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M1, UE 3Humanités numériquesLe

Publié le 08/12/2021

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M1, UE 3

Humanités numériques

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M1, UE 3

Humanités numériques

Le journalisme à l'épreuve du numérique

RENAUDET Maxime

M1 Lettres Modernes – Parcours éditions littéraires



Sommaire

Introduction 3

I. Le journalisme numérique ou la nécessité de polyvalence4

A : Le journaliste : toujours plus compétent ?4

B : Toujours plus compétent mais toujours moins de temps5



II. Journalistes 2.0, qui sont-ils ? 6

A : La figure du journaliste « hacker »6

B : Le community manager7

C : Le journaliste participatif8

III. Les nouveaux formats d'information 9

A : Le blog, symbole par excellence du journalisme numérique 10

B : Les pure players 11

C : Les live 11

Conclusion12

Notes 13



A l'arrivée d'Internet au début des années 90, la société toute entière a muté, entrant dans une nouvelle ère. Marc Mentré, responsable de la filière journalisme à l’École des métiers du journalisme, rappelle à juste titre que cette technologie représente la quatrième révolution1. Elle fait suite à l'invention de l'écriture, première révolution du nom, puis à celle de l'alphabet et enfin celle de l'imprimerie. Il rajoute que l'invention d'Internet « a provoqué l'un de ces changements de paradigme qui font que, soudain, les institutions les mieux établies, les usages les plus partagés sont frappés d'obsolescence et tombent dans l'oubli, alors que naissent une nouvelle forme d'économie, de nouveaux types d'entreprise, de nouvelles formes de socialisation, etc. » Évidemment, la presse internationale n'a pas échappé à ces changements de paradigme et ce, au point de devoir se renouveler et s'adapter une énième fois.

En effet, après avoir « survécu » à la naissance de la radio (à la toute fin du XIXe siècle) et à celle de la télévision (vers 1930), la profession a dû faire face à l'émergence de nouvelles technologies majeures. En effet, les mini-ordinateurs sont entrés dans les groupes de presse dès les années 1970. Ils permettaient alors de numériser des textes, s'associant à la photocomposeuse, en même temps qu’ils géraient des réseaux de terminaux au sein de la rédaction. Ensuite, dans les années 1980, la presse voit apparaître les micro-ordinateurs, accessibles au plus grand nombre, tant sur le lieu de travail qu'à domicile. Enfin, le développement du numérique s'est aussi fortement appuyé sur les différentes générations de satellites, tout en bénéficiant de la miniaturisation de nombreux des caméras, des appareils photo-numériques ou les téléphones mobiles.



Finalement, toujours selon Marc Mentré, l'apparition de ces nouvelles technologies a logiquement « bouleversé l'environnement professionnel des journalistes » et ce, sur plusieurs points :

– le rapport aux sources, modifié par l'éclosion des réseaux sociaux, et de nouveaux outils de connaissance comme Wikipedia ;

– le rapport avec les internautes, bien différent de celui avec les lecteurs ;

– le rythme de fabrication et de diffusion des informations puisque le web est un flux continu d'informations ;

– le nombre et le type de supports ;

la narration ;

le traitement de l’information, sans doute plus engagé qu'auparavant ;



Nous aborderons ces différents points tout au long de notre réflexion sur le journalisme numérique. Nous nous interrogerons sur la manière dont a évolué l'environnement professionnel des journalistes à l'ère du numérique.

Pour ce faire, nous consacrerons une première partie à l'évolution de la profession. Nous y évoquerons l'empilement des compétences que nécessitent les nouvelles technologies. Ensuite, nous nous attarderons sur les nouvelles formes de journalistes : hacker, community manager et participatifs. Nous verrons que ces derniers « questionnent les pratiques journalistiques et font bouger les frontières de la profession4 ». Enfin, nous nous attarderons sur les nouveaux formats d'écriture qu'a engendré l'émergence d'Internet, à savoir : les blogs, les pure players, mais aussi les live. Toute cette réflexion sera corroborée, en partie, par une lecture approfondie des Cahiers du journalisme, revue publiée par l'Ecole de Journalisme de Lille et co-publiée par l'Université de Laval au Québec.

I. Le journalisme numérique ou la nécessité de polyvalence



Avec l'avènement du numérique, le métier de journaliste a considérablement évolué, créant ainsi « la nouvelle frontière du journalisme5 », frontière qui peut paraître de plus en plus floue. Les nouvelles technologies numériques réclamant de nouvelles compétences aux journalistes, la profession a dû innover et se ré-inventer continuellement. En effet, en l'espace de vingt ans, les outils techniques du journaliste ont considérablement évolué et pas seulement du côté des ordinateurs. Toutes ces nouvelles technologies ont obligé les journalistes à s'adapter et à développer un socle de compétences accru. Néanmoins, cette évolution numérique et digitale pose une question majeure dans l'évolution du journalisme : Doit-on réclamer nécessairement au journaliste du XXIe siècle d'être multi-tâches et multi-supports ? Si oui, quels en sont les bienfaits et les risques ?



A. Le journaliste : toujours plus compétent ?



Même si la question de la polyvalence n'est pas tout à fait récente pour les journalistes, elle a pris une tournure bien différente avec l'entrée des nouvelles techniques de communication. Comme le souligne Marc Mentré le bloc de compétences initiales d'un journaliste, à savoir « disposer d’une excellente culture générale, maîtriser une ou plusieurs langues étrangères, savoir rédiger rapidement et bien, savoir travailler ses sources, savoir éditer et avoir une solide éthique6 », n'est plus suffisant pour le journaliste 2.0. Désormais, le journaliste doit pouvoir maîtriser une multitude de compétences, toutes liées à l'apparition du numérique. Yannick Estienne rappelle à juste titre que « L’expression à la mode « journalisme augmenté » traduit bien cette idée que le journaliste a désormais « plus de choses dans sa palette ». Le journaliste en ligne possède un niveau de polyvalence fonctionnel élevé, lié à la prise en charge d’une multitude de tâches techniques7 ».

En effet, on le voit, Internet a provoqué une immédiateté de l'information et c'est pourquoi les journalistes doivent avoir la capacité de traiter l'information dite immédiate, que ce soit sur les réseaux sociaux ou sur le web. Le journaliste doit aussi savoir maîtriser l'écriture multi-support, que ce soit le son, la photo, la vidéo mais aussi les logiciels de montages et de diaporamas. Toujours selon Marc Mentré, la maîtrise des outils de données statistiques est également un critère important. Enfin, il est également quasi-nécessaire d'avoir été sensibilisé aux langages de programmation, notamment l'HTML (Hypertext Markup Language). On l'aura donc compris, l'avènement de nouvelles technologies a profondément bouleversé le champ des compétences journalistiques, hybridant ainsi la profession dans tout son ensemble. Le journaliste polyvalent se rapporte donc « à la multiplication des supports développés par la totalité des médias, mais aussi à la multi-compétence qui leur est demandée (rédacteur et photographe, rédacteur et vidéaste, journaliste caméraman monteur, rédacteur assurant la mise en page de leurs propres articles autrement dit rédacteur et secrétaire de rédaction, etc.)8 ».

Néanmoins, outre le fait de devoir recruter des profils multi-tâche, les rédactions du XXIe siècle sont conscientes que « les journalistes et les informaticiens sont amenés à collaborer de plus en plus étroitement9 ». De cette manière, les rédactions sont parvenus à anticiper avec réussite l'évolution permanente d'Internet mais aussi l’obsolescence des outils technologiques, ces derniers étant continuellement en mutation au cours des vingt dernières années. Rien qu'en analysant rapidement l'évolution graphique des sites web, ou celle des journaux et magazines, on remarque que les médias doivent toujours innover et proposer un contenu informationnel attractif. Il n'est donc pas étonnant que les rédactions fassent appel à de purs codeurs et de purs graphistes, alors même que les compétences des journalistes sont appelées à être toujours plus élargies. En effet, même s'il est de plus en plus aisé de trouver des journalistes polyvalents, ces derniers sont plus souvent des professionnels de l'information que des techniciens.



B. Toujours plus compétent mais toujours moins de temps



Malgré tout, ce désir d'empilement de compétences contient plusieurs limites, d'ordre technique notamment puisque les nouveaux outils technologiques sont constamment soumis à une obsolescence toujours plus rapide. Ainsi, «  tel logiciel qui

était le nec plus ultra en début de formation est obsolète deux ans plus tard ou tel réseau social réputé « incontournable » ne l’est plus après quelques mois10 ». On comprend donc aisément que les journalistes en poste peuvent difficilement suivre ces évolutions technologiques, notamment en terme de temps et d'argent. D'autre part, ce qui pose doublement problème au sein des rédactions, c'est l'absence de clarté dans ce qui est demandé aux journalistes et le temps disponible pour assurer successivement ces multiples tâches. Aujourd'hui, les journalistes doivent être toujours plus rapides et réactifs vis à vis de l'information à traiter et nombreux sont ceux à se plaindre du manque de temps pour écrire un article. En effet, le web a élargi le temps de l'information mais à contrario, le temps de rédaction s'est quant à lui réduit. Il est donc de plus en plus difficile d'obtenir de sa rédaction plusieurs semaines d'enquêtes pour un seul et unique article, encore plus quand il s'agit d'un article qui sera consultable gratuitement sur le web.

Heureusement, grâce à Internet et aux nouvelles technologies, « des fonctions et des métiers hybrides font leur apparition11 ». C'est ce que nous allons voir par la suite, à travers trois nouvelles formes de journalistes que les nouvelles technologiques ont faites éclore au cours des deux dernières décennies.











II. Journalistes 2.0, qui sont-ils ?



En réclamant au journaliste d'étendre ses compétences et son bagage technique, les humanités numériques ont également poussé la profession à se ré-inventer. Logiquement, de nouvelles formes de journalistes ont fait surface, journalistes dont les profils collent aux particularités et aux exigences du numérique. Nous évoquerons donc trois nouveaux types de journalistes via les figures du journaliste « hackers », du community manager et celle du journaliste participatif. Pour autant, ces nouvelles professions, toutes les quatre ancrées dans les rédactions du XXIe siècle, doivent-elles être considérées comme du journalisme ?



A. La figure du journalisme hacker



Dans la société française actuelle, l'anglicisme hacker fait référence à un individu qui use de ses connaissances en sécurité informatique pour en exploiter les faiblesses. Pourtant, la définition première de ce terme renvoie à un « informaticien qui crée, analyse et modifie des programmes informatiques pour améliorer ou apporter de nouvelles fonctionnalités à l'utilisateur12 ». C'est cette seconde définition que l'on doit garder à l'esprit lorsqu'on évoque le cas des journalistes « hackers ». Quoique encore très rares et peu connus du grand public, ils ont eux-aussi fait irruption dans le paysage journalistique à l'avènement de l'ère numérique. Aux Etats-Unis, au moins une formation universitaire apprend à des développeurs, à devenir journalistes, et inversement. A contrario, en France, aucun cursus ne propose ce type de formation.

Au sein d'une rédaction, leur rôle est encore flou et marginal par rapport au reste de la rédaction. Néanmoins, avec l'essor du numérique, leur présence est un avantage non négligeable, notamment dans le journalisme d'investigation. Leur objectif est de « développer des applications et trouver des solutions brillantes à des problèmes techniques13 » . Plus concrètement, il code pour extraire des données d'un document ou d'une base de données qui n'est pas exportable en l'état. Par la suite, le journaliste hacker est amené à confier ces données à un autre journaliste pour que celui-ci s'en serve afin d'enrichir un article ou une enquête. L'utilité du hacker au sein d'une rédaction réside donc dans le fait de « rendre son article plus intéressant, à partir des outils qui sont disponibles14 »

Ainsi, au sein des rédactions, « une communauté de développeurs devient progressivement porteuse d’une proposition forte sous-tendue par une théorie de l’information entendue comme traitement de données, et qu’elle entend contribuer à diffuser au sein des pratiques journalistiques15 ». Il revient donc à ces programmeurs d'enclencher une démarche d'échanges et de constitution de projets avec les journalistes de leur rédaction. Ainsi, si les journalistes hackers veulent s'imposer dans le monde du journalisme, ils doivent se saisir «  progressivement des journalistes, de leurs projets, qu’ils élaborent des propositions16 ». Pis, ils doivent montrer ce qu'ils « peuvent apporter à une partie de la rédaction, tant en matière de recherche de bases de données, d’extraction et de traitement d’information, d’accompagnement et de gestion de projet ou encore de visualisation et de mise en ligne de contenus et d’articles17 ». Néanmoins, même si la démarche rédactionnelle entre programmeurs et journalistes semble unilatérale, il faut noter « un intérêt croissant des programmeurs pour le monde de la presse, et réciproquement : certains journalistes qui programmaient en dehors de leur travail trouvent cela pertinent pour leur activité journalistique18 »

Finalement, l'émergence de la figure de journaliste « hacker » pose plusieurs questions à la profession. La première est à nouveau celle des frontières de « l'identité professionnelle journalistique, ses compétences, ses pratiques mais aussi ses valeurs dans la lignée des remises en cause à l’oeuvre par l’intermédiaire de l’essor des rédactions web19 ». La deuxième question porte sur les attentes vis-à-vis des hackers, celles-ci n'étant pas réellement claires au sein des rédactions. Selon plusieurs nouveaux venus dans la profession, ces attentes apparaissent peu précises et donc, les « hackers » sont souvent marginalisés au sein même des rédactions. La troisième et dernière question repose quant à elle sur les motivations des programmeurs à intégrer une rédaction. Le font-ils par volonté de réinventer en partie le journalisme ? Ou le font-ils pour privilégier des services aux citoyens ? Difficile de répondre à ces questions tant le champ de recherches sur ce sujet est encore très faible. Néanmoins, une chose est sûre, le journaliste 2.0 a besoin d'experts en matière d'informatique. Reste à savoir s'il faut recruter ou développer, l'avenir devrait nous le dire.



B. Le community manager



Le terme de community manager – animateur de communauté en français – a fait son entrée dans le dictionnaire Larousse cette année, prouvant ainsi que cette appellation est bel et bien entrée dans la langue de Molière. Dans le journalisme actuel, la tâche du community manager « consiste à vérifier et mettre en contexte la parole des amateurs, tout en les valorisant pour les inciter à continuer à contribuer20 ». Ainsi, en lien étroit et constant avec les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, LinkedIn, Instagram, Pinterest) il a pour rôle premier de recruter des contributeurs qui sont spécialistes d’une « question, d’une région, d’une thématique particulière21 ». Ensuite, le community manager a pour objectif de faire le lien constant entre la rédaction et les usagers. Lorsque ces derniers sont considérés comme contributeurs extérieurs, ils ont pour objectif de délivrer leur analyse sur le sujet en question, sujet qui sera traité par un ou plusieurs journalistes au sein d'un article. Le community manager met alors en forme brièvement ce qu'il reçoit de la part des contributeurs : « situation du témoignage, éléments de contexte à l’attention du lecteur, mise en relation du document avec d’autres sur le même sujet22 ».

Evidemment, d'autres rôles lui sont confiés, au gré des rédactions : diffusion des contenus sur les réseaux sociaux, modération des commentaires ou organisation des relations publiques. Néanmoins, on constate que « l'activité d'écriture est absente ou quasi-absente du travail de l’animateur de communauté qui doit avant tout se tenir informé des nouvelles les plus récentes par un système de veille, puis vérifier et éditer les témoignages qu’il reçoit sur la plateforme du média dédiée à ce service23 »

On l'a donc compris, les tâches du community manager se déroulent essentiellement derrière un ordinateur, et même derrière les réseaux sociaux de sa rédaction. A la suite de ce constat relativement simple, une question émerge : La profession de community manager, doit-elle être considérée comme une forme de journalisme ? La réponse n'est évidemment pas si simple que cela et nécessite plusieurs longues réflexions que nous ne développerons pas toutes ici. Néanmoins, il paraît utile de rappeler que la grande majorité de ces community manager détient sa carte de presse. Tous n'ont pas été recrutés en tant que journalisme à proprement parlé, mais il paraît évident que la « fibre journalistique » est un pré-requis nécessaire à leur embauche. Dans un article de Mégane Guillaume, pour le site Journalismesinfo, différents animateurs de communauté ont répondu à cette question épineuse, en voici quelques réponses : « Au Monde, « on est journaliste avant tout », affirme Clément Martel qui fait partie d’une équipe de 3 personnes dédiée à la gestion des réseaux sociaux. Pour Marc Pédeau de Slate, le social media est finalement une spécialité journalistique24 ».

Avec ce dernier exemple, on comprend que le community manager n'est pas simplement présent en salle de rédaction pour augmenter l'audience de son employeur via les réseaux sociaux. Même si sa tâche d'écriture reste très mince, en comparaison avec les « vrais » journalistes, il n'en reste pas moins un journaliste à part entière, journaliste qui est devenu indispensable à l'ère du numérique. Pour conclure, on notera que deux écoles françaises de journalisme proposent la spécialité de community manager, l'EFJ à Levallois-Perret et le CFJP à Paris. Parmi ces deux écoles, seule la seconde est reconnue par la profession, preuve que la métier de community manager n'est pas encore reconnu en tant que tel par ses pairs.



C. Le journaliste participatif



Là encore, depuis le milieu des années 2000, les médias d'information se sont peu à peu convertis au participatif. Ce terme renvoie à « l’intervention de non professionnels dans la production et la diffusion d’informations d’actualité sur l’Internet25 » Pourtant, jusqu'ici, les journalistes traditionnels « alternaient plutôt entre scepticisme et franche hostilité à l’égard de ce qui brouillait les lignes entre le « vrai » journalisme, et les diverses formes de « contenus » ou d’expression libre sur Internet26 ».

Malgré tout, lnternet a permis aux lecteurs de pouvoir s'exprimer à leur tour sur l'actualité ou sur des sujets qui les passionnent. Ainsi, en 2005, après l'apparition des blogs et des plateformes de partage de contenus culturels, « une étape importante est franchie avec la création, en France, d’Agoravox, qui se présente comme le premier média citoyen27 ». En parallèle, on note l'émergence d'une toute nouvelle génération de sites d'information lancés par des journalistes qui sont issus de la presse écrite, sites qui sont largement ouverts aux contributeurs extérieurs (LePost, Rue89, Mediapart).

Ces contributeurs extérieurs sont donc de plus en plus présent dans le paysage journalistique, que ce soit sur des sites de médias (comme on l'a vu via les community manager), sur des plateformes participatives ou même sur des blogs personnels (ce que nous verrons dans notre troisième et dernière partie). Les contributeurs extérieurs sont devenus nécessaires aux rédactions et donc complémentaires des journalistes. Ainsi, les contributions extérieures représentent une « matière informative originale qui vient s’ajouter à celle produite dans les espaces du journalisme professionnel, sur l’Internet comme sur d’autres supports28 »

Néanmoins, il est utile de cerner qui sont ces « rédacteurs citoyens » et quelles sont leurs motivations à participer au partage de l'information. Le premier constat réside dans le fait que ces rédacteurs extérieures appartiennent à une frange de la population bien précise. Parmi eux, on dénombre de nombreux étudiants, des individus travaillant dans la presse ou dans les beaux-arts, mais aussi des chercheurs, des docteurs, des professeurs et quelques ingénieurs. On constate donc que la majorité des contributeurs extérieurs appartiennent aux catégories socioprofessionnelles intellectuelles et supérieures. Mais, en plus de cela, « c’est une habitude plus générale de l’expression d’idées, ainsi qu’un intérêt marqué pour la vie publique et les médias. […] C’est donc à l’intérieur d’une frange sociale extrêmement resserrée que des individus se montrent actifs en matière de création d’articles29 »

Heureusement, les contributeurs extérieurs n'ont pas toujours la simple casquette de rédacteur puisqu'ils participent parfois à l'analyse de documents extrêmement longs et fournis. C'est notamment le cas du Guardian, quotidien anglais de premier plan, qui a appelé ses lecteurs à participer à leur enquête sur des notes de frais de députés, ce qu'on appelle du crowdsourcering. La rédaction leur a donc fourni les documents à éplucher (500 000 dans ce cas précis) et à chaque anomalie trouvée, les lecteurs faisaient remonter l'information à la rédaction. De cette manière, le Guardian a pu gagner un temps considérable en faisant appel au participatif. Et, dans ce cas précis, les contributeurs ne sont pas considérés comme des journalistes mais plutôt comme des aides à l'investigation.

Malgré tout, on note encore une profonde réticence à l'égard du journalisme participatif et aux contributions des non-journalistes en général. Pour bon nombre de professionnels, ces contributions sont une « remise en cause de l'identité même de leur profession30 ».

Pourtant, à l'ère du tout numérique, les contributions extérieures apparaissent quasi-indispensables dans le traitement objectif de l'information, c'est par exemple le cas des journalistes témoins dans les pays en guerre. Mais, dès lors que ces contributions empiètent sur le métier du « vrai » journaliste, celui-ci est réticent. Ces nombreuses réticences à l'égard des non-journalistes « ne sont pas sans rappeler celles qui perdurent vis-à-vis de la cohabitation entre rédactions web et rédactions papier dans bon nombre de médias31 ».





III. Les nouveaux formats d'information



Dans cette troisième et dernière partie, nous allons évoquer les nouveaux formats d'information présents sur le web. Ce dernier a mis en lumière « une volonté d’explorer un nouvel état d’esprit et de nouvelles manières de restituer les faits et de raconter des histoires32 ». Mieux, le web a permis aux journalistes de donner libre cours à leur inventivité, leur permettant ainsi de « travailler dans un nouvel environnement – économique et informationnel – pour produire de nouveaux formats d’information innovants, comme les web-documentaires ou les live des sites33 » . Nous évoquerons donc quatre nouveaux formats journalistiques : les blogs, les pure players et les live.



A. Le blog, symbole par excellence du journalisme numérique



Comme nous l'avons vu précédemment, Internet a permis à tous les internautes de s'immiscer assez aisément dans le champ du journalisme. Les blogs, qu'ils soient tenus par des amateurs ou des professionnels du journalisme, participent activement aux nouveaux formats d'information, incluant souvent une certaine dose de subjectivité, à rebours des médias conventionnels.

Apparus à la fin des années 1990, les blogs se sont multipliés depuis, à tel point qu'en 2006, on en dénombrait plus de 27 millions. Le blog, «  nouvel outil de communication qui ressemble à un carnet d’actualité, de faits ou d’opinions ante-chronodaté34 ». Selon Iannis Pledel, le blog présente deux caractéristiques majeures. La première réside dans la « possibilité d’exploiter tous les contenus multimédias et de les publier de manière simple et rapide35 ». La seconde réside dans le fait que «  ces contenus sont susceptibles de recevoir des commentaires publiés instantanément par des internautes36 ».

Alors que le blog était d'abord une sorte de journal intime, la possibilité d'y ajouter des contenus divers (vidéos, photos, podcasts sonores) a largement favorisé l'émergence de blogs d'informations et d'actualité. En effet, grâce à ces liens, «  La lecture ne se réalise plus forcément de manière horizontale mais verticale, ce qui est une grande nouveauté car il est possible d’approfondir sa lecture et de réaliser un travail de sourcing et de vérification instantanée37 ».

De plus, la facilité d'utilisation de cet outil permet aux internautes de publier rapidement et aisément un billet ou un article. En ce sens, il est logique que les blogs « s’affichent dans les mentalités et dans les discours comme l’échappatoire à un journalisme mass-médiatique jugé de manière souvent négative et critiqué pour son manque d’information citoyenne, voire sa désinformation38 ».

Néanmoins, la majorité des blogs reprend des informations déjà traitées dans la presse traditionnelle sur Internet. De ce fait, les blogueurs « commentent et diffusent des opinions personnelles en plus, mais le socle des médias traditionnels sur lequel ils se basent imprègne leur discours39 ».

En parallèle, de nombreux journalistes ont désormais leur blog personnel. Et mieux, de nombreux médias traditionnels se sont transformés en hébergeurs de blogs, que ce soit Le Figaro (avec Route 44, Suivez le geek, Bruits de musique, etc.) ou Le Monde (avec Africamix, Au tapis, Au fil du Bosphore). Malgré tout, ces derniers sont consultés par une frange assez faible d'internautes, ces derniers préférant se diriger vers des blogs moins « franchisés ».

On remarque donc que « blogs repoussent les frontières du journalisme qui semblent malléables41 ». De ce fait, les journalistes ont quelque peu perdu leur monopole de l'expression publique écrite puisque le blog est un outil qui permet aux internautes de se passer de la presse traditionnelle pour s'informer. Les blogs ont donc tendance à se positionner à rebours des sites d'information classique. Mais cette tendance peut paraître dangereuse, notamment pour les professionnels. En effet, une enquête menée dans plusieurs écoles de journalisme a montré que d'une part « les étudiants en école de journalisme jugent de manière sévère les productions des blogueursen comparaison de celle des journalistes professionnels, d’autre part que les enseignants portent un regard négatif sur ces productions41 ». C'est dire la considération à l'égard des blogueurs...

B. Les pure players



Une fois encore, le milieu des années 2000 a été productif en terme de nouveau formats journalistiques puisqu'on note également l'apparition des pure players. Ces derniers sont des sites web d'information sans édition papier. Ils ont d'abord fait leur apparition aux Etats-Unis, avec Salon et Slate, deux des pure players les plus connus outre-Atlantique. Mais, en France aussi les pure players se sont peu à peu démocratisés : Le Huffington Post, OWNI, Atlantico, Rue89, Konbini, StreetPress ou encore, le plus connu de tous, Mediapart.

Bien souvent, ces pure players ont été créés par des anciens de la presse écrite42 ». La particularité de ces médias réside dans l'idée de proposer une information alternative, prenant le web comme lieu d'expression adéquat. Ainsi, ces rédactions « mettent en place des cellules où les journalistes travaillent avec des développeurs et avec des graphistes. Ils oeuvrent à créer quelque chose de différent, ce qu’on pourrait appeler des articles augmentés43 » Ces derniers sont à la croisée entre le reportage, le documentaire, l'enquête, y incluant bien souvent des infographies ou des documents qui permettent aux journalistes d'étayer leurs propos et de prolonger le débat.

Ainsi, si l'on prend l'exemple de Mediapart, en mettant de côté son aspect « vengeur masqué », on remarque que ce pure player s'attache constamment à justifier ses déclarations et ses prises de position en donnant à voir les documents qu'il a utilisés. Une autre caractéristique de ces médias alternatifs réside, on l'a vu précédemment, dans l'idée de participation. De ce fait, les internautes sont là-aussi amenés à participer et proposer des sujets, articles, billets d'humeur.

On l'aura compris, ces pure players ont pour ambition de proposer un journalisme différent qui repose sur un système d'investigation lui-aussi différent. C'est le cas du site StreetPress, qui se considère comme un magazine (online) urbain. Chaque année depuis trois ans, ce site propose une formation gratuite au journalisme digital pour les 20-30 ans. Cette formation d'un an, gratuite, innovante et unique en France est même labelisée Grande Ecole du Numérique. C'est dire l'importance accordée à ce nouveau type de journalisme digital, qui mêle savoir faire numérique et savoir faire journalistique.

Néanmoins, les pure players ne sont pas toujours très fournis tant leur contenu est parfois maigre et se limite à la simple reprise d'une vidéo « buzz » ou d'une information people sans intérêt. De plus, ce type d'articles se cachent souvent derrière un titre tape à l'oeil, titre écrit pour maximiser le nombre de clics, une pratique de plus en plus répandue sur les sites web d'actualité.



C. Les live



Depuis une petite dizaine d'années, en radio et télévision, sont apparues des chaînes d'information en continu. Cette apparition, qui est due à la quasi-immédiateté de l'information, s'est également produite au sein des médias de presse comme Le Monde ou Le Figaro. Ces derniers, lors de crises ou d'événements forts, créent alors des live sur leur propre site afin de suivre en temps réel l'avancée de l'événement en question. C'est notamment le cas ces dernières années lors d'attentats, de prises d'otage ou même d'élections présidentielles. Au cours de ses live, les journalistes donnent des informations en temps réel et propose aux internautes de leur poser des questions afin d'étayer cette production. Ainsi, n'importe quel usager peut suivre ce direct, que ce soit sur son ordinateur, sa tablette ou bien son smartphone, tout en y participant via un jeu de questions-réponses.

Autre type de live très récent, celui des live tweet, sur le même principe que ceux cités plus haut, à la différence que Twitter fragmente la parole des journalistes et l'oblige à se restreindre à un nombre maximum de signes (140). L'avantage de ce type de live réside dans le fait qu'un tweet, par la présence de hashtags, peut renvoyer à plusieurs autres publications instantanées, créant ainsi une sorte de microcosme informationnel. Le système de Twitter permet là-aussi aux internautes de suivre en temps réel une actualité, de la commenter et la questionner. Les live tweet sont généralement produits par des médias ou un journaliste en particulier. Là-encore, ces live prennent souvent comme sujet des événements marquants, et plus récemment, des événements sportifs en direct. Néanmoins, ces live posent des questions « de validation de contenus produits par des journalistes, mais aussi des divers contributeurs qui vont les rejoindre43 »

Enfin, pour terminer, on évoquera rapidement une tendance encore plus récente, celles des live Facebook. En effet, depuis le début de l'année, le réseau social américain permet de diffuser des vidéos en direct. Cette fonctionnalité a rapidement été reprise par les médias : 20Minutes, Eurosport, RMC, Le Parisien ou encore Europe 1. Cette fonctionnalité permet à son tour aux journalistes d'interagir avec ses lecteurs et internautes habituels via le prisme des questions-réponses. Ce dernier exemple montre bien le désir perpétuel des médias de donner la parole aux internautes, parole qui est de plus en plus importante sur le web. Cependant, avec cette notion de live, on remarque que le discours médiatique devient de plus en plus fragmenté et que son contenu devient, lui, de plus en plus condensé.





En guise de conclusion, il est utile de rappeler qu'Internet constitue bel et bien un dispositif hybride, « tout à la fois espace de publication et outil de communication interpersonnelle, qui rend possible le passage d’une simple discussion autour de l’actualité à la recommandation concrète et immédiate des informations45 ». En ce sens, les médias numériques représentent un laboratoire d'innovations, tant sur le plan éditorial que sur le plan technique. Cependant, « Tous les grands bouleversements apportés par les nouveaux médias à leur époque (radio, cinéma, télévision, télématique) ont manifesté des

limites par rapport aux idéaux qu’ils promettaient46 ». Avec le numérique, de nombreux idéaux sont mis en avant et nous les avons vus : objectivité, parole donnée aux internautes, multiplication des supports, élargissement de l'information. Cependant, ces idéaux sont perpétuellement remis en question par l'évolution du numérique et par l'élargissement toujours plus grand du nombre d'acteurs de l'information.

Notes

1. Marc Mentré, « Formations au journalisme : placer l’innovation au cœur des cursus » dans les Cahiers du journalisme. N°22-23, 2011, p.1

2. Nicolas Pelissier, Nicolas Romain, « Journalisme de presse écrite et nouveaux réseaux d'information » dans les Cahiers du journalisme. N°5, 1998.

3. J-C Delgenès, Georges Patriquet, Marion Denneulin, 2010-2015 : Changements et évolutions des métiers du journalisme. Technologia, 2015, p.5

4. Yannick Estienne, « Introduction » dans les Cahiers du journalisme. N°22-23, 2011, p.2

5. Ibid.

6. Marc Mentré, ibid, p.9

7. Yannick Estienne, ibid, p.9

8. J-C Delgenès, Georges Patriquet, Marion Denneulin, ibid, p.38-39

9. Yannick Estienne, ibid, p.10

10. Marc Mentré , ibid, p.160

11. Yannick Estienne, ibid, p.7

12. https://fr.wikipedia.org/wiki/Hacker



13. Yannick Estienne, « Evolutions des pratiques journalistiques sur Internet : journalisme augmenté, data journalisme et journalisme hacker » dans les Cahiers du journalisme. N°22-23, 2011, p.137



14. Ibid, p.138



15. Eric Dagiral, Sylvain Parasie, « Portrait du journaliste en programmeur : l'émergence d'une figure du journaliste hacker » dans les Cahiers du journalisme, N°22-23, 2011, p.148



16. Ibid, p.151



17. Ibid.



18. Ibid, p.148



19. Ibid, p.145



20. Aurélie Aubert, « Le participatif perçu par les professionnels du journalisme : état des lieux » dans les Cahiers du journalisme. N°22-23, 2011, p.48

21. Ibid, p.49



22. Ibid, p.48

23. Ibid.



24. http://www.journalismesinfo.fr/Le-social-media-editor-un-journaliste-pas-comme-les-autres_a5761.html



25. Yannick Estienne, ibid, p.4



26. Ibid, p.4



27. Franck Rebillard, « Création, contribution, recommandation : les strates du journalisme participatif » dans les Cahiers du journalisme. N°22-23, p.28



28. Ibid, p.29



29. Ibid, p.31



30. Aurélie Aubert, Ibid, p.50



31. Ibid, p.51



32. Yannick Estienne, Ibid, p.10



33. Marc Mentré, Ibid, p.161



34. Iannis Pledel, « Blogs : les promesses d'un média à travers ses représentations collectives. Illusions ou réalités à portée de clic ? » dans les Cahiers du journalisme. N°22-23, p.252



35. Ibid, p.252-253



36. Ibid



37. Ibid, p.263



38. Ibid, p.255



39. Ibid, p.260



40. Ibid, p.261



41. Aurélie Aubert, Ibid, p.52



42. Yannick Estienne, Ibid, p.52



43. Ibid



44. Charon, Ibid, p.50

45. Franck Rebillard, Ibid, p.35



46. Iannis Pledel, Ibid, p.256

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