LOUIS XIV LE GRAND
LOUIS XIV LE GRAND
Né à Saint-Germain-en-Laye en 1638, mort à Versailles en 1715. Fils de Louis XIII et d’Anne d’Autriche, il fut proclamé roi à cinq ans. Sa mère, secondée par Mazarin, assura la régence. Sa jeunesse fut agitée par les troubles de la Fronde, puis par les guerres contre l’empire (traités de Westphalie mettant un terme à la guerre de Trente Ans, 1648) et contre l’Espagne (traité des Pyrénées, en 1659, qui stipulait, entre autres, son mariage avec l’infante Marie-Thérèse). Après la mort de Mazarin (1661), le roi fit savoir que désormais il entendait gouverner seul et que « rien ne serait signé sans son commandement ». Ses ministres, qu’il choisit pour la plupart dans la bourgeoisie, ne furent que ses exécutants : Colbert, Le Tellier, Louvois, Pomponne, Vauban, etc. Quant aux nobles, à l’exception de leurs devoirs militaires, il les écarta totalement du pouvoir. Après le décès de son beau-père, Philippe IV, Louis revendiqua les Pays-Bas espagnols. Il conquit alors la Flandre (1667) et la Franche-Comté (1668). Mais, arrêté par la Triple Alliance (Suède, Angleterre, Hollande), il dut signer la paix d’Aix-la-Chapelle et renoncer à la Franche-Comté. Cependant, en 1672, il envahit la Hollande avec, cette fois, l’appui de l’Angleterre. Cette expédition provoqua presque aussitôt la formation d’une coalition. Cependant, grâce aux victoires de Turenne, de Condé, de Duquesne, Louis XIV triompha de ses ennemis, et l’on peut dire que cette période marqua l’apogée de son règne. Par les traités de Nimègue (1678-1679) il acquit enfin la Franche-Comté. En 1685, il fit révoquer l’édit de Nantes, ce qui provoqua la révolte des camisards dans les Cévennes. Puis une nouvelle coalition (ligue d’Augsbourg) s’organisa, réunissant l’Espagne, l’Angleterre, la Suède, la Hollande et certaines principautés allemandes. La France, tout comme ses adversaires, sortit épuisée de ces neuf années de guerre (1688-1697), malgré des succès militaires comme la prise de Namur ou les batailles de Steinkerque (1692) et de Neerwinden (1693). Le conflit s’acheva par le traité de Ryswick (1697) qui, s’il lui laissait la plupart de ses acquisitions, mettait un coup d’arrêt à ses visées impérialistes. C’est à ce moment que survint la mort de Charles II, roi d’Espagne, qui léguait sa couronne au duc d’Anjou, petit-fils de Louis XIV et futur Philippe V. Elle déclencha la guerre de Succession d’Espagne (1701-1713). Une troisième coalition vint affronter la France qui, victorieuse à Friedlingen (1701) et à Villaciosa (1710), eut à subir les graves revers de Hochstedt (1704), de Turin (1706), d’Audenarde (1708) et de Malplaquet (1709). Les traités d’Utrecht (1713) mirent le pays au bord de la ruine mais, encore une fois, il conserva la plus grande partie de ses conquêtes. Louis XIV dut aussi soutenir un conflit avec le pape, et opposa le clergé gallican au Saint-Siège. Il fut également en lutte contre les jansénistes qu’il poursuivit longtemps de ses persécutions. Pendant ce règne de cinquante-six ans, la gloire des armes (Condé, Turenne, Vauban, Villars, Duguay-Trouin, Duquesne, Jean Bart...) s’était unie à celle des lettres (Corneille, Molière, Racine, La Fontaine, Boileau, La Bruyère, Perrault, Bossuet, Fénelon...), des arts (Le Brun, Rigaud, Mignard, Le Sueur, Coysevox, Coustou, Girardon, Puget, Mansart...) et du commerce (Colbert, Louvois...). Parmi les monuments les plus célèbres, on retiendra le château de Versailles, le Val-de-Grâce, l’Observatoire, les Invalides, la colonnade du Louvre, le château de Marly. Louis XIV mourut le 1er septembre 1715, laissant la couronne à son arrière-petit-fils, le futur Louis XV, âgé de tout juste 5 ans. Il avait aimé les fastes, la guerre et le pouvoir, qu’il concentra entièrement dans ses mains. Il eut, malgré ses scrupules religieux, de nombreuses et célèbres maîtresses. Après la mort de la reine Marie-Thérèse (1683), il avait secrètement épousé Mme de Maintenon.
C’est dans un contexte troublé qu’un petit garçon de quatre ans et huit mois monte sur le trône. La noblesse compte profiter du jeune âge du monarque pour prendre une parcelle du pouvoir perdu et se débarrasser du cardinal Mazarin. En 1649, des barricades se dressent dans les rues de Paris et la famille royale, flanquée de Mazarin, est contrainte de se réfugier à Saint-Germain. Toute sa vie, Louis XIV conservera le traumatisme de cette fuite humiliante. Les troubles durent quatre ans, jusqu’au moment où le maréchal de Turenne vient à bout des rebelles. Mazarin négocie le mariage du jeune roi avec l’infante d’Espagne et Habsbourg, Marie-Thérèse.
Louis XIV laisse Mazarin gouverner jusqu'à sa mort en 1661, puis entame son règne personnel. Contrairement à son père, il ne veut à aucun prix céder ses prérogatives. À l’instar de certains de ses ancêtres, il s’entoure de conseillers compétents qui n’appartiennent pas à la haute noblesse. Il peut ainsi s’assurer de leur loyauté sinon limiter leurs appétits. Il accorde sa confiance à Colbert, un fils de drapier, qui montre de grands talents d’administrateur. La flotte est réorganisée et les ports modernisés. Louis XIV réorganise l’État dans le seul but de servir la monarchie absolue. Il considère n’avoir de comptes à rendre qu’à Dieu. Le programme politique du roi passe aussi par la mise en œuvre d’un important programme architectural. Il fait d’un ancien pavillon de chasse le plus somptueux des palais. Mais Versailles n’est pas seulement l’écrin de la monarchie absolue, le château représente aussi le meilleur moyen de museler les Grands du royaume qui sont cantonnés à leur rôle de courtisans. Louis XIV théâtralise le pouvoir et favorise les arts tant qu’ils servent la couronne. Des artistes tels que Molière, Racine, Mansart, Le Nôtre, Le Brun concourent à la grandeur de la France. Il mène une répression contre les huguenots et la révocation de ledit de Nantes jette hors des frontières du royaume plus de trois cent mille protestants. Ces mesures se révèlent désastreuses sur le plan économique. La grandeur monarchique telle que Louis XIV se la figure passe aussi par la guerre. Le règne est marqué par la guerre franco-anglo-espagnole, la guerre de Dévolution, la guerre de Hollande, la guerre de la Ligue d’Augsbourg et la guerre de Succession d’Espagne qui porte sur le trône Philippe V, premier roi espagnol bourbon. Colbert meurt en 1683 en laissant une œuvre considérable. L’économie est en développement mais le coût des guerres a porté atteinte à la santé financière du pays. Alors que le roi s’était distingué par son appétit des femmes dans la première partie de son règne en collectionnant les favorites, son comportement change à mesure qu’il se rapproche de Françoise d’Aubigné, la femme qui avait reçu la charge d’élever les enfants royaux de l’ambitieuse favorite Mme de Montespan. Mme de Maintenon préfère exercer son influence en demeurant dans l’ombre. Elle cherche dans la religion le salut du roi qu’elle épouse secrètement. Le roi meurt en 1715 de la gangrène, mettant un terme au plus long règne de l’histoire de France.
LOUIS XIV. Roi de France. Né à Saint-Germain-en-Laye, le 16 septembre 1638, mort à Versailles, le 1er septembre 1715. Le nombre de ses fondations indique déjà l’influence de Louis XIV sur les lettres et les arts : en 1663, c’est l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, en 1664 l’Académie de Peinture et de Sculpture, en 1666 l’Académie de France à Rome, en 1671 l’Académie d'Architecture et l’observatoire de Paris. « Premier client des artistes », protecteur de Mansart et de Le Nôtre, le roi bâtisseur de Versailles, de la colonnade du Louvre, de la place Notre-Dame des Victoires, des Invalides, subventionne aussi les écrivains, fait dresser en 1663 par Chapelain la liste qui pensionne en particulier Corneille, Molière, Racine, accorde en 1665 douze cents livres à Boileau. Mais son action fut plus décisive encore sur le plan moral : peu lettré, d’une éducation première assez négligée, il était, au témoignage de Saint-Simon, « capable de se former, de se limer, de se raffiner, d’emprunter d’autrui sans imitation et sans gêne ». Si ce n’est pas lui qui a suscité les génies de son siècle, il a su les découvrir au premier abord, les mettre en valeur et il est douteux que, sans lui, le triomphe classique de cette génération de 1660, à laquelle il appartenait, eût été aussi incontesté et, tout simplement, possible. Louis XIV accédant au pouvoir personnel, les écrivains frondeurs, épicuriens, déjà un peu libertins, de l’époque précédente, les Saint-Êvremond et les Scarron, vont rentrer dans l’ombre; le goût littéraire reflétera la doctrine de l’ordre monarchique et l’on pourrait même trouver une sorte d’harmonie entre la démarche de la politique royale et la démarche de l'esthétique classique : politique de prudence, n’hésitant jamais, s'il le faut, à prendre le parti de la lenteur, politique qui remet, elle aussi, vingt fois son ouvrage sur le métier. Louis XIV est celui qui contient, dirige, rallie autour de lui. Il fait de sa Cour un jury sévère pour les talents littéraires. Il sait même aller contre l’opinion : lorsque Molière est aux prises avec les dévots, diffamé dans sa vie privée, c’est le roi seul qui le sauve et c’est le roi, en 1674, qui maintient la gloire de Corneille vieillissant en faisant monter plusieurs de ses pièces. Cependant, plus en littérature il est vrai que dans les autres arts, où Lulli d’une part, Le Brun d’autre part exercent une sorte de dictature, liberté est laissée à la diversité des personnalités. L’exemple de Louis XIV semble susciter une féconde émulation et, aussi bien qu’à la Cour, les talents se retrouvent à Chantilly chez le prince de Condé, à Dampierre chez le duc de Luynes, chez Madame, etc. Le roi reste pourtant le centre de toute la vie aussi bien intellectuelle que politique de son siècle, centre d’autant plus nécessaire qu’il fallait mettre de l’ordre dans cette matière humaine passionnée et tumultueuse qui s’était exprimée aussi bien dans la Fronde que dans la richesse baroque du préclassicisme littéraire. Les écrivains ont été les premiers à le sentir et ils n’ont pas ménagé les dithyrambes à un prince qui n’était pas seulement pour eux la personnification exemplaire de la monarchie et de la France, mais un professeur d’énergie, un idéal de raison universelle réalisé en actes. Ce n’est pas un hasard si les plus beaux sermons de Bossuet sont ceux « prêchés devant le roi » : sans Louis XIV, comme l’a remarqué Sainte-Beuve, un Bossuet (et tous les autres écrivains du siècle avec lui) n’aurait pas eu ce cadre « où ses vastes sujets se limitèrent et se fixèrent sans se rétrécir » et il lui aurait manqué « cette sécurité et cet encouragement ou avertissement insensible dont le talent et le génie lui-même ont besoin ». Les Mémoires de Louis XIV illustrent et cette attitude et le rôle qu’il voulut jouer et joua effectivement.
♦ « Nommez-moi donc un souverain qui ait attiré chez lui plus d'étrangers habiles, et qui ait plus encouragé le mérite. » Voltaire. ♦ « Il n'avait que du bon sens, mais il en avait beaucoup. » Sainte-Beuve.
Louis XIV (Saint-Germain-en-Laye 1638-Versailles 1715) ; roi de France [1643-1715].
Des images se bousculent trompeuses, incomplètes ou laudatives, soulignées par des épithètes parfois excessives : Louis le Grand, le Roi-Soleil, le Grand Roi. Dans le grand public ou parmi les historiens (de Voltaire à Lavisse) personne ne ménage ses louanges ou ses critiques. Le personnage historique continue de susciter les passions. Né tardivement d’un couple qui ne s’entendait guère, il est éduqué sous la surveillance de sa mère Anne d’Autriche, qui lui donne le sens des devoirs religieux et de l’étiquette. La formation générale est confiée au marquis de Villeroy : elle est chaotique et intermittente. Par bonheur il a pour le guider son parrain Mazarin, qui l’initie aux affaires du temps. Il a surtout l’expérience directe de la vie qui, dans son enfance, lui est rude et difficile. Il n’oubliera jamais la Fronde avec ses barricades, ses luttes intestines, les humiliations, la fuite à Saint-Germain et les trahisons. Couronné le 17 juin 1654 à Reims, il patiente avant de prendre en main la direction du pouvoir en consacrant sa jeunesse aux plaisirs de la cour, en se passionnant pour la musique, les ballets, et Marie Mancini, qui lui inspire de l’amour. À la mort de Mazarin (mars 1661), il devient le maître et fait savoir à tous que désormais il gouvernera seul. Le caractère est déjà trempé et n’évoluera guère si l’on excepte le passage de l’insouciance et de la légèreté des premières années à la gravité et à la sévérité des dernières années du règne. S’il a un grand appétit de vivre et de jouir, il est aussi maître de soi, capable de rancune et de dissimulation. Il a de la courtoisie mais aussi de la timidité dissimulée parfois sous de la hauteur, qui lui vient naturellement. Il sait être aimable, souvent délicat et sensible. Il attire les fidélités et lui-même a le sens de l’amitié dont Colbert, Molière, Racine ou certains de ses ministres ont bénéficié. Mais ses deux passions majeures sont l’amour de la gloire (jeune, L. s’était juré que son siècle et toute la postérité s’entretiendraient de ses exploits) et l’amour du travail, qui lui permet d’incarner dans sa perfection l’absolutisme monarchique. Un absolutisme qui ne signifiait point un despotisme ou une tyrannie, dans la mesure où existaient, ne serait-ce que dans les Conseils, des contrepoids. Il a exposé lui-même ses conceptions du pouvoir dans ses Mémoires et dans ses Réflexions sur le métier de Roi. Pour lui, l’absolutisme est de droit divin, il implique de la part des sujets une obéissance sans discernement. Il s’exerce comme un métier et comporte un certain nombre de dangers contre lesquels le roi doit se prémunir : la faiblesse, la perte de prestige ou d’influence et le danger d’être trompé. Ce métier a des règles : suivre en toutes choses la raison, gouverner personnellement avec un esprit clair, de la volonté, de la décision et travailler sans répit. Bossuet a soutenu les mêmes idées dans sa Politique tirée des Saintes Ecritures.
Dès la prise du pouvoir en mars 1661, L. applique ces principes en imposant un nouveau style : celui du gouvernement direct. Il est aidé dans sa conduite personnelle des affaires par le Conseil, qui est composé de différentes sections réunissant une dizaine de personnes chacune, en particulier les ministres (le chancelier, le contrôleur géné-ral des Finances), les quatre secrétaires d’Etat et quelques conseillers d’Etat. La plus importante est constituée par le Conseil d’en haut, qui domine le Conseil des finances, celui des parties (ou Conseil d’Etat ou Conseil privé), celui des dépêches et celui de conscience. Ministres et secrétaires d’Etat viennent presque tous de la robe et sont de noblesse récente, souvent en charge de père en fils. Il y eut ainsi la dynastie des Colbert, celle des Le Tellier de Louvois, et celle des Phelipeaux. Les grands et la famille royale sont écartés : la reine Marie-Thérèse a un rôle modeste, le frère du roi Philippe, duc d’Orléans à partir de 1660, est laissé à ses plaisirs marginaux, les maîtresses (Mlle de La Vallière, Mme de Mon-tespan, Mme de Lude, la duchesse de Fon-tanges) n’ont aucune influence politique. Quant à l’intelligente Mme de Maintenon, épousée secrètement après la mort de la reine en 1683, son ascendant ne s’exerce que rarement sur le déroulement des affaires. A l’échelon régional, les intendants, parfois les gouverneurs, les commandants militaires ou même les évêques transmettent les ordres. L. a su s’entourer d’un personnel efficace, formé sous Mazarin, qu’il conserve, si l’on excepte Fouquet dont la disgrâce est due moins à sa propre initiative qu’à la jalousie venimeuse de Colbert. Ce dernier, l’obstacle éliminé, devint jusqu’en 1683, date de sa mort, le ministre le plus important. Il met de l’ordre dans les finances, instaure une sorte de budget, accentue la fiscalité indirecte, baisse la taille et dans l’ordre industriel impose une politique étatique en appliquant un strict mercantilisme. L’ingérence économique est bienfaisante sauf dans les dernières années du règne : les corps de métier sont surveillés, l’espionnage industriel utilisé pour développer la production, d’importantes manufactures sont (directement ou non) créées par l’État, les Gobelins, Beauvais, les Glaces, Van Robais. De grandes compagnies de commerce (cinq au total) sont mises sur pied, la flotte marchande est encouragée, et la guerre des tarifs est pratiquée. L’Inde (Pondichéry, Chandernagor), le Canada (Cavelier de La Salle descend le Mississippi et fonde la Louisiane) se développent. Cette politique favorise l’ensemble du royaume, où les soulèvements sont plus rares si l’on excepte les révoltes du Boulonnais en 1662 et du « papier timbré » en Bretagne en 1675. L’activité économique et industrielle est soutenue par un effort législatif sans précédent, en particulier dans les décennies 1660 et 1670. C’est l’éclosion des grandes ordonnances, le Code Louis, le Code forestier, la réformation de la justice, l’édit sur les draps, l’ordonnance du commerce, puis sur la marine (1681), le Code noir (1685). La France se transforme profondément. On sait aujourd’hui que la politique extérieure du monarque fut moins une politique impérialiste que de défense armée. Les moyens furent organisés par Michel Le Tellier, secrétaire d’Etat à la Guerre de 1643 à 1677 et par son fils, le futur marquis de Louvois, ministre d’Etat de 1672 à sa mort en 1692. Ils augmentent tous les deux l’armée permanente, qui à la fin du règne aligne 400 000 hommes en temps de guerre et 150 000 en temps de paix. Désormais l’avancement se fait à l’ancienneté et le ravitaillement est amélioré. Une fortification systématique des frontières est entreprise grâce à Vauban qui construit plus de trente places fortes et en aménage plus de trois cents. L. dispose aussi de grands hommes de guerre avec Turenne, Luxembourg, Villars, Catinat, Vauban encore, et sur mer Duquesne, Tourville et Jean Bart. Pour conduire la politique extérieure, il peut compter sur d’excellents ministres comme Lionne, Pomponne, Colbert de Croissy et Colbert de Torcy. Les axes de sa stratégie reposent sur la protection des frontières du nord et du nord-est, la crainte de la coalition anglo-hollandaise, l’appui sur les princes d’Empire, la Suède et la Savoie, et la création d’alliances « de revers » (Pologne, Hongrie et Turquie) contre les Habsbourg. Les premières années du règne personnel sont calmes. L. intervient seulement pour faire respecter le prestige français (par exemple lors de l’incident avec le pape tenu de réparer une injure de préséance faite à l’ambassadeur Créqui). La première guerre fut celle de Dévolution (1667-1668) : L. revendique la Flandre en vertu d’un vieux droit de dévolution favorable à son épouse. Lors du traité d’Aix-la-Chapelle, il acquiert Lille et une partie de la Flandre. Le deuxième conflit a de plus amples proportions. La guerre de Hollande (1672-1679) est un conflit européen. Face à la France se forme une coalition conduite par Guillaume d’Orange où figurent l’Empire, l’Espagne et le Brandebourg. Les traités de Nimègue (1678-1679) assurèrent, aux dépens de l’Espagne, la suprématie française, qui obtient la Franche-Comté et une douzaine de places sur la frontière du nord. C’est alors que la ville de Paris décerne au roi le nom de Grand. Les dix années suivantes marquent la prépondérance du monarque en Europe occidentale. Il entame la politique des « réunions » ; elle lui permet d’attirer dans la mouvance française des terres et des villes qui consolident les frontières. Il s’empare de Strasbourg en 1681 et d’une partie du Luxembourg. Les puissances européennes s’inquiètent : l’Empereur conclut en 1686 avec l’Espagne et quelques princes allemands la ligue d’Augsbourg pour faire respecter les clauses des traités de Nimègue. De son côté Guillaume d’Orange se sert de la révocation de l’édit de Nantes en 1685 et de son accession au trône d’Angleterre en 1689 pour grouper les États protestants contre la France dans une guerre, appelée guerre de la ligue d’Augsbourg (1689-1697), où L. est isolé. Quelques faits la résument : le Palati-nat est dévasté sur l’ordre de Louvois en 1688, le maréchal de Luxembourg remporte les brillantes victoires de Fleurus et de Steinkerque. Le comté de Nice et le Piémont sont occupés. Aux traités de Ryswick(1697) L. est malgré tout obligé de faire preuve de modération : il reconnaît Guillaume comme roi d’Angleterre, restitue aux Espagnols les places annexées depuis Nimègue mais garde définitivement Strasbourg et les villes de la Sarre. La prépondérance française est encore plus compromise par la guerre de Succession d’Espagne qui secoue l’Europe de 1700 à 1714. L. accepte que son petit-fils le duc d’Anjou devienne l’héritier de Charles II et monte sur le trône d’Espagne sous le nom de Philippe V. De nouveau une coalition se dresse contre la France avec l’Angleterre, la Hollande, le Portugal et l’Empire. Une longue guerre d’usure éclate dans de mauvaises conditions générales (difficultés financières, durs hivers de 1708 et 1709, guerre civile en péninsule Ibérique). Sur mer rien n’est compromis et la supériorité passe au camp des Bourbons dans les années 1710; les galions d’Amérique, chargés de métal précieux, sauvent Madrid et Versailles de la défaite. En revanche, sur terre, les opérations ne sont guère décisives jusqu’au moment où les victoires de Villaviciosa en Espagne (1710) et de Denain en France (1712) permettent des négociations qui aboutissent aux traités d’Utrecht (1713) et de Rastadt (1714). Philippe V garde l’Espagne mais perd les Pays-Bas espagnols, le Milanais, Naples et la Sardaigne qui sont donnés en compensation à l’empereur Charles VI. L’Angleterre est gagnante avec d’énormes avantages commerciaux en Acadie, Terre-Neuve et dans les colonies espagnoles. Pourtant L. conserve ses conquêtes continentales. Longtemps, on a écrit qu’il laissait en 1715 une France affaiblie et exsangue. Ce point de vue est abandonné aujourd’hui. En effet, si l’on compare le royaume en 1643 (date de l’arrivée au pouvoir) et en 1715, force est de constater que les guerres se sont soldées par l’acquisition d’un grand nombre de territoires : Dunkerque et la Flandre maritime, une bonne partie de l’Artois, Lille et la Flandre française, Cambrai et le Cambrésis, le Hainaut français, les Trois-Évêchés, l’Alsace et la Franche-Comté, le Roussillon et la Cerdagne. Certes les pertes humaines sont lourdes (près de 500 000 hommes) mais douze provinces ont été gagnées et outremer l’Empire s’étend au Sénégal, aux comptoirs de l’Inde, à la Guyane, à Saint-Domingue, à la Louisiane et en partie au Canada. En matière religieuse, L. impose le même principe que dans l’ordre civil : l’obéissance à l’État. De 1678 à 1693 la question de la régale, qui permet au souverain de nommer aux bénéfices ecclésiastiques et, lors des vacances, d’en percevoir les revenus, met aux prises L. et la papauté. Ce droit est étendu à tous les diocèses du royaume en 1673 et le clergé du royaume souscrit à la Déclaration des Quatre Articles de 1682, qui proclame les libertés de l’Église de France par rapport à la papauté et impose le gallicanisme. Le roi n’hésite pas non plus à intervenir sur le terrain de l’orthodoxie : il lutte contre le quiétisme de Fénelon et de Mme Guyon et il essaie de réduire le jansénisme, qui est devenu une force d’opposition à l’absolutisme et que la papauté désavoue par la bulle Vineam domini en 1705. L. adhère à cette condamnation, fait expulser les religieuses de Port-Royal-des-Champs, raser leur couvent en 1709 et impose enfin au Parlement et au clergé l’acceptation de la bulle Unigenitus (1713), deuxième et solennelle condamnation pontificale des principes du jansénisme. C’est le début d’une fracture entre ceux qui l’acceptent et ceux qui la refusent. Une période de tension et de luttes s’ouvre, dont tout le règne de Louis XV souffrira. Mais le grand problème religieux est posé par les protestants. Louis n’eut d’autre volonté que de leur appliquer le principe Cujus regio, hujus religio (à chaque pays sa religion), largement répandu dans les pays de l’Europe d’alors. Il y avait en France 900 000 protestants pour 19 000 000 de catholiques environ. Le souverain essaie de les attirer dans le sein de l’orthodoxie catholique mais avec des méthodes de contrainte de plus en plus dures. Voyant que l’application stricte de l’édit de Nantes ne suffit pas à stimuler les conversions, il exclut les réformés de nombreux offices, autorise les dragonnades (le logement des soldats) et sur la foi de rapports optimistes se résout à la révocation de l’édit de Nantes par l’édit de Fontainebleau du 18 octobre 1685. Désormais le culte protestant est interdit, ce qui conduit à de graves conséquences : une importante émigration (200 000 personnes appartenant à l’élite intellectuelle et économique) vers la Prusse, les Pro-vinces-Unies ou la Suisse, la révolte des camisards dans les Cévennes sous la direction de Jean Cavalier (1702-1704) et l’hostilité des princes protestants. Cependant, à la fin du règne, l’ordre n’est qu’apparent. Les sensibilités religieuses sont toujours divisées. La réussite du règne est totale dans le domaine des arts : L. est un homme de goût et c’est tout naturellement qu’il pratique une large politique de mécénat, qui donne un relief exceptionnel à la France. Il crée des académies, protège des écrivains (Racine, Boileau, Bossuet, Molière), des musiciens (Lully, de Lalande, Charpentier) et des architectes : Claude Perrault construit la colonnade du Louvre, François Mansart le Val-de-Grâce, Jules Hardouin-Mansart les Invalides. Une génération de sculpteurs, Puget, Girardon, Coysevox et Coustou, illustre le règne. Cette action est symbolisée par l’embellissement et l’agrandissement du château de Versailles sous la direction de Le Vau et Jules Hardouin-Mansart. Charles Lebrun décore l’intérieur tandis que Le Nôtre dessine les somptueux jardins. Les travaux atteignent l’énorme somme de 82 000 000 de livres. À partir de 1682, la cour, qui perd peu à peu le caractère animé et joyeux des premières années du règne pour devenir grave et cérémonieuse, y réside de façon permanente. La ville de Paris n’est pas oubliée : l’Observatoire, la porte Saint-Denis, la porte Saint-Martin sont édifiés, le Louvre abrite l’Académie française. Le classicisme, fait de mesure, d’équilibre et de retenue, s’impose même en Europe où pourtant les influences baroques tentent de le contrebalancer. La fin du règne est marquée par une série de revers. Le royaume est las et appauvri. Dans la famille royale les deuils se succèdent : le fils du roi (le Grand Dauphin) meurt en 1711, son petit-fils, le duc de Bourgogne, en 1712. Le duc d’Anjou, un enfant, devient héritier. Les oppositions se font plus vives : du refuge hollandais les protestants appellent à la rébellion, les Parlements, jansénistes, piaffent d’impatience et les aristocrates (Saint-Simon, Beauvilliers), aidés de Fénelon, rêvent autour du duc de Bourgogne de changements politiques. Pourtant, à sa mort, après sans doute un trop long règne, L. laisse une France plus moderne et unifiée. Mais le Grand Siècle s’achevait.
Bibliographie : F. Bluche, Louis XIV, 1986 et Dictionnaire du Grand Siècle, 1990, t.1 et II.
LOUIS XIV AU POUVOIR • 10 mars 1661 Quand meurt Mazarin, le 9 mars 1661, Louis XIV a 22 ans et grande envie de régner. Le matin du 10, vers 7 heures, il préside le Conseil du roi, où sont réunis le chancelier, les ministres ainsi que les secrétaires d’Etat. C’est alors qu’il annonce : «[...] Jusqu'à présent j'ai bien voulu laisser gouverner mes affaires par feu Monsieur le cardinal. Il est temps que je les gouverne moi-même [...]. Je vous prie et vous ordonne [... ] de ne rien sceller que par mes ordres et sans m'en avoir parlé. » Désormais, et pour les cinquante-quatre ans à venir, l’État, c’est lui. LOUIS XIV ENTRE À STRASBOURG • 23 octobre 1681 Strasbourg, jusque-là ville libre intégrée au Saint Empire romain germanique, marquait plus ou moins sa neutralité dans les conflits opposant le roi français et l’empereur. Or, dans la nuit du 27 au 28 septembre 1681, Louis XIV apprend que Strasbourg a reçu un plénipotentiaire impérial. Le roi y voit une menace, saute aussitôt sur le prétexte et fait occuper le pont de Strasbourg par trois régiments de dragons. Après quoi, vingt-quatre heures sont laissées à la municipalité pour capituler. Le 29 septembre, les Français encerclent la ville, qui se rend. Le roi, qui est à Fontainebleau, se met en route pour la capitale alsacienne. Le 23 octobre, au son des cloches et des canons, il y fait son entrée pour aller entendre un Te Deum dans la cathédrale. Strasbourg, jusque-là ville libre du Saint Empire germanique, est désormais française. Cet événement marque l’apogée de Louis XIV en Europe.LOUIS XIV LE GRAND (Saint-Ger-main-en-Laye, 1638-Versailles, 1715). Roi de France (1643-1715). Son long règne, traversé de gloire mais aussi de guerres particulièrement ruineuses, porta à son apogée l'absolutisme royal. La France, à l'intérieur de frontières améliorées, accéda aussi par l'éclat des lettres et des arts à une place de premier ordre en Europe. Fils de Louis XIII et d'Anne d'Autriche, il n'avait que 5 ans à la mort de son père. Profondément marqué par les souvenirs de la Fronde, il en tira très tôt un vif sentiment de ses prérogatives royales. Marié par nécessité politique à l'infante d'Espagne, Marie-Thérèse (traité des Pyrénées, 1659), il commença son règne personnel à la mort de Mazarin (1661), son premier acte d'autorité étant l'arrestation du surintendant des Finances, Fouquet, et la suppression de sa charge. Le roi affirma, en même temps, sa volonté de gouverner lui-même, refusant de prendre un premier ministre et écartant ceux qui, par leur naissance ou l'attribution de hautes charges, pouvaient porter ombrage à son autorité. Il ne prit, dans les différents conseils de gouvernement (Conseil d'en haut, Conseil des finances, Conseil des dépêches) que des hommes pour la plupart issus de la bourgeoisie (Colbert, Lionne, Le Tel-lier, Louvois, Pomponne). La noblesse, en dehors de ses emplois militaires, fut exclue des affaires politiques, attirée à la cour de Versailles, amusée et ruinée par les fêtes, n'attendant du roi que faveurs et pensions. Les parlements furent réduits à l'impuissance et les États généraux jamais convoqués. Le gouvernement s'exerça à travers l'administration, officiers et intendants représentant, avec une police omniprésente, le pouvoir centralisé. Parallèlement, une sorte d'exaltation quasi religieuse du pouvoir monarchique se développa à la cour de Versailles où le Roi-Soleil s'installa avec les services des ministres à partir de 1672. Le souci du prestige de la France au-dehors, associé à un évident désir de gloire personnelle, entraîna Louis XIV dans une politique belliqueuse, à la fois sur le plan économique (le colbertisme) et militaire. La première phase des conflits (1661-1679), celle des succès, se déroula dans le contexte de la traditionnelle rivalité entre la France et l'Espagne, mais elle conduisit aussi au conflit avec la Hollande et l'Empire. La guerre de Dévolution (1667-1668) lui rapporta Lille et une partie de la Flandre. La guerre de Hollande (1672-1678) dégénéra en conflit européen mais l'Espagne céda la Franche-Comté, des villes du Hai-naut, de la Flandre maritime et de l'Artois. Durant les dix années qui suivirent, la France, en pratiquant en pleine paix une politique d'annexions (Strasbourg en 1681), provoqua l'inquiétude en Europe où commençaient à se nouer des alliances défensives. L'accession au trône d'Angleterre de Guillaume III, son plus redoutable adversaire, et la révocation de l'édit de Nantes qui lui aliénèrent ses alliés allemands achevèrent de dresser l'Europe contre la France. La guerre de la ligue d'Augsbourg (1688-1697) se solda par la restitution de la plupart des annexions passées, Strasbourg étant conservé (paix de Ryswick), et la guerre de Succession d'Espagne (1701-1714) mit la France au bord de la ruine malgré une paix honorable (traités d'Utrecht et de Rastadt). À la fin de son règne, Louis XIV laissait un pays épuisé économiquement mais aussi divisé religieusement. L'affaire de la Régale (1673-1693), qui manifestait la volonté d'indépendance de la monarchie à l'égard de toute puissance spirituelle, l'opposa au pape. Considérant l'unité de foi comme un garant de l'ordre et de la stabilité du royaume, Louis XIV décida la révocation de l'édit de Nantes (1685) et lutta contre le jansénisme. Cependant, à l'expression de cette autorité monarchique répondit le rayonnement culturel de la France qui caractérisa le « siècle de Louis XIV », le mécénat royal ayant largement contribué à l'éclat des lettres et des arts. Le classicisme français triompha au milieu d'une Europe universellement baroque. La protection de Louis XIV consacra la renommée de Molière, Racine, Boileau, Bossuet et Lully. La sculpture (Puget, Girardon) et la peinture (Poussin, le Lorrain, Philippe de Champaigne, Le Brun) mais plus particulièrement l'architecture brillèrent d'un éclat particulier, fondant la réputation de l'art français, imité dans toute l'Europe (Perrault, Man-sard, Le Vau, Hardouin Mansart). La mort successive de son fils le Grand Dauphin (1711) puis de son petit-fils, le duc de Bourgogne (1712), laissa pour seul héritier un arrière-petit-fils, encore enfant, le duc d'Anjou (futur Louis XV). Voir Bossuet, Maintenon (Mme de), Montespan (Mme de).
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- Louis XIV le Grand Le 14 mai 1643, lorsque meurt Louis XIII à Saint-Germain-en-Laye, LouisXIV a cinq ans.
- Jacques Champion de Chambonnièresvers 1602-1672Succéda à son père et à son grand-père de la chambre du roi ; anobli, roulant carrosse,claveciniste de Louis XIV en 1643, il dansait à la Cour des ballets où il a puisé souvent soninspiration.
- LOUIS XIV le Grand(5 septembre 1638- 1er septembre 1715)Roi de France (1643-1er septembre 1715)Le 14 mai 1643, lorsque meurt Louis XIII à Saint-Germain-en Laye,Louis XIV a cinq ans.
- LOUIS LE GRAND DAUPHIN, dit Monseigneur (1661-1711)Fils unique de Louis XIV et de Marie-Thérèse d'Espagne, il a pour précepteur Bossuet.
- LOUIS XIV le Grand (5 septembre 1638- 1er septembre 1715) Roi de France (1643-1715) Le 14 mai 1643O514, lorsque meurt Louis XIIIF131 à Saint-Germain-en-Laye, Louis XIV a cinq ans.