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L'unanimité est-elle un critère de vérité ?

L'unanimité est-elle un critère de vérité ? INTRODUCTION : Le fait que tout le monde soit d'accord garantit-il la vérité d'une proposition ? Et, à l'inverse, si un seul individu pense quelque chose (exemple de Bruno et Galilée), cela signifie-t-il nécessairement qu'il a tort ? L'unanimité, si elle est UN critère nécessaire, n'est peut-être pas un critère suffisant : peut-elle fonder la vérité ? N'est-il pas dangereux de fonder la vérité sur l'unanimité ?


THESE : [Seul l'accord entre tous les esprits permet à l'homme de distinguer avec certitude le vrai du faux.]

1a) L'unanimité fonde l'idée même de vérité La seule garantie que j'aie de porter un jugement vrai sur la réalité m'est fournie par autrui. Si les autres s'accordent tous à dire que l'eau bout à 100 degrés ou que le ciel est bleu, je peux être assuré de la véracité de ma perception. Celle-ci n'est pas trompeuse puisqu'elle est corroborée par tous. En effet, que serait une vérité que je serais le seul à partager ? Si la vérité est en droit universelle, elle se doit d'être en fait partagée de tous.

1b) Les dangers du relativisme « A chacun sa vérité ! », « A chacun ses gouts ! » clame le relativiste. Que faut-il penser de cette thèse ? Platon disait contre le relativisme : si vous admettez l'idée selon laquelle toutes les opinions se valent, alors admettez l'idée selon laquelle toutes les opinions ne se valent pas puisque c'est une opinion ! Bref, le relativisme est auto-contradictoire, dès qu'il se dit, il se contredit. La vérité est une et en droit unanime.

1c) La vérité, en science et en politique, fait l'unanimité Toute loi scientifique est tenue pour vraie à partir du moment où l'ensemble de la communauté scientifique en reconnaît la validité. Par exemple, l'énoncé « l'eau bout à 100 degrés » peut être tenue pour certaine car les scientifiques du monde entier partagent cette assertion. Y a-t-il alors des domaines où l'accord entre les hommes soit une réfé­rence véritablement fiable ? Lorsque Rousseau dit que la volonté générale est toujours ce qu'elle doit être, il veut dire qu'en matière de politique nul ne sait mieux que les autres ce qui est bon pour la communauté. Il n'y a pas de vérité absolue qu'un sage pourrait connaître et enseigner, la vérité naît de la prise de décision en commun.

ANTITHESE : [La plupart du temps, l'unanimité ne se fonde pas sur la raison, mais sur des croyances, de simples opinions.]

2a) L'unanimité n'est pas un critère de vérité.
L'histoire des sciences nous enseigne que des théories (fixisme, géocentrisme, etc.) qui se sont révélées fausses ont été admises par la totalité des savants à une époque donnée. Bien plus, c'est souvent un seul ou un petit nombre de spécialistes qui ont défendu la vérité contre la majorité de leurs confrères (comme l'héliocentrisme défendu par Copernic et Galilée contre l'immense majorité des astronomes de leur temps) : « Eppur si muove ! ». Reprendre l'exemple de Pasteur et de Lavoisier ci-dessus.

2b) Les opinions sont contagieuses et irrationnelles
Freud, dans « Psychologie collective et analyse du moi », explique les mécanismes conduisant l'individu à renoncer à sa conscience propre pour adhérer totalement aux mouvements, aux idées de la foule. Les discours d'Hitler, bien qu'empreints de fanatisme, eurent malheureusement l'effet de séduire unanimement le peuple allemand. Le développement des « théories du complot » montre également combien les idées les plus délirantes (Illuminati, Reptiliens, platistes, etc.) peuvent gagner l'opinion publique.

2c) La vérité est signe d'elle-même 
Selon cette conception réaliste, l'accord entre les hommes est un critère très insuffisant, comme le prouve l'histoire des sciences : des idées fausses ont souvent été unanimement tenues pour vraies. Le critère de la vérité doit donc être exclusivement intérieur: pour Descartes, c'est l'expérience de l'évidence. Spinoza ajoutera qu'il est absurde de rechercher un critère de la vérité: cette dernière est signe d'elle-même, l'esprit la saisit comme l'œil saisit la lumière.

SYNTHESE : [Seule est vraie la connaissance vérifiée] => Cf. ci-dessous.


CONCLUSION : L'unanimité est un critère de vérité nécessaire mais insuffisant. Ce n'est pas l'unanimité qui fait la vérité. C'est la vérité qui fait l'unanimité.




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