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PIAGET (vie et oeuvre)

Unanimement considéré comme le plus grand psychologue du développement cognitif, Jean Piaget fut aussi un biologiste, un logicien et un épistémologue qui a substitué à la question kantienne de savoir comment la connaissance est possible celle de savoir comment et pourquoi elle est toujours possible et toujours en progrès.

Biologiste qui a découvert la philosophie, Jean Piaget est l’auteur d’une œuvre aux développements multiples. Mondialement connu comme spécialiste de la psychologie de l’enfant, il a publié aussi dans le domaine de la logique et de l’épistémologie, sans cesser pour autant ses travaux de biologiste.

Sa vie et son temps
Le temps de Jean Piaget, c’est celui de l’essor considérable de l’épistémologie et des sciences humaines. C’est aussi celui d’un renouvellement décisif dans l’approche des sciences expérimentales et dans la façon de penser le monde qui nous entoure.

Le biologiste et le psychologue
Né à Neuchâtel (Suisse) le 9 août 1896, Jean Piaget commence sa carrière scientifique à onze ans, puisque c'est en 1907 qu’il publie son premier article sur «un moineau albinos». De 1911 à 1920, il fait paraître vingt- cinq études de malacologie et en 1921 sa thèse de doctorat: Introduction à la malacologie valaisanne. A la même époque, il travaille avec Alfred Binet à la mise au point d'un test d'intelligence; et, entre 1920 et 1930, quatre ouvrages sur la psychologie de l'enfant lui assurent déjà une renommée internationale.


L'épistémologue
De 1929 à 1939, il est directeur du Bureau International de l’Education. En 1940, il prend la direction de l'institut Jean-Jacques Rousseau de Genève. En 1950, l'introduction à l'épistémologie génétique ouvre une nouvelle aventure. En 1955, avec l’appui de la Fondation Rockfeller, Piaget inaugure à Genève le Centre international d’épistémologie génétique, lieu de collaborations interdisciplinaires qu’il dirigera jusqu’à sa mort en 1980.

OEUVRES

Le Jugement moral chez l'enfant (1932)
Jean Piaget montre, dans cet ouvrage, les conditions cognitives de la représentation ou de l’acceptation des normes morales (la faute, le mensonge) ou sociales (règles des jeux). Il y montre aussi les parallèles qui semblent s'imposer avec les «morales primitives».


La Naissance de l'intelligence (1936) et La Construction du réel chez l’enfant (1937)
La matière de ces deux ouvrages est fournie à Piaget par l'observation quotidienne de ses trois enfants. Il y décrit minutieusement l'évolution de l'intelligence, de la naissance jusqu'à la maîtrise du langage puis de la représentation. Il distingue ainsi quatre grands stades du développement de l'intelligence: «sensori-motrice» jusqu’à deux ans, elle devient «pré-opératoire» entre deux et sept ans, puis concrète jusqu'à onze ans. L'aptitude à la pensée abstraite n'apparaît, selon lui, que vers douze ans.


Traité de logique (1949)
Jean Piaget y explique que la logique représente l'organisation interne de la pensée du sujet et, en même temps, sert de méthode. La fonction de la logique est de représenter déductive- ment ce qui a été constaté empiriquement. Mais il ne faut jamais oublier que la logique, avant que les logiciens ne la constituent en systèmes, représente la forme même de la pensée rationnelle naturelle. «La logique est l'axiomatique de la raison, dont la psychologie de l’intelligence est la science expérimentale correspondante».


Introduction à l'épistémologie génétique (1950)
En trois volumes (plus de mille pages!), Piaget explique que c'est dans l'activité pratique du sujet que se trouve l'origine de la connaissance, et qu'elle ne peut pas être un reflet du monde extérieur comme le croient les empiristes ni une projection sur la réalité des structures de l’esprit comme l'affirment les idéalistes.


Études d'épistémologie génétique (1957-1980)
Cet ouvrage collectif de Piaget et de ses collaborateurs (trente-six tomes!) étudie la façon dont les connaissances sont possibles en fonction du développement des structures mentales.

EPOQUE

La mutation de l'épistémologie
Jusqu’à la fin du XIXe siècle, l’épistémologie est béatement optimiste: l'esprit humain s’est lancé à la conquête de la nature, et rien ne devrait plus l'arrêter dans sa marche triomphante. Mais, au début du XXe siècle, la science va connaître une grave crise quand elle prendra conscience que nous ne pouvons comprendre le monde que si nous y associons l'observateur comme partie intégrante du monde qu'il décrit. Jean Piaget s’inscrit dans ce mouvement quand il montre que la théorie de la connaissance ne peut être qu'une théorie du sujet connaissant.


L'essor des sciences humaines
Le projet des sciences humaines est de réintégrer l'homme dans la nature en le traitant comme un simple phénomène soumis aux lois naturelles. Jean Piaget partage ce projet c'est pourquoi il s'enorgueillit de l'hommage de l' "American Psychological Association": «Il a abordé des questions jusque-là exclusivement philosophiques d'une manière résolument expérimentale et a constitué l'épistémologie comme une science séparée de la philosophie, mais reliée à toutes les sciences humaines.»

APPORTS

La théorie de Piaget est une théorie de la connaissance, et Piaget s’est posé la même question que se posèrent Aristote, Descartes ou Kant. Mais, comme la connaissance est l’œuvre d’un sujet qui a une histoire, Piaget a cru devoir le regarder à l’œuvre sur les bancs de l’école comme à travers l’histoire de la science.

La théorie de la connaissance. La pensée philosophique de Piaget est un effort pour résoudre un problème initial: «La raison peut-elle évoluer dans sa structure même?» Philosophie classique par sa problématique, elle inaugure une démarche neuve: la réflexion n'est plus productrice de réponses mais fait place, pour la découverte et la vérification des assertions, à des procédures de type expérimental. Ainsi, l’interrogation sur le principe d'identité («Ce qui est, est; ce qui n'est pas, n'est pas») trouve sa traduction sous la forme: «Comment un sujet, en chair et en os, en vient-il à éprouver la nécessité de l’identité logique?» Cette traduction permet l’observation scientifique de l’émergence de cette norme et de ses conséquences sur la conduite de la pensée.

Actualité - postérité. L'ordre des apprentissages retenu par notre système scolaire s’inspire largement des théories de Piaget car, en distinguant plusieurs niveaux dans l'évolution psychologique, il a montré comment l'univers mental de l'individu se construit: l’intelligence façonne et assimile le monde qui, par la résistance qu'il oppose, déclenche un processus d'accommodation, préparant ainsi un nouveau travail d'assimilation, et ainsi de suite. S'efforçant de retracer la genèse de ce qu'il appelle une «embryologie de la raison», il a eu le mérite d'établir la spécificité de l'enfant trop souvent considéré à tort comme un «petit adulte».

Notes et commentaires

«En définitive, ce qu'il convient d'admirer le plus en Piaget, c’est une pensée vivante, et qui est vivante parce qu’elle est essentiellement active comme la vie elle-même et qu’elle rend compte, de l'intérieur même du sujet, de ce que les autres conceptions font dépendre de l'extérieur.» André Nicolas.

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