Commentaire de texte "Dans Crispin rival de son maître"
Publié le 17/04/2026
Extrait du document
«
Intro :
Depuis l’Antiquité, le théâtre comique met en scène des duos maître-valet où
l’intelligence ne se trouve pas toujours du côté attendu.
Alain-René Lesage est
un écrivain et dramaturge du XVIIIe siècle, s’inscrivant dans cette tradition en
proposant des comédies qui dénoncent les travers de la société.
Dans Crispin
rival de son maître, pièce en un acte publiée en 1707, il met en scène Valère, un
jeune noble à court d'argent, et son valet Crispin, un serviteur habile et
opportuniste.
Dans cette scène d’ouverture, Valère retrouve Crispin après une longue absence
et lui reproche son manque de fidélité.
Mais très vite, le valet prend l’ascendant
sur son maître : par son audace et son esprit, il s’impose comme le véritable
stratège de la pièce.
Cette inversion des rôles met en lumière la dépendance du
maître envers son serviteur et montre une critique des valeurs de la noblesse.
Nous pouvons alors nous interroger : comment cette scène d’ouverture metelle en place une dynamique comique tout en portant une critique sociale ?
Pour répondre à cette question, nous verrons d’abord comment cette scène
repose sur une inversion des rôles entre le maître et le valet (I), avant d’analyser
la critique sociale qui en découle (II).
I) Dans cette piece, Lesanges met en place un renversement de la hierarchie
sociale en donnant au valet une position dominante face a son maitre
1) Dès le début de l’échange, Crispin s’oppose à Valère.
Nous le remarquons
notamment à travers son langage : non seulement il refuse de se soumettre aux
reproches de son maître, mais il adopte aussi une posture dominante.
Cette
supériorité se manifeste notamment dans la répartition des répliques : Crispin
parle autant, voire plus que Valère, ce qui est révélateur d’un rapport de force
inversé.
De plus, son ton se distingue par une certaine insolence et
contradiction.
L’auteur met cela en évidence avec l’ironie présente à la ligne
23 : « Quelle clémence ! », ainsi qu’avec une opposition ferme de Crispin à
Valère : « Laissons là, je vous prie, nos qualités.
» Ici, le valet refuse d’entrer
dans un jeu d’insultes, marquant ainsi son indépendance et sa maîtrise de la
situation.
2) Lesage nous présente également un maître totalement dépendant de son
valet.
Valère, bien que socialement supérieur, est en réalité sous l’emprise de
Crispin, notamment sur le plan financier et dans la gestion de sa vie
quotidienne.
Cette dépendance est mise en évidence par l’omniprésence du
champ lexical de l’argent et de la dette : « payez » (ligne 9), « fortune » (ligne
12), « je n'ai point d'argent ; et tu dois être en état de m'en prêter » (lignes 1718), ou encore « Vos créanciers s'impatientent-ils ? » (ligne 25).
Ces éléments
montrent que Valère est accablé par des dettes et que Crispin est parfaitement au
courant de sa situation.
Plus surprenant encore, Valère espère pouvoir
emprunter de l’argent à son propre valet : « Tu dois être en état de m’en prêter
», inversant ainsi la relation traditionnelle maître-valet.
Même dans les affaires
douteuses, Valère dépend de Crispin, ce dernier évoquant leurs arnaques
communes : « Nous agissions de concert avec lui ».
3) Contrairement aux valets des comédies classiques, Crispin apparaît ici
comme un personnage autonome, qui agit principalement dans son propre
intérêt.
Il se présente comme une personne libre, capable de s’émanciper de son
maître : « J’ai été en Touraine avec un chevalier de mes amis faire une petite
expédition.
» Cette indépendance est aussi perceptible dans son rapport direct
avec Valère.
Il ose lui tenir tête : « Je vous sers comme vous me payez.
» Cette
répartie souligne que Crispin ne se considère pas comme un simple subalterne,
mais comme un individu libre de ses choix.
L’auteur illustre cette idée à travers
une métaphore liée à la pêche (lignes 19-20), qui évoque l’idée d’un valet rusé,
capable d’échapper aux contraintes habituellement imposées à son rang.
Cette scène met en place une inversion des rôles entre Valère et Crispin, où le
valet domine son maître par son intelligence et son audace.
Mais au-delà du
comique, cette scène porte une critique sociale plus profonde que nous allons
analyser.
Dans cette scène, l’aspect comique masque une critique sociale marquée du
XVIIIe siècle.
À travers les personnages de Valère et Crispin, Lesage met en
lumière une noblesse en déclin et une classe populaire qui prend de l’ascendant
grâce à son intelligence.
Cette opposition illustre une transformation des
rapports sociaux, où l’héritage noble ne suffit plus à garantir une place dans la
société.
Tout d’abord, la scène met en évidence une noblesse en crise, incapable de
subvenir à ses besoins.
Valère incarne cette aristocratie affaiblie, qui ne parvient
plus à s’autofinancer et doit compter sur les autres pour subsister.
Totalement
désargenté, il se retrouve dans une position de dépendance vis-à-vis de son
valet, Crispin, ce qui crée un comique de situation tout en soulignant l’inversion
des rôles sociaux.Il le reconnaît lui-même lorsqu’il dit : « Je ne suis point en
état de payer, et il faut pourtant de l’argent », montrant ainsi qu’il est incapable
de résoudre ses propres problèmes.
Son mode de vie repose sur l’apparence : il
continue à dépenser plus qu’il ne possède, accumule les dettes et tente de
maintenir son statut par des moyens détournés.
Pourtant, contrairement à
Crispin, Valère ne fait preuve d’aucune initiative personnelle pour améliorer sa
situation.
Il incarne ainsi une noblesse passive, qui attend des solutions
extérieures, notamment par le mariage ou par l’aide d’autrui.
Cette
représentation critique de l’aristocratie s’appuie sur une....
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