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PRÉVOST D’EXILES Antoine-François abbé

PRÉVOST D’EXILES Antoine-François abbé. Romancier français. Né à Hesdin (Artois) le 1er avril 1697, mort le 23 novembre 1763 à Courteuil, dans la forêt de Chantilly. Fils d’un procureur du roi au bailliage d’Hesdin, il fit brillamment ses premières études au collège des jésuites de sa ville natale. Au sortir de la rhétorique il prit l’habit de novice dans la Compagnie (1713). Son ardeur s’étant refroidie, il s’engagea comme volontaire dans l’armée du roi, avec l’intention de s’y couvrir de gloire ( 1717). Mais, peu apte à se discipliner, il crut bon de reprendre sa place chez les jésuites : payant, d’ailleurs, leur indulgence d’une Ode à saint François-Xavier, il n’y demeura pas longtemps; s’étant épris de quelque fille, il retourna au métier des armes, ici, l’histoire devient obscure et lui-même, y faisant quelque part allusion, ne l’a pas tout à fait éclaircie. Toujours est-il qu’étant de bonne apparence et soucieux de plaire aux femmes, il dut s’adonner au plaisir avec frénésie. Jusqu’au jour où, dégoûté de tout à la suite d’une trahison, il alla s’ensevelir chez les bénédictins de Saint-Maur (1720). Il devait, cette fois, y séjourner longtemps : jusqu’en 1728. Ayant prononcé ses vœux à Jumièges en 1721, il put prêcher, enseigner les humanités et même la théologie : de Saint-Ouen de Rouen, il passa à l’abbaye du Bec-Hellouin, puis au collège de Saint-Germer, à Évreux, et aux Blancs-Manteaux. Partout, il se fit remarquer par sa valeur. Appelé enfin à partager les travaux des érudits de sa congrégation à l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, il eut, dit-on, la plus grande part à un volume de la Gallia christiana. Cependant, il était loin d’avoir perdu le goût du monde. Fatigué de vivre sous le régime austère de Saint-Maur, irrité par la méfiance persistante des religieux, il demanda à passer sous la règle de Cluny, beaucoup plus douce. Ayant essuyé un refus, il s’enfuit alors de son cloître. Jugeant prudent de quitter la France — on avait délivré contre lui une lettre de cachet —, il se rendit en Angleterre. Devenu bientôt précepteur dans la maison d’un grand seigneur, il fut contraint de quitter son poste à la suite « d’une petite affaire de cœur ». Gagnant alors la Hollande (1729), il s’établit à Amsterdam. C’est là qu’allait commencer sa vie d’homme de lettres. Brouillé avec sa famille, sans argent, sans protecteur, il ne lui restait, en effet, que sa plume pour toute ressource. Ayant, par chance, le don des langues et un assez grand savoir, il put assez vite se tirer d’affaire en se livrant à des travaux de librairie. Davantage : bien qu’il eût tout juste trente ans, il regorgeait de souvenirs qu’il entreprit d’utiliser dans un vaste ouvrage, les Mémoires et aventures d’un homme de qualité (1728), dont le huitième et dernier volume contient la fameuse histoire de Manon Lescaut (1731). S’étant peu après fixé à La Haye, il y fit la connaissance d’une jolie aventurière qu’il finit par emmener en Angleterre, tout en refusant de l’épouser pour éviter le scandale qu’aurait causé la rupture solennelle de ses vœux. Arrivé à Londres en 1733, il fonda, pour subsister, un journal d’un goût nouveau : Le Pour et le contre (ce titre signifiait que la feuille en question s’expliquerait sur tout sans prendre parti pour rien). Bien qu’il travaillât sans relâche, Prévost, lassé de son exil, aspirait à rentrer en France. Il y parvint en 1734 grâce à la protection du prince de Conti. Devenu l’aumônier de ce dernier, il reprit donc l’habit de prêtre séculier. Mal rémunéré de ses services, il se jeta plus que jamais dans le travail. Tout en poursuivant son Histoire de M. Cleveland, commencée en Angleterre (1732-1739), il préparait son Doyen de Killerine (1735) et s’occupait de son journal Le Pour et le contre (1733-1740). Mais en dépit de ses efforts, il n’arrivait pas à améliorer l’état de sa fortune. Criblé de dettes et menacé de la Bastille, il chercha refuge à Bruxelles, puis à Francfort (1741). Son exil dura huit mois. Heureusement, sa réputation commençait à s’élever au-dessus de sa misère. De retour à Paris en automne 1742, il constata qu’on le tenait pour « le premier romancier de son temps ». et put alors s’installer commodément à Passy. Des nombreux ouvrages qu’il se mit à publier, il faut retenir: Mémoires pour servir à l’histoire de Malte (1741), Histoire d’une Grecque moderne (1741), Mémoires d’un honnête homme (1745). Â partir de 1746, ou environ, il cessa de composer des romans pour s’absorber dans les travaux de librairie. Ce fut alors qu’il traduisit de l’anglais La Vie de Cicéron de Middleton, l'Histoire d’Angleterre de Hume, Clarisse Harlowe, Pamela, Nouvelles Lettres anglaises ou L’Histoire du chevalier Grandison, etc. Il entreprit, en outre, sous les auspices du chancelier d’Aguesseau, la volumineuse collection de l'Histoire générale des voyages (1745-1770). Bien qu’il n’eût que de minces revenus, il parvint à acheter, vers 1760, une maison de campagne près de Chantilly où il reprit les exercices de la vie religieuse. Frappé d’apoplexie au cours d’une promenade, il mourut presque subitement et la légende qui veut qu’il ait été tué par le médecin procédant à son autopsie n’a été imaginée par La Place que quelque soixante-dix ans plus tard. Peu d’écrivains ont fait preuve d’une fécondité égale à celle de l’abbé Prévost. On lui attribue, en effet, deux cents volumes (dont cinquante de traductions). S’étant toujours pris pour un ouvrier, il se souciait peu de faire œuvre d’artiste. Enclin à pousser tout au noir, il est le vrai créateur du genre qu’Ann Radcliffe et, après elle, les romantiques devaient porter jusqu’à l’absurde. Ce qu’il a vu mieux que tout autre, après Racine, c’est le caractère irrésistible de l’amour. Disons :1a souveraineté de la passion. On sait la fortune prodigieuse que cette doctrine allait connaître par la suite.




♦ « Il me paraît que le langage des passions est sa langue naturelle. » Voltaire. « ... homme très aimable et très simple dont le cœur vivifiait ses écrits, dignes de l’immortalité, et qui n’avait rien dans l’humeur ni dans la société du sombre coloris qu’il donnait à ses ouvrages. » Rousseau. ♦ « Chaque ligne de ses romans excite en moi un mouvement d’intérêt et m’arrache des larmes. » Diderot. ♦ « Manon Lescaut, ce roman bon pour des portières. » Napoléon. ♦ « Ne demandez point au roman de l’abbé Prévost de ces descriptions, ni de ces couleurs dont on a tant usé et abusé depuis : s’il peint, c’est en courant et sans appuyer; ses personnages n’ont de couleur que la carnation même de la vie dans la première jeunesse. » Saint-Beuve. ♦ « Gardons-nous bien de dire que Prévost écrit mal. Disons seulement qu’il n’écrit point, c’est-à-dire qu’emporté lui-même par son récit, il écrit sous la dictée des choses, plus préoccupé de les représenter que de faire attention comme il les représente; ce qui est, en vérité, une telle manière d ’écrire que le triomphe de l’art est d’y pouvoir atteindre. » Brunetière. ♦ « Avant de songer à contenter le public, il jouissait de son œuvre comme il eût joui de l’œuvre d’autrui. » G. Planche.

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