Databac

NORD-CONSTANTINOIS (insurrection du)

NORD-CONSTANTINOIS (insurrection du)

La radicalisation du conflit franco-algérien ouvert par l’insurrection du 1er novembre 1954 commence le 20 août 1955. Désormais, il est légitime de parler de guerre. Le maître d’œuvre de l’insurrection est Youssef Zighoud (1921-1956), ancien conseiller municipal de Condé-Smendou, arrêté en 1951 pour son appartenance au bras armé du PPA (Parti du peuple algérien), l’Organisation spéciale (OS), et évadé de prison en 1951. Membre fondateur du FLN (Front de libération nationale), il a succédé en janvier 1955 à Mourad Didouche (1922-1955) à la tête de la willaya II (région politico-militaire du Nord-Constantinois). Trois motifs ont présidé à l’organisation de l’insurrection : l’un d’ordre militaire, diminuer la pression de l’armée coloniale sur les Aurès ; les autres, d’ordre politique, empêcher les anciens partis, dont des représentants se sont concertés en mars 1955 avec le gouverneur général Jacques Soustelle, de se présenter en interlocuteurs du gouvernement français et inclure la population civile dans le conflit pour creuser un fossé entre Algériens et Européens. Le choix de la date, le 20 août, jour anniversaire de la déposition (1953) du sultan puis roi du Maroc Mohammed Ben Youssef, tend à susciter la convergence entre Maghrébins dans la lutte armée. La préparation de l’insurrection commence lors d’une réunion qui se tient du 25 juin au 1er juillet 1955 à Zamane, dans la presqu’île de Collo. La volonté de provoquer l’ennemi et d’attirer sa réaction sur la population y est exprimée. La guerre de libération est conçue comme une guerre de type communautaire. Il est également décidé d’exécuter des dirigeants de l’UDMA (Union démocratique du Manifeste algérien) fondée par Ferhat Abbas, de l’Association des Ulama fondée par Cheikh Ben Badis et des parlementaires liés à l’administration, entre autres les députés Mostefa Ben Bahmed et Mohammed Bendjelloul. L’offensive débute le 20 août entre 11 h 30 et 12 h 30. 27 centres sont attaqués avec la participation de milliers de ruraux à qui on a fait croire à une intervention de l’armée égyptienne à leurs côtés. « Nos alliés se trompent de cible », dit-on dans la plaine de Skikda quand l’aviation mitraille les insurgés. Le bilan des victimes de l’insurrection par la direction de la Sûreté nationale, le Gouvernement général et l’état-major de la 10e région militaire ne concordent pas comme l’a établi l’historien Charles-Robert Ageron. Une chose est sûre, il y eut 69 Européens massacrés et des milliers d’Algériens tués dans des conditions atroces. Le mépris de l’existence humaine qui est le fait des chefs et des exécutants algériens est à l’origine de la popularisation du seul massacre des Européens à El Alia (Skikda). Zighoud Youssef a gagné son pari. Nonobstant les avertissements de quelques officiers, l’armée coloniale est tombée dans le piège et s’est livrée à des représailles atroces. Malgré l’assassinat des leaders de l’UDMA à Constantine sur ordre du FLN et les menaces qui ont pesé sur lui, le Dr Mohammed Bendjelloul, dont le frère a été assassiné par les militaires français, a fait contresigner par 61 élus, le 25 septembre 1955, une motion stipulant que « l’immense majorité des populations est présentement acquise à l’idée nationale ». Quant à la population rurale, elle soutiendra, malgré de nombreux aléas, la willaya II jusqu’à l’indépendance.

Liens utiles