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Journaliste

Publié le 10/12/2021

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1er juin 2002 "Le journalisme, c'est la vie." Jacques Fauvet affectionnait cette phrase apparemment banale. Il en avait fait un précepte, une règle de conduite professionnelle, un permanent rappel à l'ordre. C'est en l'énonçant qu'il nous invitait sans cesse à surprendre, étonner et bousculer. Du deuxième directeur du Monde, successeur en 1969 du fondateur, Hubert Beuve-Méry, d'autres diront le politique, symbole de "la presse d'idée et d'opinion", selon les mots d'hommage choisis par Jacques Chirac, journaliste de combats et d'engagements, notamment en faveur de l'alternance de 1981 qui vit l'installation durable de la gauche au pouvoir. Nous voudrions plutôt dire l'homme d'information. Le journaliste, tout simplement. Toute vie est aussi faite de son époque. Celle de Jacques Fauvet fut marquée par la passion du politique quand la politique, justement, était encore une passion. Chef du service politique du Mondedès 1948, il s'était vite imposé comme l'un des meilleurs connaisseurs de la IVe République, de sa vie parlementaire et de ses intrigues gouvernementales. Amoureux du détail qui fait la rigueur, il professait une curiosité généreuse et amusée, loin des commentaires désabusés et péremptoires qui minent l'âme du métier et en altèrent l'image. C'est ce talent-là, d'autant plus reconnu qu'il avait été mis à l'épreuve par l'agonie de la IVe dans la guerre coloniale et l'avènement de la Ve République autour du général de Gaulle, qui lui valut de s'imposer en successeur naturel de notre fondateur. Mais ce serait manquer cette vie que de la réduire à cela : l'époque, ses crises décisives et les éditoriaux qui leur faisaient écho. Patron de presse, Jacques Fauvet fut surtout l'homme de l'ouverture du Monde à la modernité, sans préjugés ni calculs. Devenu directeur dans la foulée de la crise de 1968, il ne menait pas Le Monde avec la politique, française ou internationale, comme seul gouvernail. Son souci était plutôt que son journal soit à l'écho de l'inattendu, de l'imprévu, de l'inconnu. Des pages "Société" aux rubriques culturelles, de la crise de l'éducation au mouvement des femmes, il n'eut de cesse que Le Monde soit à l'écoute de tout ce qui ébranlait la France, en profondeur. A cette fin, il encourageait la rédaction à utiliser une arme qui bousculait le journalisme assis et rassis, sûr de lui mais riche de ses ignorances : le reportage. Aller sur le terrain, chercher, écouter, raconter... Bref, toujours partir retrouver cette "vie" indocile et incertaine qui est notre matière première. Pour tous ceux qui vinrent au Monde sous Jacques Fauvet - et c'est le cas de la génération qui, aujourd'hui, dirige et anime ce journal -, cette leçon-là reste un héritage inestimable. Elle fait corps avec l'image d'un homme à la fois timide et habile, cachant d'intimes réserves sous un humour caustique. Il appartenait à la génération des fondateurs qui tous avaient été formés par la guerre, et pour Jacques Fauvet, par la captivité : il en est résulté une génération de jeunes hommes en colère. Le grand problème de Beuve-Méry, ce fut la lâcheté, celle d'un pays qui sombra dans la collaboration ; l'ennemi de Fauvet fut le conformisme, celui, à ses yeux, d'une bourgeoisie coupable d'enliser le pays dans la guerre d'Algérie, puis d'engoncer la société française elle-même à une période où celle-ci aspirait au mouvement, à sa propre libéralisation. Jacques Fauvet eut ainsi cette immense qualité de ne pas être conformiste. Peu lui importaient les apparences et les réputations si la curiosité, la générosité et l'audace - trois qualités humaines essentielles au métier - étaient au rendez-vous chez un même individu. Il fut aussi un journaliste engagé, et cela lui fut reproché, notamment dans la passion avec laquelle il critiqua la présidence de Valéry Giscard d'Estaing. En fait, il avait tiré de l'isolement et de l'échec de Pierre Mendès France l'idée que seule l'union de la gauche pouvait débloquer la société française - mais sans pour autant être dupe du mauvais ménage que forment les logiques de pouvoir et les libertés. Après l'un de ces nombreux incidents qui émaillent notre vie quotidienne, qui m'avait opposé aux organes dirigeants du Parti socialiste, dont je "couvrais" les activités, il m'avait dit, en m'assurant de son soutien : "N'oubliez pas que les derniers censeurs que nous ayons eus au marbre du Monde étaient socialistes !" De Fauvet, nous garderons donc toujours cette passion sourcilleuse pour nos libertés. JEAN-MARIE COLOMBANI Le Monde du 4 juin 2002.

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