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Correction du commentaire « Le Mal », Cahiers de Douai, Rimbaud, 1871

Publié le 30/04/2026

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« Correction du commentaire « Le Mal », Cahiers de Douai, Rimbaud, 1871 Alfred de Musset a écrit dans une lettre à George Sand datée de 1834 : « Un écrivain doit être un homme d’action par sa plume, un homme de réflexion par son esprit.

L’engagement littéraire n’est pas dans l’adaptation aux circonstances, mais dans l’expression d’une vérité intime et universelle.

» De fait, plusieurs poèmes des Cahiers de Douai sont des textes engagés marqués notamment par la récente actualité de 1870, à savoir la défaite militaire de la France du Second Empire face à la Prusse.

Le tout jeune Arthur Rimbaud, vivant alors à Charleville, se trouvait tout proche de la dernière bataille de cette guerre, à Sedan.

Si la guerre n’est évoquée qu’indirectement et implicitement dans « Le Dormeur du Val » par exemple, elle est abordée de manière nettement plus frontale dans le sonnet intitulé « Le Mal ».

Nous nous demanderons ainsi en quoi ce texte dénonce les horreurs de la guerre tout en incriminant les responsables réels de ce fléau.

La lecture de ce texte fait apparaître deux mouvements.

Le premier rassemble les deux quatrains et montre le nombre colossal de pertes engendrées par les conflits.

Le second mouvement rassemble quant à lui les quatrains et dénonce l’hypocrisie de la religion qui se nourrit des malheurs provoqués par la guerre. Le premier mouvement décrit l’horreur des combats en insistant sur les morts, en très grand nombre, que ceux-ci engendrent. Nous pouvons remarquer en premier lieu que les deux quatrains commencent de manière symétrique avec les conjonctions de subordination « Tandis que » aux vers 1 et 5.

Chaque quatrain constitue donc une proposition subordonnée circonstancielle de temps mais aussi d’opposition marquant une rupture entre les quatrains et les tercets tout en créant un effet d’attente, puisque la proposition principale n’arrivera que dans le premier tercets.

Il s’agit donc de scènes de guerre qui sont évoquées dès le début du poème.

Nous pouvons tout d’abord remarquer que les couleurs sont très présentes dans le premier quatrain avec les termes « rouges » au vers 1, « bleu » au vers 3, « écarlates ou verts » au vers « et même « feu » au vers 4 qui forment un champ lexical relativement développé.

La scène racontée est ainsi très visuelle et d’autant plus marquante pour le lecteur.

De plus, la métaphore « les crachats rouges de la mitraille » dans le premier vers crée une impression désagréable.

Le nom « crachats » a une connotation péjorative et donne aux balles tirées un aspect répugnant.

De même le verbe utilisé, « sifflent » au vers 2, évoque un son strident et désagréable, tout en sollicitant le sens de l’audition.

Le complément circonstanciel de temps « tout le jour » montre que les tirs ne s’arrêtent jamais et donne l’impression d’être plongé dans un véritable enfer, un cauchemar qui ne s’arrête jamais : le danger et la mort sont omniprésents. L’évocation de « l’infini du ciel bleu » forme une antithèse avec « crachats rouges de la mitraille » puisque les connotations des mots « infini », « ciel » et « bleu » s’opposent.

Comme dans « Le Dormeur du val », le Poète montre que les agitations et la violence humaines contrastent avec une nature valorisée, sage et permanente et indifférente.

Plus loin les adjectifs de couleur « écarlates ou verts » montrent que le poème a une portée universelle et ne prend pas position pour un camp ou un autre puisque « écarlates » fait référence aux pantalons des uniformes de l’armée de Napoléon III tandis que « verts » désignent les uniformes wurtembergeois ou saxons, et plus largement l’armée Prussienne.

Ainsi le sort des soldats, quel que soit leur camp, est de périr.

Le complément circonstanciel de lieu « près du roi qui les raille » marque la cruauté et l’indifférence du monarque qui non seulement envoie ses troupes à la mort mais « les raille » se moque d’eux.

Cela montre le pouvoir comme incapable de compassion et donc inhumain.

Il y a donc un décalage entre la fonction attendue d’un roi, protéger ses sujets, et son indifférence cynique.

Le lecteur a donc ici davantage l’impression de voir un enfant irresponsable s’amuser avec ses jouets ou torturer des insectes dans la plus grande indifférence.

Cela est renforcé par l’allitération en [R] présente dans les mots « près », « roi » et « raille » : ce sont dur, guttural qui souligne une fois encore la cruauté du roi.

Dans « Croulent en masse les bataillons dans le feu » au vers 4, le verbe s’emploie au sens propre pour un mur par exemple, pour un élément inanimé.

Cela contribue a évoquer la mort de centaines, voire de milliers de soldats sans aucune compassion car ceux-ci sont déshumanisés.

Le pluriel de « bataillons » et le complément circonstanciel de manière « en masse » insiste sur le très grand nombre de pertes humaines, des vies perdues inutilement dans la guerre.

Enfin la périphrase métaphorique« le feu » qui désigne le combat, fait aussi référence à l’enfer qui devient tangible sur le champ de bataille.

La périphrase « une folie épouvantable », au vers 5, montre l’implication du Poète qui utilise un nom et un adjectif péjoratifs pour évoquer la guerre et l’absurdité totale qu’elle représente.

Le déterminant article indéfini « une » donne une valeur générale au poème.

Le verbe utilisé, « broie », montre qu’il s’agit d’une allégorie qui rend la guerre visible et terrifiante en en montrant ses effets les plus immédiats : elle déshumanise les soldats devenus de simples objets que l’on peut détruire à sa guise.

L’image d’« une folie » qui « broie » laisse à voir une force destructrice et incontrôlable relâchée de manière une fois encore irresponsable.

La conjonction de coordination « Et » montre la conséquence directe des combats avec un effet d’accumulation.

« cent milliers d’hommes » constitue une hyperbole qui met en évidence le très grand nombre de vies en jeu et celles-ci sont réduites à un singulier : « un ».

L’expression « fait de » évoque une idée de transformation, ici une réduction même à « un tas fumant », c’est à dire quelque chose de péjoratif, sans forme, le produit d’une destruction par le feu.

Cet aspect très visuel et sonore forme une hypotypose développée dans les six premiers vers.

Le lecteur est ainsi plongé dès le début du sonnet en plein champ de bataille. Les deux vers suivants sont constitués de trois phrases exclamatives « – Pauvres morts ! dans l’été, dans l’herbe, dans ta joie,.... »

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