être soi même
Publié le 16/05/2020
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Demande d'échange de corrigé de Mosser Mandy ( [email protected] ).
Sujet déposé :
être soi même
Dans Moins que zéro, Brett Easton Ellis dépeint des jeunes gens nantis et séduisants mais aussi pathétiques,déshumanisés jusqu'à paraître monstrueux tant leur existence se fond dans le moule d'une classe sociale.
Il exposeavec cruauté, et non sans mélancolie, le désarroi des êtres incapables de donner sens à leurs actes, de s'engagerdans leur existence, de vivre selon un désir qui les singularise : leur vie n'est que pantomime, mascarade sinistre.Cependant, comment éviter une telle errance ? Fuir la standardisation des modes de vie impliquée par notreappartenance à un groupe social donné nous permet-t-il de conquérir une vie intérieure donnant sens à nos actes ?Pour être soi-même, il suffirait ainsi d'être différent.
Pour vivre selon une nécessité intérieure, pour que nos actessoient la traduction fidèle de notre pensée, de nos convictions et de nos vocations, pour que notre vie ne soit pasle théâtre où nous nous contentons de répéter une pièce dont nous ne sommes pas l'auteur, il suffirait d'être enrupture de ban, de tourner le dos à tout modèle, d'éviter la moindre influence, de refuser tout legs venant d'autrui ?Le sujet suppose que, lorsque nous nous ne sommes pas intègres, lorsque nous transigeons avec nos désirs, lorsquenous galvaudons nos principes et agissons de façon inauthentique en trahissant une voix intérieure, ce soit en vertud'une influence extérieure.
Le sujet suppose ainsi une sorte de conflit entre le milieu social et affectif dans lequelnous nous inscrivons et le déploiement, au cours de notre vie, dans nos actes et nos paroles, d'une intériorité quinous intime de lui être fidèle sous peine de n'être pas « nous-mêmes », sous peine d'oublier qui nous sommes, souspeine de n'être personne, juste un nom et la marionnette d'un contexte.
En se fermant à l'influence de ce contexte,on serait ainsi mieux à même de vivre selon notre pensée, notre affectivité propre.
Mais si le sujet suppose que sedétacher de tout contexte, de tout modèle, est une condition nécessaire à l'affirmation de soi, il suppose égalementque cette solution est insuffisante.
Par ailleurs, comment imaginer que notre pensée et notre affectivité puissent sedéployer indépendamment de tout échange avec le groupe de nos semblables, qu'elles existent « absolument » etnon pas relativement à une certaine inscription sociale ? Mais ceci implique alors de ne penser les autres, dans laconstruction de moi-même, que comme obstacles et non comme moyen me permettant de devenir qui je suis.
Ceciimplique une valorisation exagérée de la différenciation, de la défiance, de l'originalité, de l'unicité et sans douteaussi de la marginalisation.
Or, le mythe d'un sujet qui s'autoproduit, qui ne doit qu'à lui-même d'être ce qu'il est, depenser ce qu'il pense et de désirer ce qu'il désire est-il recevable ? Le problème est donc de savoir s'il suffit, lorsquenous écrivons chaque jour l'histoire de notre vie avec l'espoir qu'elle corresponde à nos pensées et à nos affects, defaire de la solitude et de l'anticonformisme une règle de vie, ou bien si l'on n'est pas plus à même d'affirmer notresingularité lorsque des échanges privilégiés avec certaines personnes ont su éveiller en nous la force d'une pensée,d'une conviction.
Pour vivre en adéquation avec notre sensibilité et les éclairages de notre raison, faut-il faire de larévolte et de l'isolement un art de vivre ou bien ne faut-il pas plutôt envisager de tisser des contacts fructueuxavec d'autres que soi ? Pour répondre à cette question, nous montrerons dans un premier temps que le refus desuivre des modèles permet d'affirmer son identité.
Mais nous verrons ensuite qu'une telle identité, consistant dans laprise de distance vis-à-vis des normes usuelles ne peut être érigée en mode de vie sous peine de la rendre factice,artificielle.
Enfin, nous soulignerons le rôle fécond joué par les relations sociales et intersubjectives sans lesquellesnous ne pouvons devenir qui nous sommes, construire nos repères et de développer les caractéristiques que nousavons en propre.
Montrons que pour vivre en accord avec ses principes et ses désirs, il convient de tenir à distancel'influence du groupe social.
Pour être soi-même, et non exhiber le masque des faux-semblants, il faut peut-êtrerefuser d'endosser le rôle du personnage que l'entourage nous demande d'interpréter.
Etre différent, ce serait doncdésobéir, décevoir, refuser de se conformer à un idéal auquel on est comparé.
A la fin de son livre Le Traître, AndréGorz illustre ainsi ce problème : « Il ne pouvait à la fois jouer, pour satisfaire l'ambition maternelle, le rôle du petitgarçon bichonné, bien élevé, affectueux et espiègle, et se sentir […]en règle avec lui-même.
Il n'était pas enrègle.
Ou bien il jouait et alors il mentait, ou bien il ne mentait pas et alors il décevait ».
Donc pour être soi-même, ilfaut s'émanciper de l'envie de faire plaisir aux autres en étant l'enfant idéal, la créature de rêve -du rêve desautres-, l'enfant parfait -selon la définition de la perfection forgée par d'autres.
Etre soi-même implique de ne pasconsidérer comme allant de soi la grille d'évaluation que d'autres appliquent à nos actions.
Ne pas « tendre » versune norme que les autres nous imposent serait donc nécessaire pour découvrir sa propre personnalité.
La différenceest donc ici synonyme de l'écart creusé avec des exigences que l'on ne reconnaît pas comme nôtres ; c'est donc undifférentiel mesurant l'écart entre ses aspirations propres et celle de l'entourage.
Pour être soi-même, fidèle à unevoix intérieure, il faudrait donc dénoncer comme illégitimes les attentes, les espoirs que l'on a cristallisés.
Il s'agit demettre en balance notre désir, notre élan vers un objet motivé par nos affects, et la conformité à un modèle qu'onnous impose, ce qui remet en question un modèle d'existence et un ensemble de valeurs.
C'est donc être untrublion, celui par qui le scandale arrive, « faire des vagues ».
Pour être fidèle à des désirs et à des émotions qu'ilsconsidèrent comme importantes, des hommes se rebellent au grand dam de leur entourage.
Etre soi-même c'estalors s'exposer à être incompris, mal jugé, mal-aimé.
Mais la différence ne se limite pas à une absence de docilité età une émancipation passant par le refus de se conformer à un idéal, à des critères que l'on ne juge pas pertinents.Être différent, c'est aussi se révolter et briser les modèles.
Ainsi le mouvement Punk né en Grande Bretagne dans lesannées soixante dix invitait les artistes à créer indépendamment des normes régissant la production de la musique,mais aussi à les mettre en cause, à les disqualifier, les détruire.
C'est la raison pour laquelle des groupes comme lesSex Pistols refusèrent la notion de standard et raccourcirent la durée des chansons à quelques secondes oul'allongèrent au contraire.
La violence du refus à l'encontre des canons régissant la création permet à l'artiste de nepas devenir un produit du système économique.
Mais cela suppose que pour un artiste, être soi-même, c'est avoirun point de vue original et critique sur le monde et que pour être critique, il faut cesser d'avoir un mode de viemodelé par les conventions sociales.
C'est du reste ce que signifie l'accoutrement punk exhibant un collier de chien :.
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