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Martin V, Oddo Colonna (Genazzano 1368-Rome 1431) ; pape [1417-1431].

Martin V, Oddo Colonna (Genazzano 1368-Rome 1431) ; pape [1417-1431]. Issu du grand lignage romain des Colonna, M. est élu au concile de Constance le 11 novembre 1417 (consacré le 21). Il est le premier pape de l'unité retrouvée à la fin du Grand Schisme qui, ouvert en 1378, a partagé la chrétienté entre deux obédiences, celle du pape installé à Rome (« urbaniste ») et celle du pape retourné en Avignon (« clé-mentiste »), et s'est encore aggravé quand en 1409 le concile de Pise a élu un troisième pape (Alexandre V) avant même d'avoir pu réduire les deux autres. Le concile de Constance, ouvert le 1er novembre 1414, tire les leçons, mais du coup place le concile au-dessus de la papauté, comme organe suprême de, régulation, voire de gouvernement de l'Église. Jean [XXIII] (successeur d'Alexandre V), qui a convoqué la réunion avant de s'enfuir, est déposé le 29 mai 1415 (il meurt en 1419). Le pape de l'obédience urbaniste, Grégoire XII, a la bonne grâce d'abdiquer le 4 juillet 1415. Quant au clé-mentiste, Benoît [XIII], il est à nouveau déposé le 26 juillet 1417. Âgé d'une cinquantaine d'années, M. n'a rien à redouter de ses derniers compétiteurs clémentistes, faibles antipapes qui sont presque seuls à croire encore à leur légitimité, quand ils ne servent d'instruments de pression à la diplomatie aragonaise (Benoît [XIII] jusqu'à sa mort en 1423 ; son successeur Clément [VIII], soumis en 1429 ; sans compter l'insignifiant Benoît [XIV], schismatique du précédent). Il en va tout autrement des prétentions du concile à assumer collégialement la direction de l'Église universelle. Avec autant d'habileté que de ténacité, M. restaure l'autorité pontificale et le fonctionnement de la Curie. Ne pouvant que ratifier les sévères limitations mises à la fiscalité pontificale et aux réserves, qui permettaient à Rome d'intervenir dans la collation des bénéfices ecclésiastiques, M. engage une politique de concordats avec les clergés et les souverains des grandes nations européennes, appelée à la plus brillante destinée. Moins heureux en Angleterre, le pape réussit mieux avec la France : il traite d'abord avec les représentants du clergé français présents à Constance (1418), voit l'accord ensuite ratifié, aussi bien dans la France anglaise du régent Bedford que dans le « royaume de Bourges » de Charles VII (1424-1426). Diplomate actif, le pape est aussi pacificateur sans faiblesse de l'Italie, écrasant en 1424 le condottiere Braccione da Montone, dont il avait acheté le départ de Rome en 1420, réprimant une révolte de Bologne en 1429. Contraint par l'opinion de respecter les décisions de Constance quant à la tenue périodique de conciles, M. parvient sans heurt grave à diluer les oppositions au concile de Pavie-Sienne (1423-1424). Quand il meurt, le 20 février 1431, un nouveau concile vient d'être convoqué à Bâle et les cardinaux eux-mêmes supportent à grand-peine l'autoritarisme du pape : tous problèmes légués à son successeur Eugène IV.

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