MONTESQUIEU, Charles Louis de Secondat, baron de La Brède et de
Écrivain et philosophe politique français. D'une famille de magistrats, président à mortier au parlement de Guyenne (1716), il se fit connaître comme écrivain par ses Lettres persanes (1721), satire du monde de la Régence. De 1728 à 1731, il voyagea à travers l'Europe pour étudier les lois et les institutions politiques avant de séjourner pendant deux ans en Angleterre, où il fut séduit par le système constitutionnel britannique. Rénovateur du genre historique dans ses Considérations sur les causes de la grandeur et de la décadence des Romains (1734), il publia en 1748 son ouvrage politique essentiel, L'Esprit des lois. Il y montre son aversion pour le despotisme et sa préférence, non pour le régime démocratique, qu'il ne croit possible que dans de petites cités, mais pour un « gouvernement modéré », où « le pouvoir arrête le pouvoir » et où l'autorité du souverain est équilibrée par des corps intermédiaires et par une aristocratie consciente de son rôle et gardienne des libertés. Après Locke, Montesquieu s'est fait le théoricien de la séparation des trois pouvoirs. Il a préconisé la tolérance religieuse, dénoncé la torture, l'esclavage et la traite des Noirs. Ses idées devaient inspirer les monarchistes constitutionnels au début de la Révolution.
Montesquieu, Charles Louis de Secondat, baron de la Brède et de (château de la Brède, près de Bordeaux, 1689-Paris 1755) ; écrivain et philosophe politique français.
Comme beaucoup de ses ancêtres dans cette famille d’ancienne noblesse, M. est lui aussi destiné à la carrière juridique. Il devient en 1714 conseiller au parlement de Bordeaux et deux ans plus tard président à mortier, mais il revend cette charge en 1727. Ses Lettres persanes, parues en 1721 tout d’abord sans nom d’auteur, une critique à la fois ironique et spirituelle de la France de son époque, lui valent sa première célébrité littéraire et son admission à l’Académie française (1728). Libéré de sa charge, il cherche ensuite à satisfaire son insatiable curiosité en voyageant : il fait des séjours prolongés en Autriche, en Hongrie, en Italie, aux Pays-Bas, et finalement en Angleterre où il reste deux ans (1729-1731). De retour en France, il se consacre d’abord à une étude historique, publiant en 1734 ses Considérations sur les causes de la grandeur et de la décadence des Romains. C’est en 1748 que paraît son ouvrage principal De l'esprit des Lois, fruit de vingt ans d’efforts et de réflexion, qui devait connaître un immense succès (22 éditions du vivant de M.). Il y ajoute en 1750 une défense de l'Esprit des Lois. Habitué des salons de Mme du Deffand, de Mme Geoffrin, de Mme de Tencin, c’est à Paris qu’il meurt, en 1755. Le génie et l’originalité de M. tiennent d’abord à la méthode employée. Il ne part pas d’une conception préalable de l’histoire universelle, il ne construit pas un modèle de société ou d’Etat idéal et abstrait, ni une utopie politique. Il cherche au contraire, au moyen d’une analyse concrète, à extraire de manière déductive de la masse des faits empiriques des généralités ayant valeur de lois. Ceci l’amène nécessairement à se détourner du droit naturel et même du contrat social en tant que principe déterminant de l’exercice moderne du pouvoir. Ces prémisses méthodologiques expliquent le relativisme, le rationalisme et le scepticisme de M., sa volonté de rendre compte de la diversité des phénomènes. Lors de l’analyse qu’il fait des trois principaux types de gouvernement, la république, la monarchie et le despotisme, il s’attache avec un soin particulier à décrire leurs présupposés climatiques et géographiques, en sorte qu’on a pu le considérer à juste titre comme l’un des cofondateurs de la sociologie politique. Chacune de ces formes d’État possède un principe qui la régit en propre. Pour la république, il s’agit de la « vertu », c’est-à-dire de la capacité des citoyens à placer l’intérêt général au-dessus des intérêts particuliers. Le despotisme qui repose sur le principe de la crainte est la seule forme de gouvernement qu’il condamne énergiquement. Ses préférences vont manifestement à la monarchie limitée, c’est-à-dire à un système de gouvernement dans lequel des pouvoirs intermédiaires, et en premier lieu des groupes privilégiés, comme le clergé et la noblesse, empêchent le prince d’exercer un pouvoir excessif, tandis que ces corps privilégiés sont de leur côté protégés par le prince ; le principe sur lequel repose cette forme de gouvernement est « l’honneur » : «Il sauvegarde... la dignité et l’obéissance... jamais le prince ne doit nous prescrire une action qui nous déshonore parce qu’elle nous rendrait incapable de le servir. » Mais l’aristocratie en tant que véritable « pouvoir intermédiaire » protège également le peuple face au prince. C’est pourquoi elle revêt dans le système de M. une importance fondamentale. Pour garantir à ce système de gouvernement un caractère « modéré », M. a formulé sa célèbre doctrine de la séparation des pouvoirs, qui a exercé une influence décisive sur la doctrine du libéralisme en matière de droit constitutionnel. Pour M., il est impossible de garantir la liberté sans la division et le contrôle respectif des pouvoirs (exécutif, législatif, judiciaire - ce dernier n’ayant toutefois pas le rang d’un véritable pouvoir). Il a donné dans le chapitre 6 du Livre XI, souvent cité, une image idéalisée de l’exemple qu’il admirait particulièrement, celui de la Constitution anglaise. Il est certain que pour M., ces pouvoirs ne sont pas strictement indépendants les uns des autres et qu’ils doivent former une combinaison, une « harmonie préétablie », une « co-souveraineté ». Pour atteindre cet objectif, ces différents organes sont répartis entre les trois forces sociales de l’époque : le roi dispose du pouvoir exécutif, l’aristocratie constitue la Chambre haute, la bourgeoisie la Chambre basse. Cette division des pouvoirs visant à instaurer un équilibre devait surtout profiter à la noblesse, dont l’influence politique déclinante devait être défendue grâce à ce système. (On voit ici la parenté entre M. et les réformateurs « aristocratiques » tels que Fénelon, Boulainvilliers ou Saint-Simon.) Même si les idées de M. sont liées à la défense des intérêts d’un groupe social, il n’en reste pas moins qu’il a joué un rôle essentiel dans la lutte contre l’absolutisme et pour l’instauration d’une collectivité libre, répondant à l’idée d’un Etat de droit. Ses idées devaient inspirer les monarchistes constitutionnels au début de la Révolution française. M. a par ailleurs dénoncé la torture, l’esclavage, la traite des Noirs, et défendait le principe de la tolérance religieuse.
Bibliographie : L. Althusser, Montesquieu, la politique et l’histoire, 1981 ; Montesquieu par lui-même, Images et textes présentés par J. Starobinski, 1953 ; G. Benrekassa, Montesquieu, 1968.
MONTESQUIEU, Charles de Secondât, baron de La Brède et de (château de La Brède, près de Bordeaux, 1689-Paris, 1755). Écrivain français. Ses idées libérales mais aussi sa nouvelle approche des faits politique et sociaux influencèrent profondément hommes d'État et historiens, particulièrement au XIXe siècle. Fils de magistrat, conseiller au parlement de Bordeaux ( 1716), il voyagea en Europe et partagea sa vie entre Paris et son château de La Brède. Intéressé par l'histoire et la philosophie politique, il publia en 1734 Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence, essai dans lequel il tenta d'expliquer par des causes morales et politiques l'évolution de la puissance romaine. Grand admirateur du système politique anglais, il rédigea De l'esprit des lois (1748), fruit d'un travail de vingt ans, dans lequel il manifestait son attachement aux libertés garanties par les institutions, en particulier la séparation des pouvoirs. Si, de son vivant, l'ouvrage fut l'objet de très violentes attaques, il inspira plus tard les législateurs attachés aux principes libéraux des régimes constitutionnel et parlementaire. Montesquieu fut aussi l'auteur d'une satire philosophique, les Lettres persanes (1721).Liens utiles
- Charles de Montesquieu par Roger Caillois Charles-Louis de Secondat naît le 18 janvier 1689 au Château de la Brède,près de Bordeaux.
- MONTESQUIEU Charles de Secondat, baron de
- Charles de Montesquieu Issu d'une famille de la noblesse aisée, Charles Louis de Secondat - ditMontesquieu - étudia le droit à l'université de Bordeaux puis, reçu avocaten 1708, s'installa à Paris.
- MONTESQUIEUCharles Louis de Secondat, baron de La Brède et de(18
- MONTESQUIEUCharles Louis de Secondat, baron de La Brède et de