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QUINET Edgar

QUINET Edgar. Philosophe, historien, poète et homme politique français. Né à Bourg (Ain) le 16 février ]803, mort à Versailles le 27 mars 1875. Issu d’une ancienne famille de la Bresse et fils d’un commissaire des guerres sous la République, il passa, dès l’âge de quatre ans, toute son enfance à la campagne avec sa mère, laquelle, protestante et fort intelligente, entendit s’occuper seule de son éducation première. En 1815, il fut mis au Collège de Bourg, pour y faire ses études classiques, études qu’il alla poursuivre, deux ans plus tard, au Lycée de Lyon. Admis, en 1820, aux examens de l’Ecole Polytechnique, il obtint pourtant de son père d’abandonner cette dernière pour faire son droit. Mais, possédé du démon de la connaissance, il s’initie, de surcroît, aux langues étrangères, en particulier l’allemand, ainsi qu’à la philosophie de l’histoire. Il débute dans les lettres à l’âge de vingt ans avec Les Tablettes du Juif errant (1820), satire des systèmes philosophiques du temps. Grand admirateur de Herder, il se mit ensuite à traduire son livre : Idées sur la philosophie de l’histoire de l’humanité. Traduction qu’il enrichit d’une si belle Introduction (1825) que Gœthe lui-même en fit grand éloge. En France, le succès ne fut pas moindre; Victor Cousin vit dans l’ouvrage « le début d’un grand écrivain » et tint à présenter son auteur à Michelet. De là date la profonde amitié que Quinet eut pour ce dernier durant toute sa vie. Désormais tout acquis à la philosophie allemande Quinet se rend à Heidelberg, en 1827, et là se lie aussitôt avec les hommes les plus célèbres de la vieille Université. L’année suivante, il publie De l’origine des dieux (1828), opuscule qui contient en germe ce Génie des religions qu’il fera paraître quinze ans plus tard. Elu par l’institut membre de la commission scientifique envoyée sur ses instances en Grèce avec l’armée française, il put visiter la Morée au moment même où la guerre y faisait rage. Dès son retour à Paris, il devait publier la relation de ce voyage : De la Grèce moderne et de ses rapports avec l’Antiquité (1830). En 1832, Quinet résolut de séjourner en Italie. C’est là même qu’il termina ce long poème allégorique auquel il travaillait depuis longtemps : Ahasvérus (1833). La même année, il retourne à Heidelberg et y épouse une Moldave qui sera la fidèle compagne de sa vie. De retour à Paris, en 1836, il publie deux autres grands poèmes en prose : Napoléon (1836), puis Prométhée (1838) et Voyages d’un solitaire (1836). Deux ans plus tard (1838), il est nommé professeur de littérature étrangère à la Faculté des Lettres de Lyon et y obtient d’emblée un énorme succès. Infatigable, il fait paraître, la même année, outre l'Epopée indienne, sa thèse de doctorat, l’ouvrage intitulé Allemagne et Italie (1838). Affichant toujours davantage ses convictions républicaines, il donne, en 1840, un Avertissement au pays où il déplore le divorce de la bourgeoisie avec le peuple et prévoit déjà l’heure « où la caste des enrichis forcerait le prolétariat à la traiter en ennemie ». En 1842, Quinet allait quitter Lyon pour s’établir à Paris, car il venait de se voir offrir, au Collège de France, une chaire de littérature de l’Europe méridionale, laquelle avait été créée tout exprès pour lui. Placé ainsi au plus haut degré de l’enseignement public, il voulut plus que jamais guider la jeunesse française dans sa confuse aspiration vers la liberté. Venant de publier Du génie des religions (1842), il fait la guerre à l’ultramontanisme avec tant d’éclat qu’il finit par voir suspendre son cours (1846). Inébranlable, il prend une part des plus actives, l’année suivante, à l’agitation réformiste. Quand éclate la révolution de 1848, il fut un des premiers à entrer aux Tuileries. Nommé colonel d’une légion de la garde républicaine, il fut élu peu après à l’Assemblée nationale par le département de l’Ain.

Il fait bientôt paraître Les Révolutions d’Italie (1848-1851). Dès lors, Quinet allait devoir prendre le chemin de l’exil. Banni de France après le coup d’État du 2 décembre (1851), il se réfugie à Bruxelles. En 1858, il passe en Suisse pour se fixer à Veytaux, près de Montreux : au total, près de vingt années d’exil. Heureusement, le travail le consola de tout. On le voit, en effet, publier successivement : Les Esclaves, poème dramatique (1853), Histoire de mes idées (1858), Merlin l’Enchanteur (1860) et enfin La Révolution (1865). Dès le 4 septembre 1870, il retrouve enfin sa patrie. Pendant le siège de Paris, il publie dans Le Siècle de virulents articles où il flétrit la conduite de la Prusse à l’égard de la France redevenue républicaine. S’étant vu rendre déjà sa chaire au Collège de France, il fut élu, de surcroît, en 1871, député de la Seine à l’Assemblée nationale. Travailleur infatigable, Quinet allait encore nous donner trois ouvrages : Le Siège de Paris et la défense nationale (1871), La République, condition de la régénérescence de la France (1872), et enfin L’Esprit nouveau (1874), livre qui résume le travail de toute sa vie. Rappelons que Victor Hugo prononça, à ses funérailles, un très important discours qui fit sensation. Poète assez médiocre, mais philosophe hardi et historien de valeur, Edgar Quinet est, sans conteste, un des plus grands remueurs d’idées de son époque. ♦ « On nous broierait tous dans un mortier que nous ne fournirions pas la quantité de poésie qu'il y a dans cet homme. » Lamartine. ♦ « véritable poète, il ne vécut que pour rendre les idées visibles, pour les incarner sur la terre, et, tout amour, il ne fit à aucun être vivant l'honneur de le haïr ou de le craindre. » Th. de Banville (1875).

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