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Commentaire littéraire, L'Amant de Marguerite Duras: la rencontre entre le riche chinois et la jeune européenne

Publié le 17/05/2020

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Ci-dessous un extrait traitant le sujet : Commentaire littéraire, L'Amant de Marguerite Duras: la rencontre entre le riche chinois et la jeune européenne Ce document contient 1201 mots soit 3 pages. Pour le télécharger en entier, envoyez-nous un de vos documents grâce à notre système gratuit d’échange de ressources numériques. Cette aide totalement rédigée en format pdf sera utile aux lycéens ou étudiants ayant un devoir à réaliser ou une leçon à approfondir en Littérature.

« Dans son roman l'Amant publié en 1984, Marguerite Duras, une des romancières, scénaristes et réalisatrices françaises les plus renommées du XXe siècle, raconte larencontre d'une jeune fille européenne et d'un riche chinois à l'époque coloniale en Indochine.

Nous analyserons d'abord les caractéristiques de cette scène,apparemment banale, pour ensuite examiner comment la narratrice la transforme en une rencontre inhabituelle, voire originale. Cet extrait de roman présente toutes les caractéristiques d'une scène d'exposition traditionnelle.

Ainsi, ce passage purement narratif relate la première rencontre entrele riche chinois et la jeune européenne dans un cadre spatio-temporel routinier: l'action se déroule très tôt le matin, dans un bac indigène « Si tôt le matin (…)dans uncar indigène » (l.20-21), qui transporte des personnes d'une rive à l'autre d'un fleuve.

On remarque également un rapport un peu poétique entre le temps, le lieu et lethème : le petit matin fait penser au commencement et par là fait allusion au début d'une grande aventure amoureuse et, de leur côté, les courants du fleuve peuventreprésenter les passions qui s'emportent.

Ce récit est donc singulatif, on ne fait la connaissance d'une personne qu'une seule fois, et simultané car il est raconté aupassé composé « …est descendu » (l.1) et au présent de l'indicatif « …elle est si jolie » (l.25).

En outre la manière dont se rapprochent les personnages est aussiclassique : le regard de l'homme dévoile la jeune fille, il l'observe du haut vers le bas « …au feutre d'homme et aux chaussures d'or » (l.2-3) et c'est aussi lui qui fait lepremier pas « Il regarde la jeune fille (…) Il vient vers elle lentement.

» (l.2-4).

De plus, il se sert du fait qu'il fume une cigarette pour s'approcher de la jeune fille etlui en offrir une : ce mécanisme d' approche est très commun .

De même , le champ lexical de la flatterie « croît rêver/extraordinaire/jeune fille belle/va bien/très bienmême/original/si jolie/ tout se permettre » et l'utilisation d'un langage courant respectueux « non merci » (l.8), «…vous ? » (l.13, vouvoiement) font penser à desclichés, des lieux communs et un dialogue banal. Nonobstant, cette présentation traditionnelle du sujet ne s'accompagne pas d'un portrait détaillé des protagonistes.

La vague description de ces derniers « L'hommeélégant (…) la jeune fille aux feutre d'homme et aux chaussures d'or » (l.

1-3) ainsi que l'utilisation constante de pronoms personnels « Il lui demande (…) Elle nerépond pas (…) Elle attend.

» créent un effet de distance par rapport à la scène, renforcé par le présent de narration qui donne au lecteur l'impression qu'il est unspectateur, qu'il observe la scène comme si ca ne lui concerne pas.

Effectivement, la narration du passage est externe, de la même manière que l'est la narratrice.Néanmoins, elle intervient des lignes 6 à 8 « Il y a cette différence de race, il n'est pas blanc, il doit la surmonter, c'est pourquoi il tremble.

» et à la ligne 10 « Alors ila moins peur.

» pour transmettre les pensées du chinois et aux lignes 11 et 12 « Cela n'est pas la peine qu'elle réponde, que répondrait-elle.

» pour exprimer celles dela jeune fille.

La narratrice et donc omnisciente car elle va tantôt commenter ce qu'elle voit (narration externe), tantôt adopter le point de vue interne des deuxpersonnages à des moments précis, juste avant la connaissance pour lui et juste après pour elle .

L'effet produit est la sensation d'une progression de l'intrigue.Toutefois, ce n'est pas que l'alternance des points de vue narratifs qui donnent cet effet de progression au récit , mais aussi l'utilisation répétitive de l'adverbe alors audébut de phrase pour donner une soudaineté et une organisation temporelle à l'histoire , de même qu' attirer l'attention du lecteur sur certains événements.

D'ailleurstrois étapes se succèdent pour montrer cette évolution.

Premièrement, l'homme élégant s'approche de la jeune fille et lui offre une cigarette.

Elle refuse poliment : c'estle passage des lignes 1 à 10 .

Ensuite il la flatte « Alors il lui dit qu'il croit rêver » (l.11) mais elle ne répond pas.

Finalement, il lui demande « mais d'où venez-vous ?» (l.13) et elle lui répond.

C'est a partir de cette réponse que leur relation va évoluer.

Ces trois étapes sont marquées par l'anaphore de la ligne 5 « Il ne sourit pas toutd'abord.

Tout d'abord il lui offre une cigarette » pour la première, et par l'anaphore de l'adverbe alors pour les deux autres « Alors il lui dit qu'il croit rêver.

» (l.11) et« Alors il lui demande : mais d'où venez vous ? » (l.13).

Il faut noter aussi que l'anaphore de la première étape est symbolique car elle met l'accent sur le premiercontact, sur le premier rapprochement entre les deux personnages.

De même, Marguerite Duras utilise des phrases courtes tout au long de cet extrait pour mettre envaleur l'essentiel sous une forme spontanée, pour produire un effet d'accélération « Il vient ver elle lentement.

C'est visible, il est intimidé » (l.3-4), et donner unepriorité à l'action qu'à la pensée (phrases longues traduisent des pensées, des réflexions).

Ce type de phrase donne aussi une puissance dramatique au récit « Elle nerépond pas.

(…) Elle attend.

».

Un autre procédé très important et qui est aussi présent dans tout le texte est le mélange des discours indirect, indirecte libre et direct.On les retrouves au sein d'une même phrase « Elle lui dit quelle ne fume pas, non merci » (l.8) ; «Il réfléchit et puis il dit qu'il (…) c'est bien ca, n'est-ce pas ? Ouic'est ca.

» (l.15-18) ; « …une jeune fille comme elle l'est, vous ne vous rendez pas compte… »(l.21) ; « Il dit que le chapeau (…)….original…un chapeau d'homme ,pourquoi pas ? Elle est si jolie, elle peut tout se permettre.

» (l.23-25).

En effet, ils sont entremêlés.

L'énoncé étant coupé de la situation d'énonciation (il,elle), lediscours dominant est le discours indirect, ce qui crée aussi un effet de distanciation.

Pourtant, en insérant du discours indirect libre, Marguerite Duras donne unecertaine fluidité et unité au récit ainsi que plus de spontanéité, de dynamisme et d'authenticité grâce au discours direct. Ainsi, en fin d'analyse, on voit comment l'auteur renouvelle l'écriture narrative grâce à la fusion des trois types de discours (direct, indirect et indirect libre), grâce àl'utilisation de phrases courtes, grâce à la répétition de pronoms personnels et grâce à l'abondance de connecteurs logiques, en transformant ainsi une rencontreapparemment banale en une scène intense et originale.

Ses procédures créent un effet de distanciement : elle décrit sans interpréter.

Le lecteur ne sait pas plus que lespersonnages et devient à son tour une sorte de créateur car il doit interpréter ce que voit le narrateur.

A travers la reproduction réaliste des faits, cette romancière nousfait partager une certaine vision du monde : l'histoire a lieu en Indochine dans un contexte de colonisation qui, à lui seul, fait de la situation inhabituelle car il met enrelation deux « races » différentes à une époque où il n'y a pas encore une égalité entre les deux, malgré des possibles écarts de richesse .

On pourra rapprocher cetexte de Marguerite Duras au mouvement littéraire apparu vers la moitié du XXe siècle qui est connu comme le nouveau roman , qui se caractérise par les rejet destraditions romanesques, par la déconstruction du récit et par une écriture innovatrice.. »

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