REVERZY Jean
REVERZY Jean. Romancier français. Né et mort à Lyon : 10 avril 1914-9 juillet 1959. Fils d’officier, il fut élevé dans un milieu catholique et réactionnaire. Il fit des études classiques dans un collège religieux de sa ville natale. Adolescent, il milita pour les idées monarchistes. Il sentit ses opinions changer dès les premières années de ses études de médecine. Il était interne des hôpitaux au moment de la guerre. En août 1940, accusé « d’attitude non conforme », il est contraint de démissionner de l’internat. Un peu plus tard, affilié à un groupe de Résistance, il est arrêté par la Gestapo et emprisonné quelque temps. Il gagne ensuite un maquis F.T.P. Ses camarades sont alors des gens d’extrême gauche et c’est parmi eux qu’il va désormais se situer politiquement. A la Libération, au lieu de chercher à se constituer une clientèle élégante comme sa famille l’espérait, il installe son cabinet dans un quartier ouvrier. Plus il ira, plus il considérera son métier comme une œuvre d’assistance aux pauvres et aux déshérités. Ses distractions sont la lecture et les voyages. Ses vacances lui permettent de parcourir l’Europe, l’orient, l’Océanie. C’est au début des années 50 qu’il se rend en Polynésie sur les traces de Stevenson, de Gauguin et d’Alain Gerbault. C’est un peu plus tard, aux approches de la quarantaine, qu’il devient écrivain : « Très tard, au décours de ma vie, à l’âge des grandes sécheresses, il m’advint de vouloir écrire. Non une page, des pages, un livre, des livres. » On n’a pas manqué de remarquer que ce désir coïncida avec la soudaine appréhension d’une mort prochaine. De fait, quand Reverzy termine son premier livre, Le Passage, en 1954, il ne lui reste plus que cinq années à vivre. Tout en continuant d’exercer la médecine, il ne cessera plus d’écrire. On a dit que la littérature avait été pour lui un apprentissage de la mort. Dans Le Passage, il nous raconte l’histoire d’un homme qui était parti vivre en Polynésie et qui revient à Lyon pour y mourir. Le souvenir du grand océan rend l’idée de la mort acceptable. C’est un livre poétique mais résolument athée. Et il en va de même pour Place des Angoisses (1956), qui est une œuvre autobiographique où Reverzy évoque son expérience de médecin et brosse le portrait de grand format du professeur Joberton de Belleville. Reverzy, qui avait été conduit à la littérature par une nécessité intérieure et qui avait écrit ses deux premiers romans avec comme références Conrad et Proust, se lança dans un vaste ouvrage expérimental où il entendait examiner l’homme comme un mannequin animé. Un extrait de cet ouvrage parut sous le titre Le Corridor (1958). Mais dans le même temps il composait Le Silence de Cambridge (publication posthume, 1960) dont il disait à une correspondante : « Cette histoire n’est que la transposition de ma vie réelle et, en l’écrivant, j’ai l’impression de me libérer. Je ne respirerai que lorsqu’elle sera finie. » Ce récit nous permet de comprendre l’anticléricalisme de Reverzy, car on y devine le rôle joué par des prêtres dans des événements de sa vie privée et les persécutions dont il fut victime. Quand il mourut, Reverzy travaillait à un nouveau roman dont il parlait comme d’une « somme » et qu’il avait intitulé La Médecine. Les pages rédigées ont paru en 1960, avec Le Silence de Cambridge, sous le titre La Vraie Vie. Les autres textes que laissait Reverzy, articles et nouvelles, furent publiés par Maurice Nadeau sous le titre A la recherche d’un miroir (1961). Toute l’œuvre de Reverzy fut rassemblée dès 1962 en un seul fort volume par l’éditeur italien Einaudi. Il fallut attendre quinze ans pour que le même volume parût en France. Mais il reçut un très chaleureux accueil de la critique, « Ce mort si amoureux de la mort a fini de nous parler, a écrit Nadeau en conclusion des Œuvres complètes. Mais qu’aurait-il besoin de prononcer des phrases qui nous paraîtraient nouvelles ? Celles dont il nous a fait cadeau nous suffisent. Elles dureront plus longtemps que nous. »
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