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RAVEL Maurice Joseph

RAVEL Maurice Joseph. Né le 7 mars 1875 à Ciboure (Pays basque), mort à Paris le 22 décembre 1937. Son père, Joseph Ravel, peut être considéré comme un des pionniers de l’industrie automobile : le premier il construisit un « générateur à vapeur chauffé par les huiles minérales appliquées à la locomotion ». Il est aussi l’inventeur du moteur surcomprimé à deux temps. Il épousa en 1874 Marie Delouart, une Basquaise des Basses-Pyrénées, qui lui donna en 1878 un second fils, Edouard, puis trois filles, Marie. Alexandrine et Louise. Joseph Ravel portait un intérêt assez vif à la musique pour en avoir entrepris l’étude élémentaire — nous dit Roland-Manuel. Il fut ravi d’avoir un fils qui dès son plus jeune âge — sans être un enfant prodige — manifestait un goût certain et des dons pour la musique. Maurice Ravel commença à étudier le piano à l’âge de six ans environ avec Henri Ghys (bon musicien, auteur d’un Air Louis XllI). À douze ans, il a comme professeur d’harmonie un disciple de Léo Delibes, Charles-René, que le jeune Ravel étonne par l’originalité du tour mélodique de ses premiers essais de composition. En 1889, l’élève Ravel est admis au Conservatoire dans la classe d’Anthiome (piano préparatoire); à l’Exposition universelle les gamelangs lui révèlent le charme essentiel des musiques d’Extrême-Orient : les échelle» modales défectives. En 1891, Ravel, nanti d’une première médaille de piano, passe dans la classe de Charles de Bériot, où il a pour condisciple Ricardo Vinès, qui deviendra son ami et son interprète. Il étudie l'harmonie, en bon élève non dépourvu d’ironie, avec Emile Pessard. Il découvre à la même époque deux musiciens, Chabrier et Satie, dont la musique l’influence : « Mes premières compositions, écrit-il, dans son esquisse biographique, demeurées inédites, datent de 1893 environ. J’étais alors dans la classe d'harmonie de Pessard. L’influence d’Emmanuel Chabrier était visible dans la Sérénade grotesque pour piano; celle de Satie dans la Ballade de la Reine morte d’aimer. » Il écrit le Menuet antique et la Habanera pour piano, en 1895. Cette dernière pièce révèle, du premier coup, Maurice Ravel tout entier. On la retrouve orchestrée, mais non modifiée, dans la Rapsodie espagnole (1907). En 1896, Ravel est admis dans la classe de contrepoint d’André Gédalge et dans celle de Gabriel Fauré pour la composition. La Société Nationale de Musique donne en première audition, le 5 mars 1898, les Sites auriculaires, deux pièces pour deux pianos de Maurice Ravel: Entre cloches et la Habanera qui furent accueillies avec des « murmures ironiques et furieux ». De l’année suivante (1899) date la célèbre Pavane pour une infante défunte que le compositeur jugera toujours avec sévérité. En 1901, il obtient le second grand prix de Rome — manquant de justesse le premier grand prix. Il vient d’achever Jeux d’eau, pièce pour piano dont l’influence indéniable sur Claude Debussy est perceptible dans la technique des Estampes, composées en 1903. A cette époque, Ravel rencontre Debussy, qu’il admire profondément (pour lui le Prélude à l'après-midi d’un faune est « le chef-d’œuvre de la musique »). Le Quatuor en fa (1903) et les trois poèmes de Shéhérazade (1903) se ressentent de cette admiration. Ce sont les seules œuvres de Ravel où l’on peut déceler des traces légères d’une influence debussyste. Jeux d’eau, le Quatuor et Shéhérazade ferment à jamais les portes du premier grand prix de Rome au jeune musicien qui concourt par deux fois en vain. C’est un scandale dans le monde musical, auquel la presse fait écho. Théodore Dubois, alors Directeur du Conservatoire, est obligé de démissionner. Il est remplacé par Gabriel Fauré. De 1905 à 1908, Ravel enfin délivré de tout souci scolaire construit « une part de son œuvre qui ne sera ni la moins importante, ni la moins caractéristique puisqu’elle comprend la Sonatine (1905), les Miroirs (1905-1907), les Histoires naturelles (1906), la Rhapsodie espagnole (1908), L’Heure espagnole, Gaspard de la nuit (1908), Ma mère l’oye (1908). Trois années d’une fécondité exceptionnelle : pas une de ces œuvres qui ne soit un chef-d’œuvre. Les Histoires naturelles sont l’occasion d’une seconde « affaire Ravel ». A propos de cette œuvre typiquement ravélienne le critique Pierre Lalo se plaignait d’y entendre « sans cesse... l’écho particulier de la musique de M. Debussy ». Cette accusation parfaitement injustifiée fut relevée vivement et la discussion dégénéra vite en conflit. Jean Mamold, Louis Laloy, M.-D. Calvocoressi défendirent Ravel avec éclat et par leurs écrits mirent les choses au point de façon définitive. En 1909, Serge de Diaghilew, désireux de rajeunir ses cadres, commanda à Ravel pour les Ballets Russes une partition sur un argument de Fokine, chorégraphe de la troupe : c’est Daphnis et Chloé, la plus importante, par ses dimensions, des œuvres du musicien. Elle ne sera achevée qu’en 1912. Entre-temps Ravel écrit pour le piano les Valses nobles et sentimentales Elles sont jouées en première audition à la Société Musicale Indépendante, en 1911, sans nom d’auteur, au milieu des protestations et des huées. On les attribua à Zoltan Kodâly, à Erik Satie, à Théodore Dubois même, et à bien d’autres encore, sauf à leur véritable auteur. Ces Valses, dont l’originalité et l’audace désorientèrent les premiers auditeurs, tiennent une place à part dans l’œuvre de Ravel. Elles résument une tendance et ouvrent une voie : celle de la concentration, puis du dépouillement de la matière et de la forme. Voie qui trouvera son achèvement dans les Trois Poèmes de Stéphane Mallarmé. En 1913, Ravel a trente-huit ans. Il est devenu un musicien célèbre dont l’influence s’étend de plus en plus. Mais la réussite ne l’entame pas. Il rejoint à Clarens au bord du lac Léman son ami Igor Stravinsky : ils doivent tous deux réorchestrer pour Diaghilew des passages de la Kovantchina de Moussorgsky. Tandis que Stravinsky écrit, sous l’influence passagère de Schönberg, les Poèmes de la lyrique japonaise, Ravel écrit de son côté les Trois poèmes de Stéphane Mallarmé. « Extrémisme de la pureté. Union inhumaine et sensible de la poésie absolue et de la technique en sa rigueur obstinée : voilà Stéphane Mallarmé — et voici son musicien » (Roland-Manuel). Lorsque la guerre éclate, Ravel achève son trio pour piano, violon et violoncelle. Il se trouve à Saint-Jean-de-Luz. Réformé, en raison de sa complexion très délicate, il multiplie les démarches afin de s’engager dans l’armée, sans résultat. En désespoir de cause, il s’engage comme conducteur au service des convois automobiles du train. Mais en juin 1917 il est libéré, réformé temporairement. Il écrit Le Tombeau de Couperin, suite pour piano, dont chacune des pièces qui la composent est dédiée à la mémoire d’un ami tombé au front. De 1918 à 1919, il borne son activité à des travaux d’orchestration. A partir de décembre 1919 il travaille à un poème chorégraphique, sur la demande de Diaghilew : la Valse. Mais, inexplicablement, les Ballets Russes renoncèrent à monter l’ouvrage lorsqu’il l’eut achevé en 1920. Il mettra quatre ans (1920, fin 1924) à écrire L’Enfant et les sortilèges, fantaisie lyrique en deux parties sur un texte de Colette. De 1925 datent les Chansons madécasses, cycle de mélodies avec accompagnement de flûte, de violoncelle et de piano, composé à l’intention de Mme Elisabeth S. Coolidge. La gloire de Ravel ne cesse de croître. En 1928, le compositeur découvre l’Amérique au cours d’une tournée de quatre mois. A son retour (en avril), il écrit le Boléro que Mme Ida Rubinstein lui avait commandé, avant son départ, pour ses spectacles. Ce tour d’illusionniste devait connaître un destin triomphal. Cette même année Ravel revêt la toge de doctor honoris causa à l’Université d'Oxford. Et il dirige un peu partout son Boléro. En 1929, Ciboure rend hommage au grand musicien qu’elle a vu naître : la rue du Quai, débaptisée, devient le quai Maurice-Ravel. « Notre musicien est aussi sensible à ces manifestations que gêné de s’en voir l’objet » (Roland-Manuel). Il commence en 1930, simultanément, la composition de deux Concertos pour piano et orchestre : l’un à l’intention de Mme Marguerite Long, le Concerto en sol majeur, l’autre à l’intention d’un pianiste viennois, Wittgenstein, mutilé de la main droite, le Concerto pour la main gauche. En 1932, il part en compagnie de Marguerite Long pour une grande tournée de concerts en Europe centrale. Les trois poèmes de Don Quichotte à Dulcinée (1932) sur des textes de Paul Morand constituent l’adieu de Ravel à la musique. Il est pourtant plein de projets mais la maladie qui devait l’emporter commence à se manifester. Vers le milieu de 1933, il éprouve une gêne inexplicable à écrire, à signer. Il est soudain incapable d’exécuter certains mouvements. Il se sent de plus en plus « vivre dans le brouillard » selon ses propres termes. Ses amis essaient de le divertir, le font voyager. L’année 1935 le voit en Espagne et au Maroc qu’il désire connaître. Toujours lucide, l’ombre qui peu à peu envahit son esprit ne cesse de s’épaissir. Il vit de plus en plus dans sa maison, le Belvédère de Montfort-l’Amaury. Mais le mal augmente chaque jour. On décide une intervention chirurgicale. L’opération a lieu le 19 décembre 1937. Il demeure dans un demi-sommeil une longue semaine. Il s’éteint sans souffrance le 28 décembre au petit matin. L’enterrement eut lieu le jeudi 30 décembre 1937. Maurice Ravel repose au cimetière de Levallois auprès de ses parents. ♦ «Je n'ai jamais éprouvé le besoin de formuler, soit pour autrui, soit pour moi-même, les principes de mon esthétique. Si j'étais tenu de le faire, je demanderais la permission de reprendre à mon compte les simples déclarations que Mozart a faites à ce sujet. Il se bornait à dire que la musique peut tout entreprendre, tout oser, et tout peindre, pourvu qu'elle charme et reste enfin et toujours la musique. » Maurice Ravel. ♦ « Ravel rêve de la perfection et il sait y atteindre. Sa musique offre le miracle de la forme parfaite : rien n’y est de trop, rien n'y manque. Ni redondance, ni sécheresse : partout le point juste, et la convenance exacte de ce qui est dit à ce que l'artiste veut dire. Son tort, parfois, est de sembler sans défaut... Ravel est apollinien autant qu'on puisse l'être en musique, cet art dionysiaque entre tous. » André Suarès. ♦ « Une esthétique de l'imposture... » Roland-Manuel. ♦ « Parmi toutes les gamineries plus ou moins suspectes de l'après-guerre, entre toutes les formes si concertées de l’infantilisme moderne, Maurice Ravel représentait l'innocence. Depuis qu'il est mort c'est notre innocence qui est morte.» VI. Jankélévitch.




RAVEL, Maurice (Ciboure, 1875-Paris, 1937). Compositeur français. Il fut le dernier grand représentant du classicisme français au XXe siècle. Élève au conservatoire de Paris, il consacra sa vie à donner des concerts à travers l'Europe et à composer ses oeuvres. Ni imitateur de Debussy, ni d'une « exquise sensibilité », Ravel composa dans tous les genres, à l'exception de la musique religieuse. On lui doit des partitions pour piano (Pavane pour une infante défunte, Gaspard de la nuit, Valses nobles et sentimentales, Ma mère l'oye, Concerto pour la main gauche), des orchestrations d'oeuvres pour piano (Daphnis et Chloé, 1909-1912 ; Boléro, 1928).

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