En quoi peut-on dire que Gargantua de François Rabelais prête autant à rire qu’il donne à penser ?
Publié le 15/04/2026
Extrait du document
«
Dissertation sur Gargantua, de François
Rabelais
En quoi peut-on dire que Gargantua de François Rabelais
prête autant à rire qu’il donne à penser ?
Critères de correction du sujet de dissertation et barème (noté /20)
Introduction avec amorce + analyse du sujet + problématique + annonce du
plan
Développement structuré 3 paragraphes avec sous-parties
/3
-
La problématique et le plan choisis sont cohérents et répondent de manière
pertinente au sujet.
/12
- Chaque grande partie comporte une phrase d’introduction qui reprend le titre
des axes 1,2,3 annoncés dans l’introduction et se termine par une phrase de
transition ou de conclusion partielle (pour le 3ème axe).
- Les arguments sont étayés et illustrés avec des exemples et citations
pertinents.
Conclusion en deux temps = réponse synthétique à la pb + ouverture éclairante.
/2
Expression (orthographe, syntaxe, style).
/3
« Mieux vaut de rire que de larmes écrire » a écrit Rabelais dans « Aux
lecteurs » de son roman d’apprentissage Gargantua, publié en 1534.
Rabelais voulait prôner les valeurs de l’humanisme naissant du premier
1/6
versant du XVI siècle et c’est ce qui a fait son grand succès car les
lecteurs lettrés percevaient, derrière ses aspects comiques, toute la
finesse de la réflexion pour en tirer la « substantifique moelle ».
Rabelais
sait que « le rire est le propre de l’homme » c’est pourquoi il mélange rire
et savoir pour critiquer la société et remettre en question ses principes.
Nous pouvons alors à bon droit nous demander en quoi peut-on dire que
Gargantua de François Rabelais prête autant à rire qu’il donne à penser.
Cette question met en relation deux termes importants « rire » et
« penser » avec au milieu un adverbe « autant…que » qui met en parallèle
ses deux principes.
Ainsi, la question nous invite à comprendre comment
Gargantua jongle avec ces deux registres, comique et réflexion, tout en
proposant une vision idéaliste de l’humanité à travers des concepts
comme l’éducation humaniste, la liberté et l’utopie.
Premièrement, nous
verrons comment cette œuvre nous donne à rire avant de mieux analyser
comment elle nous offre une réflexion humaniste.
Pour finir, nous
étudierons ses valeurs humanistes en mettant en lumière la volonté de
Rabelais de promouvoir l'éducation, la liberté individuelle et une vision
éclairée de l'humanité.
Tout d’abord, il est évident que Gargantua est un roman qui prête à
rire.
Le narrateur, Alcofribas Nasier, incarne le maître du rire, « maître es
rire » et l'instigateur de l'humour qui sous-tend tout le récit.
Son caractère
histrionique qualifie parfaitement notre narrateur, par sa nature de bon
vivant, son côté plaisantin et farceur, peut être qualifié de bouffon rieur.
Son apparence même, avec ses petites lunettes, prête à rire et donne un
aperçu de la vérité sur la réalité, cachée derrière cette image de bouffon.
De plus, Alcofribas Nasier joue avec les mots et les tonalités, créant des
contrastes qui surprennent et amusent.
Par exemple, il apostrophe ses
personnages de manière inattendue, qualifiant les lecteurs de « vérolés
très précieux » et de « buveurs très illustres », ce qui instaure
immédiatement un ton comique et décalé.
Dès l’entrée en scène, Nasier
embarque le lecteur dans un récit à la fois intégrant et farfelu, comme
lorsqu’il lance « Brandissez-vous, mes amours ! », une phrase qui ajoute
une touche d'ironie par sa différence avec des termes plus vulgaires
comme « mes canailles ».
Le ton héroïcomique, caractéristique de
l’œuvre, se manifeste dès le prologue.
Alcofribas Nasier, en tant
qu'histrion, se plaît à introduire un univers fantaisiste et merveilleux, où la
réalité et l'imaginaire se mêlent avec humour mais il est aussi érudit car il
convoque sans cesse des figures d’autorités comme Aristote, Pline, Ovide,
Platon, Socrate mais aussi Homère.
La naissance de Gargantua, par
exemple, est un moment absurde et comique.
Il est un géant et naît par
l’oreille de sa mère après onze mois de gestation.
De plus, des détails
médicaux comme « la veine cave », ajoutent une dimension parodique à
cette scène fantastique.
Tout au long du texte, Nasier mène son récit avec
2/6
une légèreté, une vivacité et une subtile ironie qui font de Gargantua une
œuvre à la fois drôle et profondément critique.
Mais le comique passe également par un humour gras, grivois et
même scatologique.
En effet, le narrateur fait usage de nombreuses
expressions à caractère grivois qui vont bien au-delà de l'ironie.
Des
termes comme « bête à deux dos », « se frottait joyeusement le lard » ou
encore « dignité des braguettes » illustrent cette dimension crue et
vulgaire du texte.
L’humour grivois se manifeste par exemple lorsqu’il
décrit la conception de Gargantua.
Gargamelle et Grandgousier « faisaient
la bête à deux dos », ce qui conduisit à ce que Gargamelle « engrossa un
beau fils ».
De plus, le jeune géant dans sa prime enfance est lui aussi au
centre de blagues à connotation sexuelle, comme lorsqu’il « exerce sa
braguette » ou encore lorsqu’il « tâtait toujours ses gouvernantes sens
dessus dessous, devant derrière, et hue cocotte ! ».
Subséquemment,
l’humour scatologique n'est pas en reste et Rabelais innove avec la
création du « torche-cul », mais aussi par un rondeau héroïcomique sur
l'art d’aller aux cabinets.
Rabelais utilise tous les types de comique pour
faire rire le lecteur.
C’est pourquoi Rabelais se sert du comique de
situation pour atteindre son apogée avec des scènes comme celle où
Gargantua noie les Parisiens sous sa « cascade de pisse ».
Il en est de
même pour sa jument, qui noie les ennemis au Gué de Vède en urinant «
pour se lâcher le ventre, mais ce fut en telle abondance qu’elle en fit sept
lieues de déluge ».
Ces éléments contribuent à donner au texte une
dimension à la fois grossière, irrévérencieuse et comique.
Le comique ne se limite pas à un humour grossier, il prend aussi une
forme plus raffinée et élaborée, où Rabelais maîtrise l'art du calembour,
des aphorismes et de l'onomastique.
Les calembours sont omniprésents,
jouant sur les sonorités et les significations des mots, comme « Et un pot
à moutarde, que c’est mon cœur à qui moult tarde.
» ou encore «
Carimari Carimara, par Sainte Mamie, vous ne baignez par ris ».
Ces jeux
de mots absurdes créent une dimension comique subtile.
L’auteur utilise
aussi des aphorismes tels que « Buvez toujours, vous ne mourrez jamais
», qui se révèlent humoristiques par leur exagération.
Rabelais, pour nous
amuser met en scène des allusions satiriques notamment à travers
l’image de la mule du pape, utilisée pour critiquer de manière voilée
l’institution du pape.
L'expression « je ne bois qu’à mes heures, comme la
mule du pape » devient un moyen d'ajouter une touche d'ironie toujours
présentes chez Rabelais.
Les noms propres sont également un moyen de
provoquer le rire car Rabelais utilise sans cesse des onomastiques.
Tout
est fait pour ridiculiser chez Rabelais avec des personnages comme
Ponocrates, Picrochole, ou Frère Jean qui sont à la fois ridicules et
évocateurs, renforçant leur caractère comique.
Après avoir étudier que le
roman est particulièrement comique grâce à un narrateur ambiguë, érudit
et comique, un humour gras mais aussi raffiné qui nous montre une
3/6
grande réflexion de la part de l’auteur, nous pouvons donc voir que le
roman se montre aussi être très savants.
Mais, Gargantua n’est pas seulement une œuvre comique, elle invite
également à la réflexion.
À travers ce roman, Rabelais réalise une satire
acerbe de l’éducation de son époque, notamment celle transmise par les
sophistes.
En parodiant les « Sarbonars » en les rebaptisant «
Sarbonagres », signifiant « ânes », il ridiculise les érudits et leurs
enseignements.
Rabelais se moque ouvertement de l’éducation de
Gargantua, la qualifiant de dénuée de sens et dégradante.
En effet, on
apprend à Gargantua des comportements absurdes et des péchés comme
la gourmandise « déjeuner de belles tripes frites, de belles grillades, de
beaux jambons », le manque d’hygiène « Il fientait, pissait, se raclait la
gorge, rotait, pétait, bâillait, crachait, toussait, sanglotait, éternuait et
morvait.
» et la paresse « Je me suis vautrée six ou sept fois dans le lit
avant de me lever ».
Cette scène volontairement grossière illustre le
dénuement de l’éducation.
Rabelais ridiculise également les maîtres
sophistes à travers des personnages comme Janotus Bragmardo, un
maître ivre lors de son discours.
L’auteur utilise des onomatopées pour
souligner le manque de maintien et l’inefficacité de cet enseignement.
Cette scène, comique mais poignante, est une critique de l’élite
intellectuelle de l’époque.
L’éducation que reçoit Gargantua, loin de le faire
progresser, le fait régresser : « Il en devenait fou, niais, tout rêveur et
rassoté », ce qui montre la vacuité de l’enseignement qu'il reçoit.
Paradoxalement, au lieu d’apprendre, il perd son savoir et son sens
critique.
À travers ces scènes, Rabelais critique la société et l'éducation de
son époque, tout en mettant en lumière l'absurdité d’un enseignement qui
ne mène ni à la sagesse ni à la progression, mais qui, au contraire,
enferme dans l’ignorance....
»
↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓
Liens utiles
- Gargantua, de Rabelais (1534) : “Rire et savoir”.
- Rire de tout ce qui se fait ou se dit est d’un sot ; ne rire de rien est d’un imbécile. » affirme Érasme. En quoi votre lecture de Gargantua de Rabelais permet-elle de confirmer ce point de vue ?
- « Fidèle à Horace et sa conception utilitaire de l'art, Rabelais s'est cette fois clairement fixé pour but, tout en nous faisant rire et en riant lui-même de concert avec nous, de nous instruire et de nous éduquer ». Pensez-vous que cette réflexion puisse s'appliquer au Gargantua ?
- Gargantua (1534) François Rabelais, Extrait chapitre 23
- Gargantua, LVII de François Rabelais - Analyse de texte