger.