Dissertation – Le bonheur et l’instant présent
Publié le 19/04/2026
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Dissertation – Le bonheur et l’instant présent
À première vue, le bonheur semble se trouver uniquement dans l'instant présent, car seul ce
temps nous appartient vraiment et peut nous procurer une satisfaction immédiate et sincère.
En effet,
le bonheur apparaît comme un état de plénitude, une satisfaction globale qui se vit ici et maintenant.
Chercher à vivre l'instant présent semble donc la voie la plus directe vers le bonheur, une quête de
l'immédiateté qui promet une jouissance sans délai.
Cependant, réduire le bonheur à l'instant présent pose une difficulté majeure : l'homme est aussi
un être de mémoire et de projet, dont l'existence se déploie sur une temporalité plus vaste.
La
recherche exclusive du présent peut entrer en contradiction avec nos valeurs morales profondes, nos
devoirs envers autrui ou nous-mêmes, ou encore nos aspirations à long terme qui donnent un sens à
notre vie.
Cette tension entre l'immédiat et le durable soulève une interrogation fondamentale.
Le problème est donc le suivant : le bonheur peut-il se réduire au désir de l'instant présent ?
Mais dans ce cas, ne serait-il pas limité à un plaisir éphémère, sans véritable profondeur ni capacité à
construire une existence satisfaisante sur le long terme ? Ou bien, le bonheur exige-t-il de prendre en
compte le long terme à travers la mémoire et l'anticipation, en intégrant le passé et le futur ? Mais en
ce cas, ne dépendrait-il pas d'un avenir incertain, potentiellement source d'angoisse et de déception,
nous éloignant de la sérénité ?
Nous verrons donc que le bonheur semble d'abord se réduire au plaisir de l'instant présent, une
vision à première vue séduisante mais qui se révèle fragile et limitée (I).
Ensuite, nous montrerons que
le bonheur ne peut se contenter de l'immédiat et exige une inscription dans la durée et la profondeur
(II).
Enfin, nous conclurons que le bonheur véritable consiste peut-être à réconcilier le présent avec le
temps tout entier, en harmonisant ses différentes dimensions (III).
Tout d'abord, une observation fondamentale s'impose : le passé n'est plus, il est révolu et
inaccessible, tandis que l'avenir n'existe pas encore, il est incertain et hors de notre portée immédiate.
Seul le présent est tangible, concret et à notre portée d'action et de perception.
Cette réalité temporelle
invite à concentrer notre énergie et notre conscience sur ce qui est.
Comme le rappellent les
philosophes Stoïciens, notamment Marc Aurèle dans ses Pensées pour moi-même, il faut "limiter le
présent" pour vivre en paix.
Le bonheur, dans cette perspective, consiste alors à se focaliser sur ce qui
dépend de nous ici et maintenant, sur nos actions et nos jugements du moment, sans se laisser troubler
par les regrets du passé ou les angoisses liées à un futur que nous ne maîtrisons pas.
C'est dans cette
pleine acceptation du "maintenant" que réside une forme de sagesse et de sérénité.
Comme le disait
Sénèque dans ses Lettres à Lucilius : « Ce n'est pas parce que les choses sont difficiles que nous
n'osons pas, c'est parce que nous n'osons pas qu'elles sont difficiles.
»
Ainsi, cette citation souligne avec force que notre attitude et notre courage dans le présent sont
déterminants pour notre tranquillité intérieure.
Elle met en lumière l'importance de l'action et de la
volonté dans l'instant, montrant que c'est en affrontant le moment présent avec détermination et en
agissant sur ce qui est en notre pouvoir que nous pouvons véritablement trouver la sérénité et
échapper à la paralysie de la crainte ou de l'inaction.
Le bonheur est alors une affaire de maîtrise de
soi et d'engagement dans l'ici et maintenant.
De plus, vivre le moment présent, c'est goûter pleinement la richesse de l'existence, en se
laissant absorber par l'expérience vécue.
Cette immersion totale permet d'éprouver une satisfaction
qui, bien que liée à l'instant, peut être d'une profondeur considérable.
Selon le philosophe
contemporain Nicolas Grimaldi, certaines expériences humaines comme la contemplation esthétique
d'un paysage grandiose, l'écoute enivrante de la musique, ou l'intensité d'un amour partagé nous font
oublier la succession du temps et nous plongent dans une atemporalité.
Chaque instant devient alors
une plénitude, une expérience auto-suffisante où la conscience est entièrement occupée par l'objet de
son attention.
En effet, le bonheur se vit dans cette conscience totale de l'instant, où rien d'autre ne
compte, offrant une satisfaction non pas superficielle ou fugace, mais d'une grande intensité et d'une
qualité existentielle marquante.
C'est la qualité de l'expérience, et non sa durée, qui en fait la valeur.
Par ailleurs, une approche du bonheur centrée sur le présent offre une voie vers la libération des
tourments psychologiques.
Épicure, dans sa doctrine du Jardin, conseille de ne pas craindre l'avenir,
car il est incertain et souvent source d'angoisses inutiles, et de ne pas se tourmenter des erreurs ou des
souffrances du passé, car elles sont révolues et ne peuvent être changées.
Le bonheur du sage, ou
l'ataraxie (absence de trouble de l'âme), se trouve dans la simplicité du présent vécu, dans la
satisfaction des désirs naturels et nécessaires.
Des plaisirs simples comme boire, manger modérément,
et surtout parler avec des amis et cultiver l'amitié, suffisent amplement à atteindre cette sérénité, si
l'âme est apaisée et libérée des désirs inutiles et des craintes infondées.
Cette philosophie du présent
permet de se détacher des chaînes du temps pour trouver une paix intérieure durable, en se
concentrant sur ce qui est accessible et suffisant pour le bien-être immédiat.
Cependant, ce bonheur de l'instant, bien qu'il puisse être intense et libérateur, a ses limites
intrinsèques : il passe, il s'efface, et sa nature éphémère peut laisser un sentiment d'incomplétude.
L'homme, étant un être doté de mémoire et d'espérance, ne peut pas se contenter indéfiniment d'un
présent isolé et déconnecté de sa propre histoire et de ses aspirations.
Par conséquent, le bonheur, pour
durer et s'épanouir pleinement, doit peut-être dépasser le simple instant et s'inscrire dans une
temporalité plus vaste, intégrant le passé et le futur.
En effet, le bonheur n'est pas seulement une succession de moments de plaisir fugaces, mais un
état stable et profond, une disposition durable de l'âme.
Blaise Pascal, dans ses Pensées, montre avec
acuité que l'homme ne vit jamais pleinement dans le présent : il est constamment préoccupé par le
souvenir du passé ou l'anticipation de l'avenir.
"Nous ne nous tenons jamais au temps présent",
écrit-il, "nous anticipons l'avenir comme trop lent à venir, comme pour hâter son cours ; ou nous
rappelons le passé pour l'arrêter comme trop prompt." Il en résulte que....
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