Résumé du cours: La Liberté (2025 / 2026)
📘 Résumé – La liberté
Introduction
Nous faisons tous l’expérience du sentiment d’être libres, mais éprouver la liberté ne prouve pas qu’elle existe réellement. Se croire libre, n’est-ce pas parfois être esclave de ses désirs, de ses passions ou de ses déterminismes inconscients ? La philosophie commence quand on interroge ce sentiment spontané.
- Pour la doxa : être libre = faire ce qu’on veut, sans contraintes.
- Mais cette définition mène à une contradiction : agir « sans entraves » peut signifier être esclave de ses désirs.
- Spinoza : « Être captif de son plaisir […], c’est le pire esclavage » (Traité théologico-politique).
Problématique : La liberté humaine est-elle une réalité ou une illusion ? Est-elle absolue ou relative ? Peut-on concilier la nécessité des lois naturelles et sociales avec la possibilité d’une liberté humaine ?
I) Le libre arbitre (thèse – idéalisme)
a) Définition
- Pouvoir de décision absolu, capacité d’être cause de soi-même (liberum arbitrum = jugement de l’arbitre).
- Expérience du choix : je peux dire « oui » ou « non », même face à des alternatives équivalentes.
b) Descartes
- Dans la Lettre à Mesland (1645), il affirme que je peux même refuser l’évidence (ex. « 2 + 2 = 4 »).
- La liberté apparaît comme un pouvoir de vouloir absolu, pure contingence.
c) L’acte gratuit (André Gide, Les Caves du Vatican)
- Lafcadio jette un vieillard hors du train sans raison, pour affirmer sa liberté.
- L’acte gratuit illustre l’idée d’une liberté absolue, détachée de toute cause.
d) Limite
- Cette conception risque de n’être qu’une illusion : vouloir agir sans motif est déjà un motif.
- La liberté comme « absence de détermination » peut se confondre avec une ignorance des causes réelles de nos choix.
II) Le déterminisme (antithèse – matérialisme)
a) Définition
- Principe : « les mêmes causes produisent les mêmes effets ».
- Tout événement est l’effet nécessaire d’une cause.
- Laplace (Essai sur les probabilités, 1814) : une intelligence parfaite connaissant toutes les causes pourrait prévoir passé et avenir.
b) Application à l’homme
- Nous ne choisissons pas de naître, de mourir, ni nos conditions sociales, notre corps, notre époque.
- Comte-Sponville : « L’on est fait, toujours, avant de faire. »
c) Critique du libre arbitre par Spinoza
- Illusion anthropocentrique : croire que l’homme est un « empire dans un empire ».
- Citation : « Les hommes se croient libres parce qu’ils sont conscients de leurs actions et ignorants des causes qui les déterminent » (Éthique).
- Exemple de la pierre : si elle avait conscience, elle croirait persévérer par sa propre volonté.
- Exemple de l’ivrogne : il croit parler librement, alors qu’il est déterminé par l’alcool.
👉 Le libre arbitre n’est qu’une illusion due à notre ignorance des causes profondes. La vraie liberté n’est pas d’échapper aux causes, mais de comprendre la nécessité.
III) Critiques du déterminisme
a) Critique logique
- Si tout est déterminé, la pensée qui affirme le déterminisme l’est aussi → contradiction.
- Lagneau : « Pour que la nécessité soit reconnue, il faut que nous considérions que nous sommes distincts de cette nécessité, c’est-à -dire que nous sommes libres. »
b) Critique morale
- Sans liberté, pas de morale, de responsabilité, de mérite ni de faute.
- Le remords et le repentir témoignent d’une liberté intérieure.
- Rousseau : « Renoncer à sa liberté, c’est renoncer à sa qualité d’homme. »
- Un déterminisme absolu conduirait à l’amoralisme : plus de bien ni de mal.
IV) La liberté comme compréhension du déterminisme (Synthèse - rationalisme)
1. Idée centrale
- La liberté ne s’oppose pas au déterminisme : elle s’appuie sur lui.
- Ce qui nous contraint est aussi ce qui rend possible l’action (ex. l’air pour la colombe, le vent pour le voilier).
- Liberté = connaissance et maîtrise des lois qui nous déterminent.
2. Métaphores philosophiques.
- Kant, Critique de la raison pure :
« La colombe légère, lorsqu’elle fend l’air, pourrait s’imaginer qu’elle réussirait mieux encore dans le vide. »
👉 Illusion d’une liberté absolue : sans résistance, aucune action n’est possible.
- Alain, métaphore du voilier :
« L’homme oriente sa voile, appuie sur le gouvernail, avançant contre le vent par la force même du vent. »
👉 La liberté, c’est utiliser les contraintes (vents, courants) pour réaliser son projet.
3. Distinction essentielle
- Fatalisme : destin écrit, aucune action possible.
- Exemple : Œdipe → quoi qu’il fasse, il accomplit la prophétie.
- Exemple religieux : dans certaines conceptions islamiques traditionnelles, ou dans le jansénisme chrétien, le salut ou la damnation seraient fixés d’avance.
👉 Dans cette vision, aucune liberté véritable.
- Déterminisme : en comprenant les lois de la nature, on peut agir sur elles.
👉 Le déterminisme est l’allié de la liberté.
4. Exemples concrets développés
- 🚗 Sur route mouillée : si je connais la loi physique (moins d’adhérence), je peux adapter ma conduite (freiner plus tôt).
- 👉 Connaître le déterminisme = anticiper, donc être plus libre.
- 🚀 Sciences :
- Gravitation → les fusées ne suppriment pas la loi de Newton, elles l’utilisent pour calculer la vitesse de libération.
- Avions : le vol repose sur la connaissance des lois de l’aérodynamique.
- 👉 Comme dit Francis Bacon : « On ne commande à la nature qu’en lui obéissant. »
- 🎠Racine, Andromaque :
- Dilemme tragique : sauver son fils (en épousant Pyrrhus) ou rester fidèle à son mari Hector (au risque de perdre son enfant).
- Solution : elle épouse Pyrrhus pour sauver son fils, mais se donne la mort aussitôt après, gardant sa fidélité à Hector.
- 👉 Liberté tragique : faire un choix réfléchi qui assume les contraintes.
- 🧠Freud, psychanalyse :
- Nos actes sont influencés par des désirs inconscients.
- En les rendant conscients, on se libère de leur emprise.
- 👉 Penser l’aliénation, c’est déjà s’en libérer.
CONCLUSION :
Il existe deux grandes conceptions de la liberté :
1. La liberté comme spontanéité : elle se réduit au sentiment de « faire ce que l’on veut », assimilée au libre arbitre ou à la puissance brute. Mais cette forme de liberté, parfois illustrée par le fou ou le sot, n’est qu’un degré inférieur, car elle reste aveugle et sans maîtrise. C’est le degré le plus bas de la liberté.
2. La liberté comme autonomie : elle repose sur l’obéissance à la raison, la sagesse et la lucidité. Être libre, c’est être capable de se donner à soi-même sa propre loi (auto-nomos), en tenant compte des nécessités du monde. C’est le degré le plus élevé de la liberté.
La véritable liberté n’est pas un état donné d’avance, mais une conquête progressive. Elle s’acquiert à travers un travail sur soi, l’émancipation des aliénations, et le progrès des connaissances. Comme le dit Victor Hugo : « La liberté commence, là où l’ignorance finit. »