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Praxitèle

Publié le 16/05/2020

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« Praxitèle vers 390-335 av.

J.-C.

Une tiédeur nonchalante, pleine de grâce, entoure les premières statues de Praxitèle : on est tenté de s'arrêter et defaire silence en les approchant, pour ne pas effaroucher cette plastique d'une éternelle délicatesse heureuse.

Un artisteathénien par excellence l'a créée.

Il a été le maître, d'abord, de la beauté des adolescents et des femmes.

Mais sa carrièrea connu, au milieu du chemin de la vie, une évolution pieuse, qui n'avait point encore été assez remarquée, peut-être.Comment expliquer, autrement, qu'il ait eu, après le retour d'Asie — au lieu de la troupe amusée et irréelle des JeunesSatyres, verseurs ou danseurs, des Éros, et du Sauroctone, adolescent presque efféminé, génies païens tous occupés àleur repos ou à leurs jeux — tant de statuaire religieuse, ensuite, olympienne ou éleusinienne, et cette grande allégoried'Olympie, où l'on voit Hermès, sur l'ordre de Zeus, transporter au paradis des Nymphes de Nysa le petit Dionysos, l'âmesauvée ? Si Phryné explique plus ou moins les apprentissages et les débuts, c'est Platon qui seul peut faire comprendreles seconds entraînements de l'artiste, quand le tumulte de la jeunesse amoureuse s'est apaisé, quand s'effeuillèrent lesroses de la vie.

On songe un peu à la conversion de Racine, parvenu aux sommets de son art, après Phèdre.

On a longuement disserté, dès l'antiquité, sur le charme praxitélien, et il ne paraît pas qu'il se soit laissé définir, sauf par lecontraste avec la passion forte et souvent mystique qui agitait l'âme de Scopas.

Il faut faire large place à l'atticisme pourexpliquer Praxitèle, artiste bien né, qui eut la sympathie de Platon ; pourtant le philosophe n'en parle nulle part, s'étantsurtout intéressé aux peintres.

L'art de Praxitèle s'était enraciné profondément au terroir attique ; son père, Céphisodotel'Ancien, sculpteur déjà, a traité à peu près les mêmes sujets que lui, d'avance : Hermès et Dionysos, par exemple, Eirénéportant Ploutos, et le Dionysos-Sardanapale, long vêtu.

A leur tour, ses fils, Céphisodote le Jeune et Timarchos imiterontdocilement sa manière aristocratique, patentée.

On pense que Praxitèle avait dû commencer à produire vers 370, presqueen même temps que Lysippe ; mais on perd la trace de ses travaux après 330, et vingt ans plus tôt, on voit qu'il n'avaitpas été, à Halicarnasse, un des maîtres du Mausolée.

Le milieu de sa carrière est marqué par le voyage en Asie, qu'il dutfaire à l'époque oh s'élevait le grand tombeau orgueilleux de l'Hécatomnide.

Praxitèle a travaillé à Cnide et à Ephèse, oùPhryné vint avec lui.

Praxitèle a été marbrier plus que bronzier, et les Anciens aimaient surtout ses statues taillées dans la pierre.

Ce fut,semble-t-il, un grand virtuose du ciseau.

Malheureusement, nous sommes réduits à entrevoir sa technique à travers descopies totales ou partielles, certaines et les moins nombreuses hellénistiques (tête de la Cnidienne ), la plupart romaines. On a renoncé à croire, étant donné l'inachèvement marqué de l' Hermès d'Olympie, qu'il y eût là plus et mieux qu'une statue de substitution, refaite peut-être aux entours de 146, ou ensuite lors des premières razzias romaines dans lesgrands sanctuaires.

Mais, même sous une copie comme celle-là, éclate la maîtrise du modelé ; des yeux, des mains, onperçoit d'emblée quelle subtile volupté animatrice avait caressé les chairs.

Et que dire de la Cnidienne , qui attirait les désirs des vivants, tout de même que l'Éros de Parion ? On s'en allait en pèlerinage en Grèce, du fond de l'Occident latin, pourvoir et toucher l'Éros de Thespies.

Les Siciliens faisaient venir chez eux des copies pour leurs laraires, et c'est Praxitèle quise trouve avoir déterminé le mieux la sculpture dite d'appartement.

Une affinité secrète existe entre les thèmes d'un artiste et les matériaux qu'il taille ou modèle.

Praxitèle était attiré avecprédilection vers le célèbre marbre de Paros, le "lychnitès" diaphane, dont la blondeur chaude donne lumière et vie.

Il lui afait rendre toutes les nuances de la chair, auxquelles ajoutaient, d'une furtive et ultime caresse, les artifices des pinceauxde Nicias, grand artiste chargé spécialement par le sculpteur d'achever de donner l'illusion de la transparence, et les demi-teintes, au modelé moelleux des surfaces.

On n'a jamais été plus loin dans la magie animatrice.

Il n'est pas questiond'étudier ici les motifs, depuis le Jeune Satyre verseur , encore proche des rythmes polyclétéens, jusqu'au Sauroctone , hanché et oblique comme le Pothos de Scopas ; depuis l'Aphrodite d'Arles jusqu'à la Cnidienne plus matronale, plus dévoilée.

Dans les deux séries, déjà, que de conquêtes ! L'époque est propice alors aux recherches qui mettent en valeurle nu féminin ou l'adolescence masculine ; l'essentiel est toujours le jaillissement de la fleur de chair nacrée ; soit, pour lafemme, que la draperie dérobe encore le bas du corps aux vues, soit qu'un artifice, rituel, celui du bain sacré de laCnidienne , permette de montrer toute la chair.

Sous les doigts qui le saisissent et vont le laisser furtivement choir sur l'hydrie sacrée, l'ultime vêtement n'est alors qu'un tissu inerte ; ce qu'il ne cache plus, c'est le geste de l'une des mains quisemble le voiler, mais le désigne.

La splendeur qui rayonnait à Cnide d'une telle apparition, radieuse, de la déesse née dela mer, propagatrice de la vie des êtres, a rayonné à travers les siècles ; c'est ce qu'attesteraient la fonte du Primatice, etles évocations de Botticelli ou du Titien.

Un domaine nouveau, immense, était conquis par l'art éternel, pour le naturalisme,la poésie.

On a cru de bonne foi que le triomphe de Praxitèle pourrait être la grâce d'abandon.

Nous pouvons souhaiter repartirdésormais du palier de cette juste admiration, trop étroite, en reconnaissant qu'il n'y a nulle part ailleurs plus de dieux quedans l'oeuvre de Praxitèle.

Il les avait tous assemblés au Dodécathéon de Mégare.

Les types humains sont bien plus rareschez lui, et il n'a pas fait, semble-t-il, de sculpture monumentale.

D'autre part, il n'a pas recherché avec insistance deposes naturelles palestriques, moins que Scopas ou Lysippe : tout ce qu'il a adopté ou adapté se rencontre aussi plus oumoins chez d'autres, qu'il s'agisse de son père ou de ses contemporains.

Mais il est notable qu'il a voulu créer des dieux de plus en plus sociables, sensibles, et la fréquence des sujets éleusinienstraités après le retour d'Asie est en elle-même lumineusement instructive.

Nul ne pourra se flatter de comprendre l'oeuvre de Praxitèle au total et de façon décisive ; mais ce faiseur de beaux dieuxnostalgiques a pris une place décisive et primordiale dans l'art humain.

Le Moyen Âge occidental ne s'y était pas trompé,qui avait fait de Phidias et de Praxitèle des surhommes-magiciens.

A travers tant de rythmes experts, tant d'épiphaniesémouvantes, ce qui constitue peut-être la meilleure part du maître, c'est, à mon sens, l'invention d'une ambiance artistiquenouvelle, associant les hommes et les dieux dans une piété tendre et délicate, de muette communion.. »

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