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Lincoln, Abraham (près de Hodgenville 1809-Washington 1865); président des États-Unis [1861-1865].

Lincoln, Abraham (près de Hodgenville 1809-Washington 1865); président des États-Unis [1861-1865].

Né au Kentucky, grandi en Indiana et en Illinois, L. a dû travailler jeune. Derrière une apparence gauche se dissimule une force physique considérable. Bûcheron, vacher ou valet de ferme, il entreprend à deux reprises la descente du Mississippi jusqu'à la Nouvelle-Orléans, où la confrontation avec le marché aux esclaves lui cause une vive émotion. Après un court intermède comme lieutenant pendant la guerre contre le chef indien Black Hawk, il se présente comme candidat à l'Assemblée de l'Illinois. L. défend le programme du parti conservateur dont les dirigeants, Clay surtout, ont attiré le jeune homme. Il perd cependant dans l'élection de 1831 contre le parti démocrate, qui sait mieux capter les sentiments de la communauté des pionniers. Il poursuit en autodidacte des études et exerce le métier d'avocat à partir de 1837 ; il est nommé membre de l'Assemblée de l'Illinois (1834-1842). Installé à Springfield, L. affine ses conceptions et ses aptitudes, qui font de lui l'un des membres les plus éminents de la communauté intellectuelle de la ville. Il obtient très rapidement une influence politique et il acquiert comme avocat, en coopérant avec d'autres collègues bien établis, la réputation d'un bon juriste. En 1842, il épouse Anne Todd, la fille d'une famille aisée, qui lui donne quatre fils. Mais en 1847, membre du Congrès, il perd le soutien de ses amis politiques lorsqu'il prend fermement position contre la guerre avec le Mexique. Il retourne à la politique en contribuant à la fondation du parti républicain. Celui-ci se constitue en réaction aux lois du Kansas et du Nebraska (1854), qui abandonnent à ces territoires la liberté de décision en matière d'esclavage, ce qui est en contradiction avec le compromis du Missouri (1850) qui avait exclu une extension de l'esclavage aux régions de l'Ouest. Comme juriste et comme humaniste, L. défend par conviction la ligne simple du parti, qui consiste à tolérer l'esclavage là où il existe déjà, comme l'exigent la Constitution et le maintien de l'unité. Mais le parti veut empêcher son extension car il considère l'esclavage comme une injustice fondamentale. Quand une décision de la Cour suprême des Etats-Unis soutient la constitutionnalité de l'esclavage dans tous les territoires, elle remet en question la justification légale du nouveau parti. C'est dans ce contexte où le Sud « profond » triomphe qu'intervient l'élection pour le siège de sénateur de l'Illinois. L. affronte le sénateur Douglas, le père des lois Kansas-Nebraska, qui possède une solide stature politique, mais L. l'égale sur le double plan intellectuel et rhétorique. Evénement de portée nationale, les débats entre les deux candidats permettent à L. de graver son nom dans l'histoire américaine. Certes il perd l'élection, mais il obtient que Douglas, homme honnête et indépendant, reconnaisse la décision de la Cour suprême ainsi que la validité de ses théories (souveraineté des territoires) - victoire importante pour l'avenir qui devait conduire à la division du parti démocrate. Pendant toute la durée de la controverse, L. s'est volontairement éloigné de l'argumentation radicale des abolitionnistes. Convaincu du déclin inexorable de l'esclavage, L. refuse de se prononcer pour une suppression radicale. Quelques mois plus tard, il qualifie, dans un discours décisif tenu devant un public new-yorkais sceptique, l'esclavage d'injustice morale et il dénonce collectivement ceux qui le pratiquent ou le défendent. Entretemps, le parti démocrate a fait scission. L. se présente comme candidat à l'investiture républicaine pour l'élection présidentielle contre William Seward, gouverneur de New York et chef du parti à l'Est, qui exerce une grande influence sur la machine partisane. Mais celui-ci subit une défaite lors de la convention républicaine qui désigne L. Ce dernier remporte l'élection à la présidence des Etats-Unis, mais il n'est élu qu'à la majorité relative des voix, ce qui jette une ombre sur les événements futurs. Le Sud réagit de manière défavorable. Quand il entre en fonction en mars 1861, sept Etats du Sud se sont déjà détachés de l'Union et ont formé une confédération indépendante. L. démontre tout de suite une grande fermeté de principe : entre son élection et sa prise de fonction, il refuse tout compromis sur la question de l'esclavage, bien que des hommes politiques modérés des deux camps tiennent la chose pour encore possible. Il tente aussi d'empêcher la défection d'autres Etats de l'Union en menant une politique prudente et attentiste. En même temps, il essaie de contrôler les forces radicales du Nord. Ce balancement correspond à la politique qu'il conduit pendant les années suivantes. Dès avant le début de la guerre de Sécession, il se montre un homme d'Etat hors pair. Quand les premiers coups de feu tirés à Fort Sumter ouvrent les hostilités, L. donne à la fonction présidentielle une nouvelle dimension en agissant pendant les quatre-vingts jours suivants avec une inflexible détermination. Par décret, il fait appel à la milice, il organise le blocus des ports du Sud, il suspend en partie les lois sur l'Habeas corpus et il ordonne le renforcement de l'armée, sans demander auparavant l'accord du Congrès. Au sein de son gouvernement, il consolide discrètement mais sûrement son contrôle sur les départements ministériels, notamment vis-à-vis du secrétaire d'Etat Seward ; c'est lui du reste qui donne le ton en matière de politique étrangère. Il démontre la prééminence du pouvoir civil sur le militaire en mutant le général Fremont qui intervient sur le plan politique. Il constitue une milice dans chaque État et non une armée nationale. Pendant la première année de guerre, qui se solde par des batailles infructueuses à cause de soldats mal entraînés, de chefs incapables et d'une administration corrompue, L. doit en outre faire face à des opposants internes, les abolitionnistes extrémistes, qui dominent alors largement le comité militaire et qui y exercent une influence dangereuse. Le commandant en chef des troupes de l'Union, McClellan, un homme certes efficace mais arbitraire, est victime de leur hostilité car il hésite à entreprendre des opérations avec une armée manquant de préparation. Sa position est dès lors compromise, d'autant plus que L. commence à douter de ses capacités. L. avait entamé sa présidence en promettant de ne pas remettre en cause l'esclavage déjà existant dans les États. Au début de l'année 1862, il est un moment attaché à l'idée d'une colonie de peuplement noir. Mais en même temps, il en vient, pour des considérations politiques, à rédiger une déclaration d'émancipation des Noirs qu'il ne publie, sur les conseils de Seward, que lorsque la situation militaire du Nord s'est améliorée (23 sept. 1862). Il fait de la libération des esclaves un important instrument politique entre ses mains. C'est à la fois une nécessité militaire et un moyen de politique extérieure dont il use habilement dans l'espoir d'obtenir le soutien de l'Europe, surtout de l'Angleterre. Le conflit entre le Nord et le Sud est ainsi transformé de guerre pour la conservation de l'Union en guerre pour la libération des esclaves. Cela permet d'ailleurs plus tard le recrutement de Noirs par les armées fédérées. En juillet 1863, avec les victoires remportées à Vicksburg et à Gettysburg, la victoire commence à pencher du côté du Nord. La dimension de la vision de L. apparaît dans son message de Gettysburg, dans lequel il rend hommage à tous les morts de la nation, avec une sublime sobriété et une grande dignité. « Nous nous promettons ici solennellement qu'ils ne sont pas tombés en vain, que cette nation sous la conduite de Dieu naîtra à une nouvelle liberté et que le gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple ne disparaîtra pas de la terre. »

En nommant en mars 1864 Grant commandant en chef, L. dispose à la tête de l'armée d'un général sur lequel il peut compter. Grant et Sherman lui apportent les victoires militaires dont le président a un besoin urgent pour contrecarrer l'opposition croissante des radicaux et celle des démocrates inclinés à négocier, les uns et les autres essayant déjà de faire avorter la réélection de L. Le désir d'entamer des négociations avec le Sud se manifeste alors de plus en plus ; il est notamment partagé par une partie des démocrates. L. ne repousse pas des tentatives de prise de contact. Mais la plupart des négociateurs voient leur ardeur refroidie par l'absence de résultats, à l'exception toutefois de l'influent éditeur du New York Tribune, Horace Greeley, que L. qualifie de prolongateur de la guerre après qu'il eut essuyé un échec. Celui-ci s'explique en fait par la franchise du président de la Confédération, Jefferson Davis, qui se déclare clairement disposé à ouvrir des négociations uniquement à la condition que les États du Sud soient reconnus. L'attitude défaitiste des démocrates ainsi que l'occupation d'Atlanta par Sherman (1er sept. 1864) contribuent également à cet échec. L. est réélu président avec 212 voix contre 21. Le déroulement de l'élection constitue une preuve supplémentaire de la vivacité d'une démocratie en temps de guerre. Dans sa seconde adresse inaugurale, L. déclare qu'il n'éprouve aucun « ressentiment contre personne » et qu'il a au contraire de « l'amour pour tous ». Il indique ainsi la voie qu'il entend emprunter après la victoire. Le 9 avril, le général Lee capitule à Appomatox. Deux jours plus tard, L. présente son programme de reconstruction en faveur du Sud, l'offre la plus généreuse qu'un vainqueur ait jamais faite à un adversaire défait et démuni. L. ne se considère pas comme un conquérant. Il reste quoi qu'il en soit le président des États-Unis d'Amérique, celui qui a pris sa charge en 1861. Les coups de feu qu'un fanatique sudiste, l'acteur Booth, tirent sur lui le 14 avril l'empêchent de panser les blessures que la guerre civile a ouvertes.




LINCOLN, Abraham

(près de Hodgenville, Kentucky, 1809-Washington, 1865). Homme politique américain. Président des États-Unis (1860-1865) lors de la guerre de Sécession, resté célèbre pour ses positions anti-esclavagistes mais aussi son combat pour le maintien de l'Union. Lincoln est placé au premier rang de ceux qui, avec George Washington, ont fait la grandeur des Etats-Unis. Fils d'un pionnier de l'Ouest, il partagea la vie difficile de ses parents, colons dans l'Indiana, pratiqua divers métiers puis, après des études d'autodidacte, devint avocat. Élu député à l'assemblée de l'Illinois (1834-1842), il entra au Congrès en 1847. Son opposition à la guerre du Mexique (1846-1848) lui attira l'hostilité de ses électeurs, très patriotes, et il revint à son métier d'avocat, acquérant rapidement un certain renom. L'organisation du territoire du Kansas-Nebraska (1854) dans le cadre de l'extension des États-Unis vers l'ouest ramena Lincoln à la vie politique. Anti-esclavagiste, il fut scandalisé par la possibilité donnée au nouvel État de décider s'il serait esclavagiste ou non, ce qui annulait le compromis du Missouri. Lincoln fit une retentissante campagne contre le compromis Kansas-Nebraska, qui le rendit célèbre, et adhéra au Parti républicain, anti-esclavagiste. Profitant du système électoral américain et de la division des démocrates, Lincoln fut élu Président des États-Unis (1860). Son élection déclencha aussitôt la sécession de la Caroline du Sud esclavagiste, suivie de dix autres États. Très opposé au recours à la force, ce fut l'attaque par les sudistes du fort Sumter qui décida Lincoln à lancer l'armée fédérale dans la guerre, plus résolu à maintenir l'Union qu'à se battre pour l'émancipation des Noirs qu'il ne prononça qu'en 1863. Après avoir confié à Grant (1864) le commandement des armées qu'il avait assumé jusque-là, Lincoln, à nouveau candidat, fut réélu à la présidence en 1864. Après la reddition du général sudiste, Lee, il décida l'élaboration d'un programme de « reconstruction », prévoyant de « panser les blessures de la nation sans rancune contre personne ». Mais il fut assassiné alors qu'il assistait à une représentation théâtrale à Washington, par un acteur sudiste. La même année, le 13e amendement de la Constitution supprima l'esclavage. La mort de Lincoln eut des conséquences dramatiques pour le sud, livré à la haine et aux vengeances sous les présidences de Andrew Johnson et surtout de Ulysses Grant. Voir GETTYSBURG (Bataille de, ler-3 juillet 1863) (Bataille de).

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