On ne badine pas avec l’amour Scène 1 Acte 1 - Scène d’exposition
Publié le 16/06/2026
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Texte 4 - On ne badine pas avec l’amour
Scène 1 Acte 1 - Scène d’exposition
Extrait étudié
Une place devant le château.
LE CHŒUR
Doucement bercé sur sa mule fringante, messer Blazius s'avance dans les bleuets fleuris, vêtu de
neuf, l'écritoire au côté.
Comme un poupon sur l'oreiller, il se ballotte sur son ventre rebondi, et
les yeux à demi fermés, il marmotte un Pater noster dans son triple menton.
Salut, maître Blazius
; vous arrivez au temps de la vendange, pareil à une amphore antique.
MAITRE BLAZIUS
Que ceux qui veulent apprendre une nouvelle d'importance m'apportent ici premièrement un
verre de vin frais.
LE CHOEUR
Voilà notre plus grande écuelle ; buvez, maître Blazius ; le vin est bon ; vous parlerez après.
MAITRE BLAZIUS
Vous saurez, mes enfants, que le jeune Perdican, fils de notre seigneur, vient d'atteindre à sa
majorité, et qu'il est reçu docteur à Paris.
Il revient aujourd'hui même au château, la bouche toute
pleine de façons de parler si belles et si fleuries, qu'on ne sait que lui répondre les trois quarts du
temps.
Toute sa gracieuse personne est un livre d'or ; il ne voit pas un brin d'herbe à terre, qu'il
ne vous dise comment cela s'appelle en latin ; et quand il fait du vent ou qu'il pleut, il vous dit tout
clairement pourquoi.
Vous ouvririez des yeux grands comme la porte que voilà, de le voir dérouler
un des parchemins qu'il a coloriés d'encres de toutes couleurs, de ses propres mains et sans rien
en dire à personne.
Enfin c'est un diamant fin des pieds à la tête, et voilà ce que je viens annoncer
à M.
le baron.
Vous sentez que cela me fait quelque honneur, à moi, qui suis son gouverneur
depuis l'âge de quatre ans ; ainsi donc, mes bons amis, apportez une chaise, que je descende un
peu de cette mule-ci sans me casser le cou ; la bête est tant soit peu rétive, et je ne serais pas
fâché de boire encore une gorgée avant d'entrer.
LE CHOEUR
Buvez, maître Blazius, et reprenez vos esprits.
Nous avons vu naître le petit Perdican, et il n'était
pas besoin, du moment qu'il arrive, de nous en dire si long.
Puissions-nous retrouver l'enfant dans
le coeur de l'homme.
MAITRE BLAZIUS
Ma foi, l'écuelle est vide ; je ne croyais pas avoir tout bu.
Adieu ; j'ai préparé, en trottant sur la
route, deux ou trois phrases sans prétention qui plairont à monseigneur ; je vais tirer la cloche.
Il sort.
LE CHOEUR
Durement cahotée sur son âne essoufflé, dame Pluche gravit la colline ; son écuyer transi
gourdine à tour de bras le pauvre animal, qui hoche la tête, un chardon entre les dents.
Ses
longues jambes maigres trépignent de colère, tandis que, de ses mains osseuses, elle égratigne
son chapelet.
Bonjour donc, dame Pluche, vous arrivez comme la fièvre, avec le vent qui fait jaunir
les bois.
4_OBAA - Acte I Scène 1 - Scène d'exposition
1
DAME PLUCHE
Un verre d'eau, canaille que vous êtes ! un verre d'eau et un peu de vinaigre !
LE CHOEUR
D'où venez-vous, Pluche, ma mie ? vos faux cheveux sont couverts de poussière ; voilà un toupet
de gâté, et votre chaste robe est retroussée jusqu'à vos vénérables jarretières.
DAME PLUCHE
Sachez, manants, que la belle Camille, la nièce de votre maître, arrive aujourd'hui au château.
Elle
a quitté le couvent sur l'ordre exprès de monseigneur, pour venir en son temps et lieu recueillir,
comme faire se doit, le bon bien qu'elle a de sa mère.
Son éducation, Dieu merci, est terminée ;
et ceux qui la verront auront la joie de respirer une glorieuse fleur de sagesse et de dévotion.
Jamais il n'y a rien eu de si pur, de si ange, de si agneau et de si colombe que cette chère nonnain,
que le Seigneur Dieu du ciel la conduise ! Ainsi soit-il.
Rangez-vous, canaille ; il me semble que j'ai les jambes enflées.
LE CHOEUR
Défripez-vous, honnête Pluche, et quand vous prierez Dieu, demandez de la pluie ; nos blés sont
secs comme vos tibias.
DAME PLUCHE
Vous m'avez apporté de l'eau dans une écuelle qui sent la cuisine ; donnez-moi la main pour
descendre ; vous êtes des butors et des malappris.
Elle sort.
LE CHOEUR
Mettons nos habits du dimanche, et attendons que le baron nous fasse appeler.
Ou je me trompe
fort, ou quelque joyeuse bombance est dans l'air d'aujourd'hui.
Ils sortent.
Introduction
Publiée en 1834 et représentée à la Comédie Française en 1861, On ne badine pas avec
l’amour est une pièce de théâtre qui s’ancre à la fois dans la biographie d’Alfred de Musset
et dans le mouvement romantique dont il se réclame.
En effet, la liaison passionnée de ce dernier avec George Sand et leur correspondance nourrit
l’action qui relie Perdican et Camille, deux jeunes gens promis l’un à l’autre depuis leur
enfance.
La scène que j’étudie correspond à la scène d’exposition.
Elle met en place l’univers, les
personnages et les enjeux de l’intrigue.
Dans cette scène, un chœur présente 2 personnages, ceux de Perdican et Camille.
Alfred de Mussert cherche à donner aux spectateurs sous une forme originale, les informations
nécessaires pour découvrir l’intrique.
Problématique : Comment cette scène d'exposition délivre-t-elle les informations
nécessaires à la compréhension de l'intrigue future ?
4_OBAA - Acte I Scène 1 - Scène d'exposition
2
Pour mener cette présentation de l’acte I scène 1 de la pièce On ne badine pas avec l’amour,
nous suivrons les deux principaux mouvements du texte.
1.
Échange entre le chœur et Maître Blazius et tirade de présentation de Perdican par
Blazius du début de la scène à la sortie de Maître Blazius ;
2.
Échange entre le chœur et Dame Pluche et présentation de Camille par Dame Pluche de
“Durement cahotée” à la fin de la scène.
Mouvement 1 : Échange entre le chœur et Maître Blazius et tirade de
présentation de Perdican par Blazius – De «Doucement bercé» à «tirer la
cloche»
Cette didascalie (Instruction que le poète dramatique donnait aux acteurs sur la manière dont ils devaient jouer ses
pièces) : « une place devant le château » donne le lieu et la classe sociale, aristocratie des
personnages.
Cependant, les indications temporelles sont fantaisistes « bleuets fleuris » connote
le printemps, « au temps de la vendange » désigne plutôt l’automne.
« LE CHŒUR », caractéristique de la tragédie antique, est composé de villageois et sujets.
Il
commente l'action, c’est le parte parole du dramaturge.
L'arrivée de Maitre Blazius, commentée par le Chœur, est un moment comique mis en avant
avec « Doucement bercé sur sa mule fringante» et « il se ballotte sur son ventre rebondi ».
Maitre Blazius est décrit comme un personnage :
- Noble avec l’’emploi « Messer » ou « Maitre »
- instruit « l'écritoire au côté »
- tout en rondeur avec des comparaisons «comme un poupon », « son ventre rebondi »,
« triple menton
- du clergé « il marmotte un Pater noster », mais l’association du langage familier
« Marmotte » : marmonner comme un bébé au latin « Pater noster » pour le Notre Père,
rend le personnage ridicule
- et qui ne pense qu’à boire avec le champ lexical du vin « amphore », « vendange »
« un verre de vin frais », « le vin est bon », .
- La mollesse de Blazius se retrouve dans les allitérations (retour de sons consonnes) en B
: « bercé, Blazius, bleuets, ballotte, rebondi » et M « doucement, mule, messer, demifermés, marmotte, menton ».
⇨ Le chœur présente ici maître Blazius par une hypotypose comique (description vivante et
animée) et en fait un personnage « fantoche » (personnage du théâtre italien, marionnette ou
pantin aux traits grossiers).
La 1ère intervention de Blazius promet une « nouvelle d'importance » qui éveille l’intérêt
du lecteur.
Le Chœur se montre accueillant « sa plus grande écuelle » emploi du superlatif => Maitre
Blazius est invité à boire d'abord, parler ensuite.
4_OBAA - Acte I Scène 1 - Scène d'exposition
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Maitre Blazius présente enfin le portrait de Perdican.
Sa description est amphigourique
(compliquée et confuse ), on doit deviner la personnalité du jeune homme.
On sait qu’il est savant « il est reçu docteur à Paris » mais on peut s'attendre à un personnage
pédant si l’élève ressemble au maître : « son gouverneur depuis l’âge de quatre ans ».
Il semble avoir reçu une éducation variée : rhétorique « façon de parler », botanique « brin
d’herbe », langue ancienne « latin », sciences « du vent ou qu'il pleut», arts « parchemins
coloriés [...] de toutes les couleurs ».
Maitre Blazius est fière, il exagère.
L'éloge est appuyé par des adverbes d'intensité « si » dans l’expression « façons de parler si
belles et si fleuries » et par des métaphores : c’est un « livre d’or », un « diamant fin....
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