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Introduction La Boetie

Publié le 03/10/2026

Extrait du document

« Séance 1 : Présentation d’Étienne de La Boétie (1530-1563) : On dispose de peu d’informations sur la vie d’Étienne de La Boétie.

Il a eu une vie particulièrement brève.

Son ami Montaigne, qui est resté à son chevet au moment de sa mort, écrit à ce sujet, dans une lettre publiée en 1571 : « mais une heure après ou environ, me nommant une fois sur deux, et puis tirant à soi un grand soupir il rendit l’âme, sur les trois heures du mercredi matin dix-huitième d’août, l’an mil cinq cent soixante-trois, après avoir vécu trente-deux ans, neuf mois, et dix-sept jours.

» (citation du jour).

L’exactitude de l’âge auquel meurt La Boétie en dit long sur l’intensité de l’amitié que lui porta Montaigne (« parce que c’était lui, parce que c’était moi », dira-t-il dans ses Essais, livre I, chapitre 28). 1.

L’enfance : Étienne de La Boétie naît à Sarlat, ville du Périgord, dans un milieu bourgeois aisé, humaniste et cultivé.

Sa mère, puis son père, meurent prématurément.

À la mort de son père, lieutenant particulier du sénéchal du Périgord, l’enfant est pris en charge par son oncle et parrain le sieur de Bouilhonas, qui lui transmet l’amour des lettres.

Passionné par l’étude des langues anciennes, La Boétie entreprend très jeune la traduction de plusieurs textes des auteurs grecs Xénophon et Plutarque, ainsi que de poèmes latins.

Il se fait lui-même poète, d’abord en adaptant l’écrivain italien l’Arioste, puis en composant un recueil poétique, Vingt-neuf sonnets. 2.

Premières années de la vie d’adulte : La Boétie se rend ensuite à Orléans pour entreprendre des études de droit, comme beaucoup de jeunes gens de son milieu.

Ce serait de cette époque, en 1546 ou 1548, que daterait la rédaction du Discours de la servitude volontaire (à l’âge de seize ou dix-huit ans).

En 1553, après la fin de ses études, La Boétie achète la charge de conseiller du parlement de Bordeaux à Guillaume de Lur-Longa, à qui le Discours de la servitude volontaire est dédié.

Dans cette cour de justice régionale agissant au nom du roi, l’âge légal des conseillers est de vingt-cinq ans ; La Boétie doit attendre deux ans avant de prendre ses fonctions.

Entretemps, il se marie en 1554 à Marguerite de Carle, fille du président du parlement de Bordeaux.

En 1557, Michel de Montaigne entre à son tour au parlement : d’abord collègues, les deux hommes nouent rapidement une profonde amitié. 3.

Un homme impliqué dans les affaires de son temps : À la fin des années 1550, les tensions religieuses entre catholiques et protestants menacent de déchirer le pays.

La Boétie est convaincu de la nécessité d’une tolérance mutuelle.

En 1560, il entreprend une mission auprès du conseil du roi Charles IX, alors âgé de dix ans.

À Paris, il rencontre le chancelier du roi, Michel de L’Hospital, qui le charge de rendre compte au parlement de Bordeaux de la politique d’apaisement décidée par la régente Catherine de Médicis.

La Boétie rédige alors le Mémoire sur l’édit de janvier 1562 (cet édit offre aux protestants une liberté de conscience et de culte soumise à certaines conditions). 4.

Mort de La Boétie : Atteint par une maladie infectieuse, sans doute une dysenterie, La Boétie s’éteint prématurément en 1563.

Il n’avait même pas trente-trois ans. II- Présentation 1.

Histoire du manuscrit : Le titre : le titre originel, celui choisi par La Boétie lui-même, se limitait à un oxymore : La Servitude volontaire (en effet, la servitude étant un état contraint, elle ne peut a priori être volontaire).

La Boétie n’invente pas cet oxymore : en effet, on le trouve déjà chez Sénèque (1er siècle après J.C.) qui l’emploie dans De la Brièveté de la vie en dénonçant ces hommes qui, « pour faire aux grands une cour sans profit, se consument dans une servitude volontaire » (chapitre II).

Par la suite, certains ont renommé le texte de La Boétie Le Contr’un, avant que Montaigne ne l’appelle Discours de la servitude volontaire.

C’est ce dernier titre qui est devenu le plus courant dans les publications ultérieures. Date d’écriture : 1546 ou 1548, peut-être remanié en 1553 et 1557.

Nous ne savons presque rien de la création du Discours de la servitude volontaire, et nos seules informations viennent de Montaigne.

Celui-ci affirme que La Boétie a rédigé son œuvre en 1546, à seize ans, afin de s’exercer à l’art oratoire.

Cependant, il semble possible aussi de rapprocher le texte des révoltes paysannes de 1548, suite à l’institution de la gabelle, un impôt sur le sel, dans la région de Bordeaux, qui en était jusqu’alors exempté.

Ces révoltes ont été durement réprimées : de nombreux insurgés sont massacrés et leurs meneurs sont torturés en place publique.

Il est possible que le jeune La Boétie ait été marqué par cet événement et qu’il ait écrit son texte à la suite de celui-ci.

Montaigne a peut-être antidaté le Discours afin d’euphémiser le caractère subversif du texte : il présente ce texte comme une œuvre de jeunesse, une œuvre écrite « en son enfance » (Essais, I, 28) dont il faudrait pardonner le côté impertinent en raison du très jeune âge de son auteur.

Montaigne entend ainsi « sauver » la mémoire de son ami (il écrit cela après la mort de La Boétie, en 1671, alors qu’on est en pleine période de tension politique, marquée par les guerres de religion).

Par amitié, Montaigne veut éviter qu’on assimile La Boétie à un fauteur de troubles, quelqu’un qui défendrait le désordre à un moment où on a besoin d’ordre.

C’est d’ailleurs sans doute aussi pour cela qu’il renonce à publier le Discours de La Boétie et préfère faire paraître ses Vingt-neuf sonnets.

Dans ses Essais, Montaigne ajoute ceci : « c’est un discours auquel il donna le nom de La Servitude volontaire, mais ceux qui l’ont ignoré l’ont bien improprement rebaptisé le Contr’un.

Il l’écrivit par manière d’essai dans sa jeunesse, à l’honneur de la liberté contre les tyrans.

» Par ailleurs, La Boétie a sans doute remanié le Discours entre 1553 et 1557, comme le montrent les apostrophes à Guillaume de Lur-Longa (qu’il ne connaît pas en 1546) et l’éloge des poètes de la Pléiade, mouvement qui n’existe pas sous ce nom avant 1556. Premières publications et première appropriation : 1574 et 1577.

La Boétie n’a jamais publié son œuvre de son vivant et n’a laissé aucun manuscrit de sa main.

Le Discours de la servitude volontaire circulait cependant dans un cercle d’amis et de curieux.

On en a conservé trois copies (chacune comportant des variantes).

Montaigne en possédait deux (dont une qu’il a donnée à Henri de Mesmes, un homme de haute noblesse, version qui sert encore aujourd’hui de référence pour rédiger des transcriptions du texte en français moderne).

Il comptait d’ailleurs insérer ce texte de La Boétie au cœur de sa propre œuvre (ses Essais), pour rendre hommage à son ami disparu, avant de se raviser.

En 1574, des protestants publient une version tronquée du Discours de la servitude volontaire, dans un texte appelant à la destitution du roi, Le Réveillematin des Français.

Le texte connaît alors sa première instrumentalisation, sa première réappropriation : ceux qui ont publié cette version tronquée veulent en faire un appel à la résistance contre la monarchie catholique de Charles IX puis Henri III.

Une autre version, complète celle-ci, paraît en 1577, à l’initiative du pasteur calviniste Simon Goulart, qui insère le Discours dans son recueil Mémoires de l’état de France sous Charles Neuvième, sous le titre « Contr’un ».

Le livre fait rapidement l’objet de poursuite.

Rapidement interdit à la vente, il est solennellement brûlé à Bordeaux par arrêt du Parlement le 7 mai 1579. Deuxième appropriation : la Révolution française.

Presque oublié au XVIIe siècle, le Discours réapparaît à la fin du XVIIIe siècle.

Le révolutionnaire Marat va en effet en publier des extraits.

Le texte est alors lu comme un appel à la révolte contre l’Ancien Régime, la monarchie absolue.

En 1836, Charles Teste en fait paraître une transcription en français moderne (c’est cette transcription qui est reproduite dans l’édition de référence, celle des éditions Magnard). Troisième appropriation : le XXe siècle.

Au XXe siècle, la philosophe Hannah Arendt met en rapport le Discours de La Boétie et les totalitarismes qui ont traversé le XX e siècle. L’anthropologue Pierre Clastre, quant à lui, fait une lecture anarchiste du texte de La Boétie : il semble reconnaître dans le Discours l’éloge d’une société sans classes, comme certaines sociétés traditionnelles que Clastre a pu observer. Ainsi, ce texte a connu plusieurs interprétations successives, ce qui montre sa plasticité, son équivocité, son ambiguïté, et pour tout dire sa force : on peut l’adapter à différents phénomènes que le monde a connus depuis le XVI e siècle : certains en ont fait un brûlot protestant (instrumentalisation malhonnête), d’autres une diatribe révolutionnaire, d’autres encore en font une lecture marxiste ou anarchiste.

Si ces lectures sont toutes, d’une certaine manière, anachroniques, elles montrent néanmoins à quel point.... »

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