Michelozzo
Publié le 16/05/2020
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Michelozzo
1396-1472
Sans vouloir oublier que le canon des formes de Brunelleschi garde une importance primordiale pour le développement ultérieur del'architecture de la Renaissance italienne, on doit constater que, de son vivant même, à Florence, il existe certains artistes indépendantset créateurs.
Le plus im portant de ces architectes contemporains est Michelozzo di Bartolomeo.
Nous ignorons presque tout de son éducation artistiquede sculpteur et d'architecte.
Ses oeuvres sculpturales conservent un certain classicisme gothique et se reconnaissent à leurs formessimples et à une certaine gravité.
Sans atteindre à la maturité d'un Nanni di Banco ou à la perfection d'un Ghiberti, il possède néanmoinsune personnalité qui s'affirme même à l'égard d'un Donatello et il est le représentant d'un style qui trouvera son épanouissement dans leclassicisme de Luca della Robbia.
La même indépendance, mais à l'intérieur des limites mêmes de son talent, se retrouve dans ses oeuvres d'architecte.
Comparées àcelles de Brunelleschi, elles sont bien plus étroitement apparentées à la tradition gothique précédente.
Entre 1420 et 1427, Michelozzoconstruisit la petite église conventuelle de S.
Francesco al Bosco, à Mugello.
A l'encontre de Brunelleschi, qui va chercher ses modèles dansla proto-Renaissance et dans le style roman de la Toscane, Michelozzo prend comme point de départ le type gothique d'une salle voûtéeet il confère à son édifice une grande noblesse, très proche déjà du style classique, au moyen d'une structure de piliers, d'arcs-doubleauxet de chapiteaux d'une simplicité soulignée.
Nous retrouvons cette même simplicité dans les deux grandes églises construites par Michelozzo à Florence.
Dès 1420, il édifie pour lecompte des Médicis le couvent des Franciscains de Saint-Marc, à Florence, que Vasari considère comme étant un des plus beaux connus.La disposition en est d'une grande clarté et les proportions en sont excellentes.
L'extrême réserve décorative a pour but de nous rappelerla modestie de l'Ordre mendiant pour qui le couvent a été construit.
Dans le cloître et dans la bibliothèque — la première de styleRenaissance, prototype de nombreuses autres — nous retrouvons les simples chapiteaux ioniques que Brunelleschi n'avait guèreemployés.
L'église, qui a subi de grandes transformations à l'époque baroque, fut à l'origine une grande salle à plafond plat, dont lechoeur rectangulaire, séparé de la nef par de massifs doubleaux, était à abside polygonale.
La transformation et la reconstruction de l'Annunziata à Florence (commencée en 1444) sont l'oeuvre majeure d'architecture religieuse deMichelozzo.
Il y poursuit son idéal de simplicité architecturale par la transformation de l'ancienne église gothique à trois nefs en une seulegrande salle entourée de chapelles.
Il atteint ce but en traçant des murs entre les piliers de la nef centrale et le mur extérieur.
Maisl'innovation décisive est le choeur à plan circulaire que Michelozzo ajoute à cette nef et qui est la copie de la "Minerva Medica" de Rome.On ne peut qu'émettre des suppositions sur l'origine de cette innovation hardie.
Dès 1440, le nouveau style de Brunelleschi étaitparfaitement établi, et surtout, grâce à ses deux oeuvres de maturité — S.
Spirito et S.
Maria degli Angeli — le problème de l'utilisation demodèles antiques était à l'ordre du jour.
Ainsi Leone Battista Alberti, dont l'influence commence à se manifester, recommande l'imitationdirecte et fidèle des modèles antiques.
En concevant le plan général de l'Annunziata, Michelozzo, qui voulait ajouter un choeur simple etmonumental à la fois, à une nef de même caractère, découvrit sans doute un modèle idéal dans la rotonde ornée de la "Minerva Medica".Le fait que la "Tribune" était destinée à servir de mausolée au fondateur, le marquis de Mantoue, favorisait l'adoption d'un plan circulaire.
Durant vingt-cinq années, des controverses passionnées se déchaînèrent à propos du choeur de l'Annunziata, car cet édifice semblaits'opposer à toutes les règles artistiques alors en vigueur à Florence au siècle de Brunelleschi, pour la "convenienza e bellezza" d'un édificedestiné au culte.
D'éminents Florentins attaquèrent violemm ent le projet.
Ils insistèrent sur la laideur du bâtiment projeté, qui heurtait(selon eux) les traditions du culte et de la liturgie, et ils apportèrent un contre-projet conçu par un successeur de Brunelleschi, quiprévoyait un choeur semblable à celui de S.
Lorenzo.
Mais Ludovic de Gonzague, le patron de l'église, encouragé par Alberti, ne céda pas,de sorte que la conception architecturale originale de Michelozzo s'imposa à la démocratique Florence.
L'ossature primitive de l'édifice,entièrement cachée de nos jours par la som ptueuse décoration baroque, était d'une extrême simplicité, comme il convenait à une églisede Minorites.
Les grandes surfaces murales de la nef n'étaient interrompues que par les ouvertures en arcades des chapelles latérales,encadrées de pilastres, le tout surmonté de simples moulures.
Cet aspect sobre, presque sévère, de l'intérieur, était atténué uniquementpar les beaux détails de l'ornementation des chapiteaux que peuvent nous rappeler ceux, encore visibles, qui ornent le porche.
C'est ici,de même que dans le beau tabernacle de l'église, que s'affirment la richesse imaginative et la fantaisie décorative de Michelozzo.
La commande civile la plus importante que lui confièrent les Médicis fut la construction de leur palais dans la via Larga, commencé en1444, et qui devint le modèle des palais toscans de la Renaissance.
Si son plan rappelle celui du traditionnel palais urbain du Moyen Age,Michelozzo en dispose les différentes parties dans un ordre nouveau, d'une grande clarté, en employant un système d'ossature trèsétudié.
Les quatre ailes entourent une cour rectangulaire et forment un bloc massif de l'extérieur.
Les matériaux et les formes sont traitésde façon toujours très simple, afin de faire ressortir nettement l'ordonnance de tout le corps du bâtiment : rez-de-chaussée en bossage,contrastant avec les autres étages, dessin harmonieux des fenêtres, corniches à l'antique, qui apparaissent ici pour la première fois,splendide décoration de la cour et des salles intérieures, et surtout la chapelle qui est un pur joyau.
Michelozzo avait construit aussi plusieurs maisons de campagne pour les Médicis : Carreggi, Trebbio, Caffagiulo, mais malheureusementaujourd'hui presque entièrement transformées.
Enfin, dans l'architecture sacrée, il développa encore une variante très ingénieuse du typed'église à une seule nef, dans une oeuvre de maturité (l'ébauche date de 1452) : l'église de Sainte-Marie-des-Grâces, à Pistoia.
Il y reliala nef à un choeur tétrastyle.
Toutes les oeuvres de Michelozzo sont des créations de tout premier ordre et d'une grande originalité, qui placent leur auteur sur le mêmeplan que Brunelleschi.
C'est à lui que l'on doit, dans l'architecture de la Renaissance, l'introduction du type de l'église à une seule grandenef (Saalkirche), le plus caractéristique avec ceux des basiliques et des églises à forme circulaire.
Michelozzo fut aussi un novateur dansl'architecture profane et sa renommée dans ce domaine lui valut d'importantes commandes à Milan (plan de la banque des Médicis) et àRaguse (transformation du Palazzo Comunale).
La manière magistrale dont il sut transformer les formes traditionnelles, sa grande facilité d'adaptation qui lui permit, entre autres, determiner le lanternon du Dôme de Florence, exactement dans l'esprit de Brunelleschi, ainsi que de trouver d'heureuses solutions à desproblèmes posés dans des régions lointaines (Lombardie et Dalmatie) — ceci ajouté à son sens très personnel de la décorationarchitecturale — démontrent que, si Michelozzo sut parfaitem ent adopter les influences venant d'autrui, il sut aussi les transmettre, maiscomplètement élaborées, à ses contemporains.
Ainsi, le style d'un Bernardo Rosselino, celui d'un Giuliano de Maiano et même d'unGiuliano da Sangallo, ne peuvent se concevoir sans l'influence déterminante de Michelozzo, enrichissant celle, dominante, de Brunelleschi..
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