explication fable "La Cour du Lion" La Fontaine
Publié le 07/03/2026
Extrait du document
«
1
Explication de « La Cour du Lion » de Jean de La Fontaine (texte 5 oral bac)
a.
L’auteur.
La Fontaine, auteur universellement connu comme fabuliste, renouvelle ce genre qui
date de l’Antiquité.
Avocat de formation, il abandonne le droit pour écrire des pièces et
quelques poèmes, et c’est ainsi qu’il se découvre un talent pour exprimer en vers des
opinions critiques sur les mœurs de son époque.
Louis XIV le prend à sa Cour et lui passe
commande de fables pour instruire le jeune roi, le Dauphin.
Il s’agit donc de composer des
textes en vers, amusants et instructifs, qui puissent servir la formation du futur roi en lui
montrant non pas le monde tel qu’il devrait être, mais comme il est.
Entre 1668 et 1678, La
Fontaine rédige plus de 240 fables, qui sortent en plusieurs livres.
Son souci, ainsi qu’il
l’exprime dans son « Adresse au Dauphin », est d’amuser pour instruire, car « la morale nue
ennuie » et le conte est là pour l’habiller.
« Placere et docere », plaire et instruire (en latin),
telle est la devise du fabuliste.
b.
Le texte.
La fable est un genre ancien, initialement inventé par les Arabes et repris par les Grecs,
notamment Phèdre et surtout Esope.
Il s’agit de pièces courtes qui sont fabuleuses, c’est-àdire merveilleuses, puisque dans la plupart d’entre elles des animaux sont doués de parole.
La Fontaine reprend les fables d’Esope et les réactualise, et en compose de nouvelles.
La
plupart d’entre elles exposent des animaux en opposition et qui ont une fonction allégorique
(le lion= le pouvoir, le loup= la force, l’agneau= l’innocence, le renard= la ruse, le coq= le
vaniteux, etc.).
Le texte à l’étude, « La Cour du Lion », sixième fable du livre VII, est directement inspiré
d’une fable de Phèdre intitulée « Le Lion régnant » et critique ouvertement les mœurs des
courtisans et surtout l’arbitraire du roi.
La Fontaine utilise ici la satire : il se moque de la cour
royale en choisissant des animaux qui s’opposent de manière hyperbolique (l’Ours et le
Singe) et en décrivant le Louvre comme un endroit malodorant.
Le récit l’emporte largement sur les dialogues ici.
Composée en vers hétérométriques (des
dodécasyllabes et de très nombreux octosyllabes) avec des schémas de rimes variés, la
fable se clôt sur une morale explicite qui est une morale immorale et qui s’adresse aux
courtisans mais également à tous les lecteurs.
Par quels procédés cette fable est-elle rendue plaisante ? Quels enseignements peut-on tirer
de cette fable ?
c.
Annonce du plan.
I.
Un récit plaisant qui prend le lecteur à témoin de la scène.
(= « placere »)
II.
Les enseignements de cette fable, qui ouvrent une réflexion critique sur le pouvoir.
(=
docere »)
LECTURE versifiée :
- attention aux diérèses : vers 1 (Li/onne), vers 2 (nati/ons), vers 26 (Li/on).
- marquer un léger arrêt entre le récit et la morale (les 4 derniers vers).
I.
Un récit plaisant qui prend le lecteur à témoin de la scène.
Il s’agit dans un premier temps de montrer par quels procédés le genre de la fable est
ici observé pour capturer l’attention du lecteur qui se laisse prendre par un texte plaisant.
Cette fable est avant tout une satire de la vie à la Cour du Lion : elle prête à sourire et à se
moquer.
1.
Un texte vif et nettement découpé.
La fable se présente sous la forme d’un récit court de 32 vers seulement auxquels s’ajoutent
les 4 vers de la morale.
Le récit lui-même peut être divisé en deux parties :
- une mise en contexte qui occupe les vers 1 à 14 et nous présente la Cour du Roi,
- et l’entrée en scène des animaux qui constitue chaque fois une action et une réaction du
roi à cette action : l’Ours au vers 16, le Singe au vers 20 et enfin le Renard au vers 28.
2
Chaque animal n’occupe que peu de vers et ils se succèdent de manière rapide et
juxtaposée : l’Ours se bouche le nez et est exécuté, le Singe flatte le Lion et il est mis à mort,
et après ces deux exemples antithétiques, arrive le tour du Renard qui en rusant sauve sa
vie.
La rapidité du récit accentue le registre satirique de la fable : La Fontaine décrit
l’essentiel de son propos de manière caricaturale.
Lorsque la morale arrive aux 4 derniers vers, le narrateur semble s’adresser par le « vous »
à la fois aux animaux courtisans (afin qu’ils puissent survivre à la Cour) et aux lecteurs, à la
manière d’une maxime générale de vie.
La vivacité du récit tient aussi à l’emploi des temps du passé des vers 1 à 28.
Le narrateur
alterne l’imparfait de description (« l’écrit portait » au vers 7/ « Le Prince à ses sujets étalait »
au vers 13) et le passé simple qui marque les actions dans le passé : celles-ci se succèdent
rapidement.
Le présent est réservé au face-à-face du Lion et du Renard, ce qui le rend très vivant pour le
lecteur/ spectateur de cette scène.
Le présent devient un présent d’énonciation de la part du
narrateur dans la morale : il nous délivre un conseil sous la forme de verbes à l’impératif qui
nous prennent directement à partie avec la 2 personne du pluriel de l’impératif (« Ne soyez »
et « Tâchez » aux vers 34 et 36).
2.
L’alternance des formes rend ce texte vivant même s’il comporte peu de dialogues.
L’ensemble du récit se caractérise par l’alternance des mètres (alexandrins et octosyllabes)
et la variété des types de discours.
- variété des vers de 12 et 8 syllabes tout au long du récit.
La fable commence par deux alexandrins qui installe le Roi dans des vers longs et
majestueux (accentués par les deux diérèses « Li/onne » mise en adjectif à « Majesté », et
« nati/ons »).
Puis les vers octosyllabiques permettent de produire un récit plus rapide et vif.
L’auteur alterne ces deux mètres tout au long de la fable.
- La Fontaine pratique également des débordements de phrases d’un vers à l’autre, ce qu’on
appelle un enjambement (exemple aux vers 8 et 9), ou termine une phrase à la césure d’un
vers, ce qui entraîne le rejet au vers suivant de la suite du second hémistiche (exemples aux
vers 7 et 8, aux vers 18 et 19).
Cette rupture rythmique rend le texte vivant et contribue à
mettre en valeur ce qu’il décrit.
- variété des discours : on a peu de dialogue et donc de discours direct.
Il est réservé au
face-à-face le plus important, celui du Lion et du Renard qui a assisté à l’exécution des deux
premiers courtisans.
Le dialogue direct met en valeur le Roi, seul locuteur aux vers 28 et 29.
Le Singe a la parole aux vers 23 et 24 sous la forme du discours indirect libre, c'est-à-dire
que ses paroles nous sont restituées mais sans la mise en forme des paroles rapportées
(ponctuation, verbe de parole).
Le vers 30 emploie le discours indirect : le narrateur nous
indique la réponse du Renard sans nous retranscrire ses paroles exactes mais en nous
donnant l’essentiel de sa stratégie d’esquive.
3.
Des allégories simples qui frappent l’imagination du lecteur.
Les personnages sont aisément reconnaissables et le plaisir du lecteur est de les retrouver à
chaque fable dans un nouveau jeu de relations.
La clarté du rôle et de la position « sociale »
de chaque animal tient aussi à un ordonnancement de la société en termes de hiérarchie
sociale :
- L'Ours est caractérisé par son manque de manières, sa maladresse en société : il ne sait
pas faire semblant.
Voir le vers 16 « boucha sa narine » et sa « grimace » au vers 18.
- Le Singe est l’allégorie du courtisan mielleux.
Il est obséquieux (= politesse excessive,
feinte et hypocrite)).
Voir « flatteur excessif » au vers 21.
Il donne raison au Roi en tout : voir
l’énumération de « colère », « griffe », « antre » (qui signifie caverne) et « odeur » (il fait
compliment au Roi de sa colère, de l’exécution de l’Ours, de son château et de....
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