RAY Jean
RAY Jean. Romancier et nouvelliste belge d’expression française. Né et mort à Gand (8 juillet 1887-17 septembre 1964). De son vrai nom Jean Raymond Marie de Kremer, Jean Ray, d’origine flamande, devint célèbre en tant qu’écrivain de langue française. Sensible, dès son enfance, aux mystères que recèle le surnaturel, et assoiffé d’aventures, il lui fallait une vie hors du commun, qu’il découvrira sur mer au cours d’une existence mouvementée. Aussitôt terminées ses études à l’Université de Gand, il quitte en effet la maison paternelle et s’engage sur les navires de fret. C’est ainsi qu’il fait le tour du monde, partageant la vie dure et pittoresque des marins de son temps. Mais Jean Ray franchit parfois les limites de la pure convention puisqu’il va jusqu’à se livrer à la contrebande et au trafic du rhum et du whisky. Au cours de ces voyages, Jean Ray connaîtra de nombreuses aventures, dignes parfois des héros qu’il créera plus tard, et qui lui vaudront le surnom de « Tiger-Jack » ainsi que l’estime de ses compagnons de bord. En 1925, il cesse pourtant de voyager et met à profit ce répit pour écrire Les Contes du whisky. Mais sept ans plus tard, il repart pour l’Islande et les îles Féroé d’où il ramène un reportage sur les pêcheurs intitulé Les Moissons de l'abîme, qu’il signe John Flanders, ainsi qu’une de ses plus belles nouvelles, Le Psautier de Mayence. Peu de temps après, au cours d’une escale à Hambourg, il achèvera La Ruelle ténébreuse, qui compte aujourd’hui parmi les chefs-d’œuvre du genre. Mais en 1930, il quitte définitivement la marine marchande (il avait alors le grade de capitaine). C’est a cette époque qu’un éditeur lui proposera la traduction d’aventures policières allemandes. Jean Ray, qui a accepté, se lasse cependant de ce travail monotone et abandonne peu à peu le texte allemand pour produire des contes originaux où il laisse courir librement son imagination. C’est ainsi que naîtra le personnage de Harry Dickson qui connaîtra un vif succès lors de sa parution en France en 1931. La série considérable des Aventures de Harry Dickson, qui compte à elle seule plus de cent épisodes, se situe dans la lignée de Souvestre et Allain (Fantômas) et de Conan Doyle (Sherlock Holmes) et trouve ainsi sa place au sein d’une tradition toujours vivante de la littérature populaire. Les années suivantes, Jean Ray, toujours avide de découvertes, reprendra souvent la mer. Au hasard de ses voyages, il exercera de nombreux métiers et deviendra même un jour dompteur dans un petit cirque de province. Vers 1940, cependant, las peut-être de cette vie vagabonde, il retourne à Gand, sa ville natale, où il se fixe. Dès lors, il ne cessera plus d’écrire et ses ouvrages se multiplieront jusqu’à sa mort, en 1964, alors qu’il est âgé de soixante-dix-sept ans. Cette même année paraîtront Les Contes noirs du golf et Le Carrousel des maléfices qui se situent au nombre de ses principales œuvres avec Malpertuis (1943), Les Derniers Contes de Canterbury (1944), ainsi que Saint-Judas-de-la-Nuit, publié en 1903. L’œuvre envoûtante de Jean Ray, que rehausse un style riche et coloré propre à plus d’un écrivain flamand, ouvre les portes d’un monde tout à la fois terrifiant et fascinant. Les personnages pittoresques qui se meuvent dans une Flandre toujours présente n’appartiennent pas tout à fait à la réalité. Ils entraînent le lecteur sur les chemins détournés qui furent ceux de Poe et de Lovecraft, devenant au fil des pages les complices des créatures impassibles originaires d’une autre dimension. Pour ne pas contraindre ses personnages, Jean Ray a délibérément choisi le ton du narrateur, car il préfère laisser ceux-ci agir librement et même lui échapper. La sensibilité et l’instinct sont ainsi seuls à régner sur cette œuvre éminemment poétique qui place son auteur au rang des grands maîtres du réalisme fantastique.
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