PASTERNAK Boris Leonidovitch
PASTERNAK Boris Leonidovitch. Ecrivain russe. Né à Moscou le 10 février 1890, mort à Pérédelkino (près de Moscou) le 30 mai 1960. Fils d’un peintre et dune musicienne, il a fait des études de philosophie aux Universités de Moscou (1902-1911), de Marbourg, en Allemagne (1912), enfin de nouveau à Moscou (1913). Malgré une excellente formation philosophique (son maître à Marbourg avait été le fameux chef de file des néo-kantiens, Hermann Cohen), il a renoncé à la philosophie, comme il avait renoncé plus tôt à la musique (son maître ayant été le grand compositeur Scriabine) et s’est lancé définitivement dans la poésie. Ses premiers vers ont été publiés en 1913 dans un almanach, et, presqu'aussitôt, est sorti son premier recueil Un jumeau dans les nuages (1914) qui révéla l’originalité de son talent. La plupart des poèmes du Jumeau ont été repris dans un second recueil, Au-dessus des obstacles [1917]. A cette époque, Pasternak était proche des futuristes russes (le groupe « Centrifuge ») et admirait le plus doué d’entre eux, Maiakovski, qui devait rester l’un de ses poètes préférés et l’un de ses adversaires idéologiques : tout en collaborant avec les futuristes, Pasternak n’acceptait pas leur hostilité envers la culture classique; plus tard, il n’a jamais accepté non plus ni l’enthousiasme de Maiakovski pour la violence révolutionnaire, si sa théorie de la « commande sociale ». La publication du recueil Ma sœur, la vie (1922) a assuré à Pasternak une des premières places dans les lettres de son pays. Sa poétique était créée, son art avait atteint la maturité, ce qui était d’autant plus étonnant que toutes les poésies de ce livre dataient de 1917 (le sous-titre du recueil est Eté 1917). Pasternak se rendait compte de la valeur de cette date; mais pour lui, le bouleversement d’un monde intérieur par l’orage de la passion et de l’équilibre de la nature par la tempête était de loin plus important qu’une révolution sociale. L'inspiration du recueil devait se confirmer dans Thèmes et variations (1923). Mais la Révolution comme telle n’était cependant rien de négligeable pour Pasternak : moins importante que « sa sœur, la vie », elle restait quand même l’ultime espoir de l’humanité moderne. Cette conception, Pasternak l’a exprimée dans les poèmes épiques sur la première révolution russe, celle de 1905 : L’An dix neuf cent cinq (1925-1926) et Le Lieutenant Schmidt (1926-1927). Un autre poème a été consacré à Lénine et à son époque La Haute Maladie [1923, 1828]. Cette « période de croissance » s’est terminée par le recueil La Seconde Naissance (1932), qui marque un changement d’esthétique. Pasternak éprouve la nécessité de se faire comprendre non seulement par une élite littéraire mais de « tomber, comme dans une hérésie, dans une simplicité inouïe». Le premier poème de ce livre était dédié à Boukharine qui, lui, a glorifié Pasternak comme un des meilleurs poètes de son temps, dans son rapport du premier congrès des écrivains soviétiques (1934). C’est l’une des raisons pour lesquelles Pasternak devait être ensuite condamné à un mutisme prolongé; au cours des années trente, il n’a publié que des traductions poétiques d’auteurs allemands, anglais, français et géorgiens — parmi ceux qui ont connu leur « seconde naissance » en russe grâce à Pasternak, citons Goethe, Shakespeare, Shelley, Keats, Verlaine, Slovacki, Petöfi, Orbeliani, Pachavela. Deux nouveaux recueils lyriques de Pasternak sont sortis pendant la guerre : Dans les trains du petit jour (1943) et L’Espace terrestre (1945), suivis durant l’après-guerre de deux cycles : Poèmes tirés du roman [ 1954] et Quand il fera beau [1956-1959]. Pasternak a changé tout en restant le même : il est devenu limpide, clair et sage, il a gardé son attachement à une pluralité de « narrateurs lyriques » qui fait que l’auteur cède fréquemment la parole au vent, à la nuit, à la pluie ou à la fleur et que ce n’est plus le poète qui parle de la nature, mais la nature qui parle de soi-même et du poète qui en fait partie. Pasternak a commencé à écrire en prose assez tôt. : son petit roman L ’Enfance de Lwers a été publié en 1922, le récit Les Voies aériennes, en 1924, l’essai Sauf-conduit en 1931 — c’est tout à la fois une autobiographie, prolongée en 1967, et un traité d’esthétique. L’écrivain considérait cependant son roman Le Docteur Jivago (1945-1956) comme son ouvrage principal, la synthèse de son œuvre. Interdit en URSS a cause de son caractère anti-révolutionnaire (ou plutôt a-révolutionnaire), le roman a été publié en Italie en 1957 et traduit, lorsque Pasternak eut obtenu le Prix Nobel en 1958, dans toutes les langues importantes du monde. Après cette publication, Pasternak devait être traité en URSS de lâche, de traître, presque d’espion, exclu de l’Union des écrivains et forcé de renoncer au Prix Nobel. Cette hostilité n’était nullement conditionnée par le contenu du roman : ceux qui ont invectivé l’auteur dans les journaux et pendant les réunions officielles ne l’avaient pas lu ! Pasternak avait osé requérir une aide et une protection occidentales, cela suffisait pour le déclarer ennemi du socialisme soviétique. Un an plus tard, Pasternak mourait.
PASTERNAK, Boris Leonidovitch (Moscou, 1890-PeredeIkino, 1960). Écrivain soviétique. Il fit éditer en Italie un roman, Le Docteur Jivago (1957), qui le rendit célèbre dans le monde entier mais qui déclencha contre lui en URSS de très vives critiques et il fut contraint de refuser le prix Nobel de littérature qu'on lui décerna en 1958. Il fut réhabilité en 1987.