MOMIE
Le terme dérive du mot persan mummya qui signifie « bitume », « asphalte ». Il fut appliqué aux momies des anciens Égyptiens à cause de leur aspect noirâtre dû plus à l'effet du natron et de la résine qu'à celui du bitume dont l'usage ne se répandit véritablement dans les ateliers d'embaumement qu'à partir de la Basse Époque (664-332 av. J.-C.).
À la fin de la préhistoire, les Égyptiens enterraient leurs morts dans des fosses aménagées dans le sable qui étaient ensuite recouvertes de monticules de pierres. Grâce à cet environnement sain et sec, le corps se desséchait et se momifiait naturellement. Lorsqu'à la fin de l'époque prédynastique (4000-3100 av. J.-C.) apparurent les premiers mastabas (v.), le corps fut déposé dans une salle remplie d'air où il se décomposa. Ce fut alors que les Égyptiens imaginèrent un procédé artificiel pour préserver les cadavres. En procédant par tâtonnement, ils élaborèrent progressivement une technique qui fut parfaitement au point au Nouvel Empire (1550-1070 av. J.-C.). Il fallait préserver le corps car, après la mort, il servait de support à la réunion de tous les éléments, matériels et immatériels (comme le ka, la force vitale, ou le ba, l'âme) composant la personne humaine, réunion indispensable à la survie du défunt. Seuls les dignitaires avaient accès à la momification complète décrite ici qui était très coûteuse.
Rituel religieux, la momification était confiée à des prêtres embaumeurs qui récitaient les formules et prières appropriées. Ils uvraient dans les nécropoles, généralement situées à l'O. du Nil du côté où le soleil se couche. Le plus souvent, ils travaillaient sous une tente, la ouabet, ou « place pure », qu'ils déplaçaient de tombe en tombe.
Le corps décervelé et éviscéré était allongé quarante jours dans une cuve où on le recouvrait complètement de natron (carbonate de sodium). Les chairs desséchées et raidies étaient ensuite assouplies à l'aide d'onguents et la cavité abdominale vidée et nettoyée puis bourrée de tissus ou de sciure de bois. L'opération finale était le bandelettage avec de fines bandes d'étoffe de lin. Pour finir, les prêtres emmaillotaient la momie dans des linceuls et revêtaient sa tête d'un masque funéraire dont le plus bel exemple est le masque en or massif du roi Toutankhamon.
Les embaumeurs momifièrent aussi les animaux sacrés dans lesquels s'incarnaient les dieux. Au Ier millénaire av. J.-C., les Égyptiens qui subirent plusieurs siècles de domination et d'invasion étrangère trouvèrent refuge dans la religion. Ils eurent une dévotion particulière pour toute l'espèce à laquelle appartenait l'animal sacré de telle ou telle divinité. C'est ainsi que les archéologues ont découvert, à Tounah el-Gebel et Sakkara, par exemple, des cimetières de chats et d'ibis qui contenaient plusieurs millions de momies de ces animaux dont certaines étaient d'ailleurs factices.
En Amérique du Sud, dans les Andes, des peuples du Pérou et du Chili ont desséché leurs morts au soleil vers 3000 av. J.-C. La tradition se maintint sous les Incas qui ont momifié soigneusement leurs empereurs en pratiquant notamment l'éviscération, le fumage et l'onction avec des huiles et des résines. Le climat très sec de la côte du Pérou a favorisé la conservation des momies andines. En Europe, à partir de la fin du XVIe s., les moines de Palerme en Sicile ont inventé un procédé secret pour embaumer leurs frères puis les plus riches citoyens. Les momies étaient installées dans les catacombes où elles recevaient la visite de leur famille. Cette pratique s'est poursuivie jusqu'au début du XXe s. Parmi les momies résultant d'un processus naturel figurent les corps ensevelis dans les tourbières de l'Europe du Nord dont certains remontent au VIe s. av. J.-C., ou encore l'homme, surnommé Oetzi (v. HIBERNATUS), retrouvé en 1991 dans les Alpes à la frontière italo-autrichienne après un séjour de quelque 5 300 ans dans les glaces.
MOMIE. Cadavre que les Égyptiens de l'Antiquité desséchaient et embaumaient pour le conserver. Ils pensaient en effet que l'homme était formé de l'union d'un corps et d'une âme qui ne pouvaient survivre après la mort qu'à condition que le corps ne se décompose pas. Quand le cadavre était devenu une momie, l'âme revenait l'habiter et le mort renaissait à la vie. Le corps du défunt, vidé de ses entrailles et parfumé notamment de myrrhe et de cannelle, placé dans un bain de sel de soude (natron) pendant 70 jours pour le dessécher, était ensuite entouré de bandelettes de toile puis déposé dans un cercueil, lui-même placé dans un sarcophage. Voir Livre des morts, Ramsès II.