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Les fleurs du mal, Charles Baudelaire            « A une passante »

Publié le 02/12/2021

Extrait du document

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Texte étudié

La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté
Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?

Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !

Etude analytique

Introduction

Le sonnet que nous nous proposons d’étudier est tiré des Fleurs du Mal de Baudelaire écrit en 1857. Issu d’un milieu bourgeois, le poète réputé pour être un dandy vit sa vie marquée par la rencontre de trois femmes, Jeanne Duval, Marie D’Aubrun et Mme de Sabatier. Dans cette poésie, Baudelaire traite, autant par le biais de la forme que par le fond d’une rencontre entre un poète et une femme d’une beauté singulière. Dans un premier temps, nous étudierons les deux étapes du sonnet, la transposition du moi et du elle, du poète et de la femme, enfin nous analyserons l’allégorie présente dans « A une passante «, et la fonction de  l’apparition.

 

I – Les deux étapes du sonnet

     1 – La rencontre

Nous avons donc deux moments essentiels marqués par les deux temps de la rencontre. Le premier hémistiche du vers 9 attire l’attention. La ponctuation met en relief la rupture par les points de suspension. Cette rupture est soulignée par le caractère antithétique des termes « éclair « et « nuit «. La rencontre est associée à l’éblouissement, elle est située dans les deux quatrains où figurent les éléments qui justifient le terme « éclair «. La connotation éblouissante de l’apparition se dévoile au vers 2 par les adjectifs au féminin. « La majesté «, métonymie pour dire la « femme « nous renvoie la vision du poète qui insiste ensuite sur l’harmonie de sa démarche, « soulevant «, « balançant «. La lumière est suggérée de façon très succincte d’où l’emploi du passé simple « passa «.

     2 – L’apparition

Après la rencontre, la disparition, symbolisée par le nom « nuit « qui a une connotation négative. Elle coïncide avec la disparition de l’espoir, le regard est perdu. C’est un départ pour une destination inconnue perçue comme une fuite, ainsi que le suggère le champ lexical de la fuite, « fuis «, « bien loin d’ici «. La passante n’existe plus ni dans le cadre spatial, ni dans le cadre temporel, « fugitive «, « éternité «. Aussitôt, le désespoir du poète semble se manifester à travers l’adverbe « jamais qui marque le caractère irréversible de la disparition. La séparation entre les deux personnages a lieu à la  séparation quatrain/tercet.

 

Nous constatons une double présence dans le sonnet, le locuteur apparaît au premier vers et c’est autour de lui que s’organise la rencontre, « autour de moi «. Il nous fait ainsi partager sa vision

II – La vision du locuteur

      1 – le locuteur

Il est nommé de façon récurrente par les pronoms personnels à la première personne du singulier, « moi «, « je «, « m’ «, « j’ «. Ses perceptions dominent et à travers elles, la scène est décrite dans son environnement immédiat. Le premier quatrain est consacré à la vision de la passante, « agile et noble… jambe de statue «. La subjectivité domine, elle transparait à travers l’opposition des deux personnages, le locuteur statique,, « je buvais «, « crispé « et la passante en mouvement. L’effet de la rencontre est l’objet de la deuxième partie. Le regard est synonyme de puissance magique, puis le regret et l’incertitude apparaissent. Le bilan de la rencontre se trouve dans le dernier tercet, ce qu’elle aurait pu être et ce qu’elle ne sera pas, le constat négatif succède à l’euphorie de la rencontre.

     2 – La passante

Elle est évoquée aux vers 2, 3, 4, 5, 7, 8,  et 10, de façon progressive, elle est en mouvement et le poète accorde une importance essentielle au regard. L’apparition dans le premier quatrain est rendue impressionnante par le rythme croissant et l’énumération qui donnent une impression d’harmonie, d’équilibre et de balancement ; il n’y a pas de ponctuation  à la fin du vers. La description de la première strophe ne suffit pas, il faut enjamber sur la seconde, « jambe de statue «. Cet enjambement fait accéder la femme au rang de déesse puisqu’on finit sur l’idée de statue. Les sonorités accentuent l’idée d’équilibre et d’ampleur. Le portrait reprend au vers 7 avec le regard, il est contrasté, il y a une opposition entre le ciel livide et l’ouragan, puis une antithèse entre « le plaisir qui tue « et « la douleur qui fascine «. Le poète confère à cette apparition un pouvoir magique. Le personnage devient merveilleux, la passante est féérique, c’est « une fugitive beauté «. Elle incarne l’allégorie de la beauté.

 

Baudelaire idéalise et sublime le personnage qui devient la représentation de la beauté elle-même. On retrouve le paradoxe du spleen et de l’idéal, toujours tendre vers l’idéal mais ne jamais y accéder.

 

III – L’allégorie

     Les deux tercets reprennent en concentré le reste du texte. Ils sont très denses et les thèmes de la rencontre éblouissante de l’homme et de la femme dominent. Le vers 9 constitue la clé très brève explicitée ensuite par un grand nombre d’oppositions et d’antithèses. A partir de deux termes « éclair « et « nuit «, on retrouve ce qui s’oppose « regard «, « renaître « et « ne te verrai-je plus que dans l’éternité «, « verrai-je « est au futur s’opposant au passé pour le reste du texte. La chute du sonnet contient la richesse d’une rencontre non réalisée, inaboutie qui restera comme une potentialité mais aussi comme un rêve. Il souligne la possibilité d’une compréhension et d’une entente rompue intentionnellement par elle « toi qui le savais «.Le ton nostalgique, peut-être désespéré. L’instant privilégié d’une encontre fascinante peut-être perçu comme une ouverture éphémère sur l’univers du beau ou comme la promesse d’un amour passionné.

 

Conclusion

  On retrouve dans ce sonnet l’éternelle opposition des Fleurs du mal, entre la réalité et l’idéal, la condition du poète est toujours mise en rapport avec un impossible amour, une irréversible situation, comme dans « L’albatros «, ou le poète met en évidence sa condition malheureuse à laquelle il ne peut échapper, l’idéal de la femme insaisissable, l’état d’esprit d’un artiste toujours en proie au spleen. Dans cette poésie, la femme rencontrée ou l’allégorie du beau n’est autre qu’une passante qui prend  une signification symbolique.

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