Les cipayes
Publié le 18/05/2020
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PLUS QU'UNE MUTINERIE
En mai 1857, les dp~~yes, soldats indiens qui louaient déjà leurs services au plus offrant avant l'arrivée des Européens en Inde, se dressent contre leurs officiers britanniques .
Déclenchée par une affaire de cartouches enduites de graisse animale , la révolte des cipayes fait rapidement tache d'huile et déborde l'autorité coloniale incarnée par la Compagnie des Indes orientales.
Il faudra plus d'un an et le soutien de troupes venues de métropole pour réduire les dernières poches de résistance .
Bien que mâtée, la révolte des cipayes oblige la puissance britannique à infléchir sa politique en Inde .
Ainsi , le gouvernement supprime la Compagnie des Indes et décide d 'administrer directement la colonie : le souverain anglais ceint la couronne impériale de 11nde.
Sur place , l'admin istration s 'appuie désormais sur les princes locaux : en renforçant leurs privilèges , Londres entend les dissuader d 'apporter un appui quelconque à une autre révoke .
Sans porter en son sein le ferment de la guerre d'indépendance , la révolte des cipayes , par ses enjeux et son ampleur, déborde assurément le simple cadre d'une mutinerie .
• La conquête de l'Inde s'est accomplie par les voies complémentaires de la diplomatie et de la guerre, en montant les maharadjahs les uns contre les autres.
Une partie du sous -continent vit sous un régime d'administration coloniale directe .
Le reste demeure sous l'autorité de plusieurs centaines de princes , assujettis par traité au protectorat de la Compagnie, et que leur statut d 'autonomie ne met pas à l'abri de l'annexion pure et simple .
!:empereur moghol , que la Compagnie n 'a pas formellement destitué, subsiste avec la liste civile qui lui est consentie, mais il est dépourvu de tout pouvoir.
• Peu à peu dépouillée de son monopole commercial par les actes du Parlement britannique , la c,.,,.~e a toutefois conservé l'administration du pays.
La cour des directeurs élue par les principaux actionnaires , qui siège à Londres , nomme les fonctionnaires européens qui travaillent sur place ainsi que le gouverneur général , lequel réside à Calcutta.
La couronne se réserve un droit de regard par l'Intermédiaire du conseil de surveillance .
lu CIPAYES • Les moyens militaires dont dispose la Compagnie sont répartis en trois forces distinctes : l 'armée du Bengale , qui regroupe à elle seule environ la moitié des effectifs , et les deux armées du Dekkan , celle de Madras et celle de Bombay .
Placées sous le commandement d 'un chef unique , 1-------------1 elles comptent au total, à la veille
IICUIIIUIE
LA COMPAGNIE DES INDES OIIENTALIS • Au milieu du XIX' siècle, la domination anglaise paraît solidement établie en Inde.
Le pays a été conquis à partir du milieu du XVIII' siècle par les troupes d'une compagnie marchande , la Compagnie des Indes orientales, dont les comptoirs s'échelonnent le long des côtes .
La conquête du pays s'est consolidée à la faveur du déclin de l'Empire moghol, qui s'est épuisé à combattre l'essor d'un pouvoir rival dans le Dekkan , l'Empire marathe.
de la révolte, 238 000 cipayes et 45 000 Européens .
Environ un tiers de ces derniers servent au sein d'unités européennes homogènes ; le reste constitue l'encadrement des cipayes à raison d'environ un Européen pour huit indigènes.
• Si certains cipayes peuvent atteindre en fin de carrière un grade d 'officier subalterne, le plus jeune des enseignes européens a toujours autorité sur le plus gradé des officiers indigènes .
De plus , la différence des soldes perçues à grade égal par les Européens et les indigènes est considérable .
Délivrance de la résidence de Lucknow '--------
Autant de facteurs qui, depuis quelques années, alimentent un mala ise croissant que l'oisiveté régnant parmi les troupes et la faiblesse des perspectives d 'avancement ne font qu'aggraver.
Les relations entre les cipayes et leurs officiers européens se détériorent peu à peu : les gradés britanniques se font détacher dans des emplois administratifs ou politiques, plus valorisants que le poste en garnison, tandis que les jeunes officiers , fraîchement débarqués de métropole , se montrent .souvent trés arrogants.
!:allant de la conquête ayant disparu, la cohésion des troupes se relâche .
UN MALAISE IEUGIEUX ET SOCIAL • Un certain nombre de signes annonciateurs de la révolte se sont ainsi accumulés.
Toutefois , le principal motif du malaise est d'ordre religieux.
!:armée recrute ses hommes dans les plus hautes castes et en particulier chez les brahmanes .
Le cipaye est donc sensible aux considérations de prestige et trés respectueux des interdits rituels .
Il existe ainsi des régiments entiers de cipayes végétariens, qui se dépouillent de tout équipement de cuir d'origine animale au moment du rrJH1S que chacun cuit séparément
• Diverses mutineries ont déjà éclaté depuis le début du siècle au sujet de règlements ou d 'ordres qui contredisaient des prescriptions rituelles .
Elles ont été sévèrement réprimées, mais l'état-major a toujours tenté d 'aplanir les différents religieux .
• Plus largemen~ les cipayes de l'armée du Bengale partagent avec l'ensemble de la population , hindous et musulmans confondus , une hostil ité envers la politique de réformes et de modernisation que le gouvernement poursuit depuis la fin des années 1820 .
• !:arrivée du gouverneur général James Ramsay, lord Dalhousie , en 1848 n 'est pas de nature à calmer ces appréhensions tant il montre de zèle et de brutalité à en accélérer la mise en place .
Plusieurs lois modifient la coutume au nom de conceptions occidentales .
Il en est ainsi de
Gwalior o
Jbansi o
INDE
l'Interdiction du suicide des veuves sur le bûcher de leur mari, ou encore de l'affirmation du droit des convertis à leur part d'héritage dans la famille hindoue .
De plus, l'activité des missionnaires, le brassage des castes dans les établissements publics coloniaux -hôpitaux.
prisons, orphelinats , notamment- , ainsi que le développement du télégraphe et du chemin de fer sont interprétés comme l'effet d 'une volonté délibérée de miner l'ordre social traditionnel.
L'AFFAIRE DES CARTOUCHES
LA UvOUI DE LA GA&IIISON DE MIIAT ·A la fin de 1856, le nouveau fusil Enfield est introdu~ dans l'armée des Indes .
!:arme utilise des cartouches abondamment graissées, dont le soldat doit déchirer l'extrémité de l'enveloppe avec les dents avant le chargement • En janvier 1857, le bruit se répand parmi les cipayes de la caserne de Oum Oum, près de Calcutta, que la graisse dont sont enduites les cartouches est d 'origine animale .
La vache étant taboue pour les hindous , comme le porc pour les musulmans, les cipayes des deux confessions sont choqués .
Bien que le commandement ait aussitôt fait remplacer les cartouches , certains persistent à voir dans cette affaire la preuve d'un noir dessein : précipiter les cipayes dans le sacrilège afin de les convertir ensuite plus aisément.
• Au cours des mois suivants, des incendies éclatent dans plusieurs casernes et des officiers britanniques sont agressés.
Les réactions, maladroites ou indécises , des commandants d 'unités attisent
Nov .
1B58 Juill .
1859
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le feu qui couve au lieu de l'apaiser.
En mai, la garnison de Mira~ à une soixantaine de kilomètres de Delhi , s'embrase aprés qu'un contingent de cipayes a été condamné à dix ans de prison pour avoir refusé de toucher aux cartouches .
Des cipayes délivrent par la force les prisonniers en abattant leurs officiers .
Devançant les représailles , ils s'enfuient en direction de Delhi après avoir mis le feu à la caserne .
• Les mutins prennent facilement le contrôle de Delhi , où ne stationnent que des cipayes qui se rallient à leur cause.
..,..,
SNII Il, dernier représentant de la dynastie des empereurs moghols , se laisse convaincre de prendre la tête de la révolte .
Le commandant en chef de l'armée des Indes, qui séjourne alors avec le gouvernement à Simla , est pris au dépourvu.
Pendant plusieurs semaines, il abandonne Delhi à son sort.
Bahadur lui-même est rapidement dépassé par les événements .
Sans chef, les cipayes font la loi dans la rue et vivent aux dépens de la population civile .
l'ESSOI DE LA UvOUI • La mutinerie s'étend avec une vitesse et une ampleur sans précédent dans l'histoire des révoltes indiennes.
les unités composées d'Européens sont presque toutes cantonnées au nord de Delhi ainsi qu'au Bengale, dans l'est du pays .
Nombre dedpoyes dons l'armée des Indes en 1857.
45000 Nombre d 'Européens dons l'armée des Indes en 185Z
Cipaye De l'hindi shipahi, • soldat» , également à l'origine du mot • spohi ».
Peshwa Titre de Premier ministre héréditaire traditionn e l marathe .
If est refusé en 1853 à Nana Sahib, fils adoptif du dernier peshwo..
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