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Résumé du Cours : Art et Sensibilité


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Résumé du Cours : Art et Sensibilité.




Qu’est-ce que signifie "esthétique" ?

Est jugé esthétique tout ce qui concerne la beauté et qui permet de porter un jugement de valeur sur la beauté d'une œuvre. Le terme "esthétique" a été introduit au XVIIIe siècle par Alexander Baumgarten dans son ouvrage Aesthetica (1750), où il définit l'esthétique comme une science du beau.

Qu’est-ce que la sensibilité ?

La sensibilité se réfère à la capacité de ressentir des impressions et des émotions. Elle est divisée en deux aspects : la perception de sensations physiques et la disposition à ressentir des émotions. Vers la fin du XVIIIe siècle, sous l'influence de Rousseau, la capacité d'éprouver des sentiments devient centrale. Le romantisme, mouvement littéraire et culturel apparu à la fin du XVIIIe siècle, met en avant la sensibilité contre la domination de la raison propre au classicisme.

Problématique:

Qu’est-ce qui me fait dire qu’une oeuvre d'art est belle ? Le jugement esthétique relève-t-il uniquement d’une appréciation subjective (relativisme esthétique), ou bien existe-t-il des critères objectifs du beau (classicisme) ? Autrement dit, l’expérience esthétique est-elle purement individuelle, ou prétend-elle à une validité universelle ?

Relativisme esthétique (thèse).

Le relativisme esthétique soutient que le jugement sur une œuvre d'art est purement subjectif, dépendant des goûts individuels, des époques et des cultures. L'opinion commune affirme que "des goûts et des couleurs on ne discute pas". « De gustibus et coloribus non disputandum ». Pour Hume (philosophe empiriste écossais du XVIIIe) : la beauté n’est pas une qualité inhérente aux choses elles-mêmes. Elle est seulement dans l’esprit qui la contemple. A chacun son goût. La norme du goût est dans notre sensibilité. Un objet beau ne sera ainsi plus un objet doté de telle ou telle propriété, mais un objet qui a simplement pour effet de produire chez l'individu une sensation qu'il apprécie et valorise. Ce qui est ainsi mis en avant, c'est précisément la sensibilité de l'individu. Les avis sur le beau divergent de manière irréductible selon les individus, les époques et les cultures. Il est donc illusoire de prétendre définir le beau par des propriétés objectives. Les goûts sont variables et relatifs.

Critique du relativisme esthétique.

Cependant, cette approche présente des limites, car elle nie la possibilité d'établir une hiérarchie entre des œuvres de qualités différentes. qui pourrait n’établir aucune hiérarchie entre un vin de table et un grand cru ? Qui pourrait n’établir aucune hiérarchie entre un artiste de génie et un peintre du dimanche ? Qui ne pourrait établir aucune hiérarchie entre un danseur étoile et un élève de 6ième division ? Tout devient art, tout devient beau. Paradoxalement, il existe souvent un consensus sur la grandeur de certaines œuvres classiques, ce qui suggère que certains critères de jugement peuvent transcender les préférences subjectives. Tous les connaisseurs s’accordent sur la grandeur de Mozart et le classicisme laborieux de Salieri.

Critères objectifs du beau (antithèse).

L'esthétique classique, notamment à la Renaissance et au XVIIe siècle, propose que la beauté réside dans l'objet lui-même. Les mots d'ordre de l'esthétique classique sont la perfection, l'ordre, la clarté, l'harmonie et la simplicité. Pour l’esthétique classique, le beau est dans l’objet et le jugement de goût est universel. Une fleur ou une oeuvre d’art sont belles parce que la beauté est présente en elles. Elles ne sont pas belles pour nous mais en elles-mêmes. Elles ne sont pas belles parce que nous les trouvons belles ; nous les trouvons belles parce qu’elles sont belles. La beauté est une propriété, une caractéristique intrinsèque de l’objet. Les artistes de cette époque cherchaient à atteindre une perfection qui incarnait la vérité universelle, souvent en imitant les formes et les proportions idéales de la nature. Le nombre d'or, par exemple, était utilisé pour représenter des proportions parfaites dans les œuvres d'art. Selon Bossuet, « Le beau ne consiste que dans l’ordre c'est-à-dire dans l’arrangement et la proportion. » Tout ce qui est disloqué, désordonné, démesuré est laid. Il s’agit de trouver la juste mesure, les rapports adéquats, la divine proportion. On doit à l'esthétique classique la codification des règles de production d'un bel objet.
Par exemple :
L'utilisation du nombre d’or dans l’architecture et la peinture pour obtenir des proportions idéales.
L'imitation des formes de la nature (le corps humain comme modèle de proportion chez Léonard de Vinci).
Les règles de la tragédie classique en littérature (unités de temps, de lieu et d’action chez Racine et Corneille).

Le but est de produire des œuvres qui reflètent une vérité universelle et qui plaisent par leur perfection formelle.

Limites de l'esthétique classique.

L’esthétique classique assimile le jugement de goût à un jugement de connaissance : on pense qu’on peut mesurer, codifier, démontrer la beauté comme on démontre une vérité scientifique. On fait primer la raison sur la sensibilité. Or, l’art n’est pas seulement une question de règles ou de proportions. Exemple : un poème écrit en parfait alexandrins peut être froid et sans émotion.

Il y a une part de technique dans l’art mais il ne suffit pas de la mettre en œuvre pour être un artiste. Chacun d’entre nous peut composer une tragédie respectant la règle des 3 unités sans pour autant être Racine. L’art commence là où justement s’achève la technique.

Les grands artistes, bien que respectant certaines règles, se sont souvent affranchis des normes établies pour créer des œuvres innovantes et expressives. Les romantiques, par exemple, ont rejeté le formalisme des classiques en faveur d'une expression plus personnelle et émotionnelle. Les romantiques vont reprocher aux classiques leur impersonnalité, leur formalisme, leur académisme: « J’ai disloqué ce grand niais d’alexandrin » (Hugo). Selon lui, il faut écrire « non pas avec ce qui a été écrit, mais avec son âme et son cœur. »

Synthèse kantienne de l'esthétique.

Le paradoxe est le suivant : nous disons « C’est beau », comme si la beauté était dans l’objet (classicisme), et nous ajoutons souvent : « à chacun ses goûts », comme si la beauté n'était que dans le sujet individuel (subjectivisme ou relativisme esthétique).

Kant distingue deux types de jugement en esthétique :

Le jugement de l'agréable (ou d'agrément) : basé sur la satisfaction des sens (goût, odorat, toucher...), il est purement subjectif et personnel. Ce qui m'est agréable n’est pas universalisable: par exemple, je ne peux pas exiger que tout le monde aime les tripes !

Le jugement de goût (beau) : il est subjectif mais prétend à une validité universelle. Voyons cela:

Kant, dans la Critique de la faculté de juger (1790), tente de réconcilier le subjectivisme (thèse) et l'objectivisme (antithèse) esthétique en introduisant une nouvelle perspective sur le jugement esthétique. Il propose que le jugement de goût est à la fois subjectif et universel. Selon Kant, le plaisir esthétique est désintéressé, c'est-à-dire qu'il n'est pas influencé par des motivations utilitaires, morales ou personnelles. Ce plaisir provient d'une contemplation désintéressée de l'objet d'art, qui ne cherche ni à le posséder ni à en tirer un avantage quelconque. Kant dit: « Est beau l’objet d’une satisfaction désintéressée ». L'art est inutile et gratuit, il n’a pas d’autre finalité que lui-même. Si un tableau de nu provoque en moi un désir sexuel, je ne le perçois plus esthétiquement, mais sensuellement.

Contre le relativisme esthétique (thèse), Kant explique que, lorsqu'une personne fait un jugement de goût, elle exprime un sentiment de plaisir ou de déplaisir qui, bien que subjectif, prétend être partagé par tous. Cela signifie que l'expérience esthétique, bien qu'ancrée dans la subjectivité, aspire à une forme de consensus universel. Le jugement de goût est une appréciation esthétique en toute indépendance, c’est-à-dire sans rapport avec un intérêt personnel quelconque. En conséquence, mon jugement sera universel ou plus précisément je serai en droit d’exiger d’autrui qu’il prononce le même jugement que moi lorsque j’affirme que telle forme est belle.

Contre l'esthétique classique (antithèse), Kant ajoute que « Est beau ce qui plaît universellement sans concept ». Pourquoi "sans concept" ? Car il n’y a pas de preuves de la beauté. On juge et on sent que cette musique ou cette montagne sont belles mais on ne peut le prouver. Il n’y a pas de règles a priori du beau contrairement à ce que pensait le classicisme. La valeur d’une œuvre n’est pas quelque chose qui se démontre par de froids raisonnements. Elle s'éprouve mais ne se prouve pas. Il n’existe pas de concept de beau pouvant donner lieu à une démonstration de la beauté. Le plaisir esthétique repose sur la libre harmonie des facultés de la sensibilité et de l'entendement lors de la contemplation de l'objet.

CONCLUSION.

Nous verrons dans la partie suivante comment l’analyse freudienne remet en cause l’esthétique kantienne du « désintérêt ».









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