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Analyse - Du côté de chez Swann, Proust

Publié le 15/06/2026

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« Analyse linéaire INTRODUCTION À la Recherche du temps perdu est un cycle romanesque dont la publication s'échelonne de 1913 à 1927.

Un narrateur que l'on peut désigner sous l'appellation de « narrateur narrant » entreprend le récit rétrospectif de la vie d'un personnage, le « narrateur narré », qui découvre sa vocation d'écrivain. L'épisode des « clochers de Martinville », situé dans « Combray », de Du Côté de chez Swann constitue l'une des premières étapes essentielles de ce parcours : le narrateur narrant y relate comment, au cours d'une promenade dans la voiture du docteur Percepied, le narrateur personnage, alors adolescent, se trouve en présence d'objets d'inspiration qui se concrétisent par un acte de création.

On se demandera alors comment Proust met ici en scène l'acte de création et la jubilation qui en résulte.

Trois mouvements pourront être distingués : 1.

Le narrateur narrant présente un texte rédigé par le narrateur narré et les circonstances de son écriture (l.

1-5) 2.

Le texte écrit par le narrateur narré placé entre guillemets comme un corps étranger au récit principal (dans lequel on pourra distinguer bien sûr plusieurs étapes) l.

6-28 3.

Un épilogue sur la joie éprouvée à l'issue de la rédaction de ce « petit morceau » (l.

28-33). ANALYSE L'acte de création apparaît sous une forme contingente, dans des circonstances inattendues et inconfortables : c'est dans le mouvement improvisé au cours du trajet lui-même que la rédaction d’un « petit morceau » peut paradoxalement être effectuée. L'extrait s'ouvre sur un rappel anaphorique du passage précédent, dominé par la difficulté à percevoir ce qui « était caché » « derrière les clochers de Martinville » : le pronom démonstratif « ce » revient à de multiples reprises pour désigner un objet qui peine à prendre forme, que la plasticité référentielle du pronom tente d'approcher.

Les clochers qui constituent l'objet du réel qui a déclenché l'afflux d'émotions et l'intention d'écrire désignent et dissimulent simultanément ce que l'apprenti narrateur cherche à atteindre. La rédaction prend un caractère fortuit (« demandant un crayon et du papier au docteur ») et s'effectue dans des circonstances d'obstacles divers : matériels, comme l'indique le complément circonstenciel d'opposition « malgré les cahots de la voiture », qui insiste sur l'inconfort physique de l'écrivain, et moraux, le narrateur tirant d'un remords entreperçu l'énergie d'écrire. Ces obstacles sont finalement vaincus : « je composai ».

Le vocabulaire musical, repris par le substantif « morceau », qualifié par euphémisme de « petit », oriente vers le caractère poétique du texte qui suit, invitant le lecteur à observer ses effets de polysémie et de musicalité. En dépit de cette modestie affichée, le texte est incorporé à la narration principale comme l'une des premières manifestations du génie créateur du narrateur narré, ce qui lui confère reconnaissance et dignité.

Le narrateur affirme n'y avoir apporté « que peu de changements », la création s'offre ainsi en confrontation avec l'impuissance à écrire décrite jusque-là, sans que ces changements soient identifiables pour le lecteur. En donnant explicitement à lire un texte désigné comme le produit d'un autre « moi », le narrateur narrant offre au lecteur une mise en abyme de l'acte de création.

Franchissons donc les guillemets en nous demandant ce qui permet au narrateur adolescent cette fois de créer et comment son écriture se caractérise. Il y a d'abord l'invention d'un point de vue interne rétrospectif, celui qu'adopte le narrateur de toute la Recherche.

Le fait que la scène soit écrite comme si elle était achevée alors que le narrateur adolescent la rédige au cours de son déroulement met en relief cette invention. Ce point de vue permet de faire apparaître l'idée de composition caractérisée par un réseau de figures introduisant animation et mouvement. Ainsi, Les clochers de Martinville, motif central du passage, semblent s’élever grâce au verbe « montaient », comme s’ils accédaient à un monde idéal et à une forme de légèreté.

Le narrateur s’efface devant ce spectacle, tandis que les clochers, animés par les verbes d’action, paraissent vivants et traduisent indirectement les émotions du contemplateur. De plus, La temporalité agit à la fois sur les voyageurs qui rentrent à Combray au crépuscule et sur les clochers observés.

Bien qu’immobiles, ceux-ci paraissent se déplacer grâce à l’écriture, ce qui reflète imaginairement le mouvement de la diligence (« insensibles désormais aux heurts de la route et comme portés par un tapis volant ») , tandis qu’ils demeurent pourtant de simples éléments du paysage. Peu à peu, les actions principales sont attribuées aux clochers (« Puis le cocher de Vieuxvicq s'écarta » l.

10-11).

Cette animation devient psychologique avec l’expression « prit ses distances », qui leur prête des intentions et suggère un.... »

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