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comment améliorer la démocratie: le problème des fake-news

Publié le 21/05/2026

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« Les fake news menacent-elles le débat public ? • Société Publié le 18 octobre 2018 Temps de lecture 20 minutes Par : Romain Badouard - maître de conférences à l’université de Cergy-Pontoise et chercheur au sein du laboratoire AGORA Si l’internet permet d’accéder à une masse considérable d’informations, il est aussi devenu un canal de diffusion de fake news.

En quoi ces fausses nouvelles diffèrent-elles des autres formes de désinformation qui se sont toujours propagées sur le web ? Pourquoi les internautes partagent-ils ces informations ? Comment lutter contre ce phénomène ? Sommaire 1.

L’essor des fake news et ses spécificités 2.

Pourquoi partager des fake news ? 3.

Comment lutter contre les fake news ? LA désinformation sur internet a pris une telle ampleur ces dernières années qu’elle est devenue un véritable problème de société.

Les controverses récentes autour de la propagation des fake news – orientent-elles les votes lors des scrutins ? Faut-il légiférer en la matière ? – en sont un exemple éloquent.

Ces “fausses nouvelles” ont en effet suscité craintes et indignations, au point d’être érigées en véritables menaces pour le débat démocratique. Elles ont notamment été accusées d’avoir influencé les comportements des électeurs lors des référendums sur le Brexit au Royaume-Uni et sur l’indépendance de la Catalogne en Espagne, ainsi que d’avoir profité au candidat républicain lors de l’élection présidentielle américaine de 2016.

Face à cette menace d’un nouveau genre, de nombreux pays, au rang desquels la France, légifèrent sur la question afin de réglementer plus fermement la circulation des informations sur les réseaux sociaux. Que désigne-t-on exactement par le terme de fake news ? Ces “fausses nouvelles” correspondent principalement à des contenus éditoriaux qui imitent des articles journalistiques dans le but de tromper le lecteur – le terme anglais de fake se distinguant de celui de false en ce qu’il introduit une dimension de contrefaçon.

Dans le débat médiatique, des contenus faux peuvent également circuler, sans être le fruit d’une manipulation – par exemple lorsqu’un journaliste fait une erreur ou relaie une déclaration trompeuse.

S’il s’agit également d’un cas de désinformation, on évitera d’utiliser le terme de fake news, celle-ci impliquant une intention de nuire. Cependant, les contenus mensongers qui visent à tromper les lecteurs ne sont pas nouveaux sur le web : les hoax (canulars) et autres théories du complot y circulent massivement depuis les débuts de l’internet grand public.

Qu’y a-t-il de réellement nouveau derrière ce phénomène des fake news ? Les inquiétudes qu’elles suscitent sont-elles fondées ou faisons-nous face à une nouvelle “panique morale” ? Dans cet article, nous allons nous intéresser aux enjeux démocratiques de la propagation des fausses nouvelles.

Nous verrons que, si elles peuvent effectivement s’ériger en obstacle à la bonne tenue du débat public, les solutions pour les contrer ne vont pas sans écueils, et peuvent également présenter des risques pour la liberté d’expression. L'information à l'heure du numérique Revue Cahiers français - n° 406 - Septembre-octobre 2018 L’essor des fake news et ses spécificités Le phénomène que l’on désigne par le terme de fake news peut présenter trois caractéristiques qui le distinguent des précédentes formes de désinformation en ligne. La manipulation à des fins politiques La première de ces caractéristiques réside dans l’usage très fréquent des fake news à des fins de propagande politique.

Aux États-Unis comme en Europe, des individus ou des réseaux structurés, souvent situés à l’extrême droite du spectre politique, ont recours à la production de rumeurs pour disqualifier leurs adversaires politiques et sensibiliser les internautes à leurs thématiques de prédilection.

Cette pratique semble avoir pris une ampleur sans précédent, notamment lors des campagnes électorales américaine de 2016 et française de 2017. Une analyse quantitative, réalisée par la société Bakamo et portant sur huit millions de liens partagés sur Twitter et Facebook pendant la présidentielle française, était par exemple parvenue à la conclusion qu’un quart de ces liens correspondaient à des tentatives de désinformation (The Role and Impact of Non-Traditional Publishers in the 2017 French Presidential Election, www.bakamosocial.com). Précisons ici que si ces fausses informations sont produites à des fins de propagande, afin d’influencer le comportement des électeurs en période électorale, rien n’indique qu’elles aient eu un véritable impact sur l’opinion du public.

Certaines études tendent plutôt à démontrer le contraire. Une enquête réalisée en 2014 aux États-Unis sur la publicité politique sur Facebook avait ainsi démontré que les électeurs qui y avaient été exposés ne retenaient pas davantage que les autres les noms des candidats, ni ne modifiaient leurs intentions de vote (Davis E.

Broockman et Donald P. Green, “Do Online Advertisements Increase Political Candidates’ Name Recognition or Favorability?”, Political Behavior, vol.

36, n° 2, juin 2014).

La plupart d’entre eux ne se souvenaient même pas d’avoir été exposés à une publicité politique. De manière générale, les études sur la propagande électorale ont tendance à montrer que celle-ci a un effet limité, en touchant d’abord des électeurs politisés et convaincus, venant ainsi les conforter dans leurs opinions. L’industrialisation de la production La deuxième caractéristique des fake news a trait à l’industrialisation de leur mode de production, qui s’appuie sur le modèle économique des réseaux sociaux.

Dans certains cas, la diffusion à grande échelle de ces fausses nouvelles aura même pour unique but de générer des revenus publicitaires. Une plateforme telle que Facebook, par exemple, tire l’essentiel de ses revenus (plus de 40 milliards de dollars en 2017) de la vente d’espaces publicitaires sur les fils d’actualités de ses usagers.

Sa principale force sur le marché publicitaire en ligne est de proposer aux annonceurs de cibler un public en fonction de ses caractéristiques démographiques (âge, sexe ou lieu d’habitation par exemple), de ses préférences culturelles (goûts musicaux ou littéraires) ou de ses comportements d’achat, en fonction des données que la plateforme récupère sur les internautes. Dans ce contexte, Facebook peut servir de courroie de transmission à des producteurs de fausses informations pour toucher un large public.

En mettant en ligne des sites de fausses nouvelles sur lesquels ils hébergent de la publicité, puis en diffusant sur Facebook des liens vers les articles en question, ils vont parfois réussir à faire venir en masse des internautes sur leurs propres sites, et donc à générer des revenus publicitaires.

Des journalistes du site Buzzfeed avaient ainsi rendu compte de la manière dont des adolescents, en Macédoine, avaient touché jusqu’à 5 000 dollars par mois en diffusant des fake news pro-Trump sur le Facebook américain lors de la campagne présidentielle américaine (“How Teens In The Balkans Are Duping Trump Supporters With Fake News”, Buzzfeed, 4 novembre 2016). Les fake news constituent ainsi des produits informationnels particulièrement compétitifs sur le marché de l’information que représentent aujourd'hui les réseaux sociaux.

Parce qu’elles génèrent de l’engagement, c’est-à-dire qu’elles suscitent des clics, des partages et des commentaires, elles contribuent à la croissance économique des plateformes.

C’est d’ailleurs pour cette raison que ces dernières ont été suspectées d’entretenir la propagation des fausses nouvelles.

Que ces accusations soient fondées ou non, il apparaît assez clair que l’augmentation conséquente des fausses nouvelles en ligne est directement liée au modèle économique des plateformes de réseaux sociaux ainsi qu’aux algorithmes qui régissent les plateformes – dans la mesure où plus un contenu fait réagir les internautes, plus il remonte dans la hiérarchie des contenus. Un nouveau marché de l’information Le troisième élément caractéristique du phénomène des fake news, qui est davantage un élément de contexte mais explique en grande partie les proportions qu’a prises la controverse autour de cette question, est le rôle joué par les réseaux sociaux sur le marché de l’information aujourd'hui. Les plateformes comme Facebook et Twitter ont été créées pour permettre à leurs usagers d’interagir et de partager des contenus personnels.

Mais au fur et à mesure que le nombre de ces usagers a grandi (Facebook compte aujourd'hui plus de deux milliards d’inscrits) et que ceux-ci ont utilisé ces réseaux pour partager des informations d’actualité, ces plateformes sont devenues des acteurs incontournables pour les médias en ligne, dans la mesure où elles leur fournissent une part importante de leur lectorat.

Les réseaux sociaux jouent ainsi un rôle primordial dans les pratiques de consommation d’information, notamment pour les plus jeunes. D’après le Digital News Report 2017 du Reuters Institute, qui étudie le marché de l’information en ligne dans 36 pays différents, les réseaux sociaux sont devenus la principale source d’information des 18-24 ans, tous pays confondus.

Cette évolution est importante dans la mesure où, sur ces plateformes, les fausses nouvelles deviennent des concurrentes directes des contenus produits par les médias traditionnels. Si le phénomène que nous connaissons aujourd’hui présente des caractéristiques qui le différencient des rumeurs traditionnelles, le terme de fake news englobe des pratiques pour le moins disparates. Selon Claire Wardle, chercheuse à l’université américaine de Harvard et directrice d’un rapport remis au Conseil de l’Europe à l’été 2017, il est préférable de ne pas utiliser ce terme qui est inapproprié pour décrire le phénomène complexe de la “pollution de l’information” et ne couvre pas l’ensemble des désordres susceptibles de se produire.... »

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