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LE LANGAGE (cours rédigé)

Le langage

Du latin lingua « langue » du sens de l'organe de la parole, le langage désigne ordinairement «  la faculté qu'ont les hommes de s'entendre au moyen de signes vocaux » affirme André Martinet, Eléments de linguistique générale). Quoi qu'il puisse également passer par d'autres modes de production de signes tels que l'écriture, ou la langue des signes. Autrement dit, le langage est la faculté de parler dans le but de communiquer. Il s'agit donc à la fois d'un phénomène organique lié à la voix et d'un phénomène psychique lié à la pensée. Le langage est en effet le propre de l'homme en ce qu'il témoigne de l'existence de la pensée et en ce qu'il est une condition de la vérité. Mais il est aussi un pouvoir d'action : lorsque nous parlons, nous ne nous contentons pas de décrire ce qui est, nous cherchons aussi à influencer autrui.

D'emblée elle semble indispensable car il n'est pas un moment de notre vie où nous ne soyons occupés à l'une de ces multiples activité linguistiques (lire, écrire, écouter, parler, à soi ou aux autres), nous sommes comme qui dirait, immergés dans le langage.

 

Langage et communication

 

Le langage se définit par un vocabulaire, c'est-à-dire par un pouvoir de nomination et par une grammaire, c'est donc par des règles régissant la nature et les relations des mots. Elle se voit comme un symbole d'expression et de communication, elle ne serait que l'instrument ou l'intermédiaire par lequel se manifeste la pensée comme le formule Hobbes « L'usage général de la parole est de transformer notre discours mental en discours verbal ». Dans ce cas, le « discours verbal » fait de mots, serait secondaire et se limiterait à extérioriser une pensée qui lui préexisterait.

 

Le langage a pour fonction primordiale de rendre possible une forme de communication indispensable à la survie, la réflexion sur le langage commence donc par porter surtout sur ce moyen très particulier dont les hommes disposent pour manifester leur pensée et communiquer entre eux. 

 

Rousseau, « Les passions à l'origine des langues »: Contrairement à l'idée reçue selon laquelle le langage aurait son origine dans les besoins primaires de l'homme, Rousseau soutient qu'il procède de l'affectivité qui accompagne et détermine les premiers rudiments de vie sociale. Ce n'est pas la relation à la nature, mais la relation aux autres qui prescrit l'usage de la parole. 

Il convient de distinguer besoin physique et désir psychique. L'ordre du besoin est insuffisant pour expliquer le langage humain : «  Si nous n'avions jamais eu que des besoins physiques, nous aurions fort bien pu ne parler jamais, et nous entendre parfaitement par la seule langue du geste. » En effet, la langue « que les premiers besoins dictèrent » était gestuelle ; celle « que les passions arrachèrent » était vocale. La langue gestuelle ne nous fait pas quitter le monde animal ; c'est la voix qui nous socialise et nous humanise. La voix humaine n'est pas réductible à la matérialité sonore qu'étudie l'acoustique : elle est présence affective, morale et spirituelle. Selon Rousseau, le besoin physique disperse les hommes davantage qu'il ne les rassemble. Les passions, en revanche, rapprochent les hommes entre eux (même si elles peuvent aussi, bien sûr, les désunir). Parole, chant et poésie sont originellement indissociables : « Les premières langues furent chantantes et passionnées avant d'être simples et méthodiques. » Ces langues furent vocaliques, mélodiques et figurées plutôt que consonantiques, didactiques (qui a pour but d'instruire) et conceptuelles. 

Rousseau dresse une géographie linguistique idéale divisée en deux catégories : les pays chauds et les pays froids. Dans les pays chauds, les hommes creusent des puits et se rassemblent. Autour de ces puits, se forment les premières communautés : « Là se firent les premières fêtes, les pieds bondissaient de joie, le geste empressé ne suffisait plus, la voix l'accompagnait d'accents passionnés. » Dans les pays froids, les hommes sont davantage soumis aux dures nécessités de la nature. Ils doivent d'abord se protéger de l'hostilité du milieu : « Le continuel danger de périr ne permettrait pas de se borner à la langue du geste, et le premier mot ne fut pas chez eux aimez-moi, mais aidez-moi. »

 

L'essence du langage est dans la relation avec autrui et c'est lui qui permet d'accomplir ce que Lévinas nomme « la mise en commun originelle », il n'y a pas d'homme sans échange donc pas d'échange sans langage. Comme Benvéniste l'affirme, « nous parlons à d'autres qui parlent, telle est la réalité humaine », c'est-à-dire qu'il n'y a pas communication si l'on ne reçoit de réponse. Le langage est alors indispensable pour communiquer, c'est la spécificité du langage humain et c'est ce qui la diffère de la communication animale, elle est sans fonction prédéterminée et sans objet prédéfini, elle aurait à charge la pensée même de l'émetteur (le langage permet de penser).

Saussure appelle alors « langage articulé » le langage humain, au sens où il constitue une chaîne de signes linguistiques articulés entre eux. Selon Martinet, la propriété qu'au langage humain d'être un « langage articulé » est double. Il montre qu'un énoncé linguistique peu en effet être décomposé en monèmes (unités de première articulation) qui correspondent aux signes linguistiques définies par Saussure (signifiant et signifié) et chaque monème peut être décomposé en phonèmes (unités de deuxième articulation) qui correspondent aux petites unités phonétiques qui entre dans la composition des monèmes (par exemple [t-[é]-t] sont les phonèmes aux monèmes « tête ». C'est donc la notion de la double articulation. Saussure, philosophe suisse, a montré que les mots que nous utilisons pour parler sont la totalité d'un signifiant (la suite de mots qui composent le mot) et d'un signifié (ce que le mot veut dire). Il a aussi établit qu'il n'y avait aucun rapport logique entre le signifiant et le signifié : c'est la thèse de l'arbitraire du signe (dépend d'une décision individuelle). Le plus important ici est la notion de système qui indique que les différents signes sont solidaires et qu'ils ne peuvent se penser en eux-mêmes indépendamment de ceux qui les entourent (ne peuvent pas se penser de manière indépendante). Le signe n'a pas en lui-même de consistance, de valeur selon le terme de Saussure.

Le langage est donc une convention arbitraire, c'est pourquoi il existe plusieurs langues. On opposera pour cela le langage en tant que faculté ou aptitude à constituer un système de signe, à la langue qui est l'instrument de communication propre à une communauté humaine (par exemple la langue française). La langue est un exemple institué et stables de symboles verbaux ou écrits propre à un corps social.

Enfin le langage ne doit pas non plus être confondu avec la parole, qui est l'acte individuel par lequel s'exerce la fonction linguistique. Il y a communication dès lors qu'un émetteur quelconque transmet une information ou un message à un récepteur. Le message est transmis grâce à un support matériel (sons de voix, gestes), il est déchiffré par le récepteur à l'aide d'un code, le code étant l'ensemble des signes et de règles que possèdent en commun les sujets qui communiquent. Nous admettrons donc qu'il existe d'autres modes de communication que le langage articulé comme le code de la route, les rites de politesses, les expressions corporelles. La plupart des animaux utilisent des signaux usuels, sonores ou olfactifs (relatif à l'odorat) pour communiquer entre eux.

 

Peut-on parler de langage animal ? Le langage humain est-il différent du langage animal ?

 

La différence entre le langage humain et animal n'est pas seulement de degré dans le fait que le langage animal est moins complexe que l'humain mais plutôt de nature, parler c'est avoir l'intention de signifier quelque chose, c'est penser ce qui n'est pas le cas des animaux. 

Le perroquet peut très bien proférer des paroles mais ne sait pas ce qu'il dit, il ne le comprend pas. 

Soutenir que le langage est le propre de l'homme n'est pas donc pas comme on l'admet parfois, faire injure au monde animal. C'est seulement faire valoir que parmi tous les systèmes de communication, celui des êtres humains comporte des caractères particuliers et indissociables des autres caractéristiques humaines. Cette thèse est formulée par Descartes dans « Le langage, signe de la pensée ». Pour lui, c'est par l'âme que l'homme se distingue des bêtes. L'action de l'âme consiste dans la pensée, et le langage en est la manifestation.

Dans une remarquable définition, il montre que le langage ne doit pas être assimilé à la communication, le caractérise par l' « à-propos », la pertinence qui témoigne de la liberté du jugement, et par le recul que donne le signe linguistique. Le langage est bien le propre de l'homme et si les animaux ne parlent pas, c'est faute de penser et non faute de moyens de communication, comme le prouve le fait qu'ils savent fort bien exprimer leurs passions.

Certains animaux ont développé des formes évoluées de communication et particulièrement ceux qui vivent en société comme les abeilles. Mais comme a montré Benveniste un linguistique français « ce langage n'a rien à voir avec le langage humain », il dicte ici un comportement et non une réponse linguistique.

Les animaux n'utilisent pas dans leur communication de signes composés mais des signaux indécomposables. L'abeille n'a jamais répondu autrement qu'en reproduisant la danse de l'abeille émettrice et en se dirigeant vers le butin. Les animaux possèdent leur « langage » dès la naissance. Ils n'ont pas à l'apprendre parce que c'est leur instinct qui le leur dicte, ce « langage » est inné et non acquis. Le « langage » animal n'a pas de grammaire, les signaux qui le composent ont chacun un sens précis et unique et ne peuvent donc pas être combinés entre eux. Selon Rousseau, « la langue de convention n'appartient qu'à l'homme », c'est un accord tacite (sous-entendu) entre les membres de la communauté grâce auquel il existe la langue. Le langage humain par rapport au langage animal est plus riche de significations et surtout, il est capable d'invention et de progrès.

Il ne suffit pas alors de décrire le langage comme un simple système de communication, elle est surtout une activité qui suppose une conscience, un sujet pensant. 

 

Le langage ne sert-il qu'à communiquer?

 

Parler ce n'est pas seulement transmettre de l'information de façon neutre, c'est aussi agir : commander, ordonner, imposer. Dans ce cas le langage ne fut que traduire des hiérarchies dont il n'est pas responsable mais le langage produit aussi par lui-même des distinctions moins perceptibles entre les individus. Parler est le moyen premier et essentiel dont les hommes disposent pour maîtriser le monde : nommer les choses et les idées, c'est la première condition de possibilité du savoir, donc de la classification et de l'utilisation des connaissances à travers lesquelles on s'approprie symboliquement le monde, c'est un moyen dont les hommes disposent pour modifier la nature à leur avantage.

De la parole « distinguent » les catégories sociales, les âges, les caractères, valorisent ou humilient, renforcent ou affaiblissent des situations bien plus, la parole est acte à titre plus officiel lorsque nous disons par exemple «  je promets, je prends acte » l'expression est acte et l'acte ne se distingue pas de l'expression, c'est ce qu'on appelle un usage performatif de la langue. De fait, au sein de chaque société, tous ne maîtrisent pas le même « niveau » de langage et l'on sait bien que toutes les façons de s'exprimer ne se valent pas, au sens où les unes favorisent bien plus que d'autres l'accès à des positions et à des savoirs privilégiés.

Le langage nous sert d'abord à y imposer un ordre en classant les choses par ressemblance. Le langage ne fait donc pas que décrire un monde qui lui serait préexistant, c'est lui qui délimite le monde humain, ce que nous pouvons percevoir et même ce que nous pouvons penser. Deux objections sur la pensée peuvent être faites. La première est avancée par Bergson est que notre vie intérieure, qui est singulière ne peut être qu'imparfaitement traduite par les mots qui sont généraux car le « langage fige la pensée ».

Il arrive d'avoir le sentiment que les mots manquent, qu'ils font défaut. Ex : On possède dans son esprit une idée ou une impression qui cherche à s'exprimer sans pouvoir y parvenir. Lorsque nous n'arrivons pas à formuler ce que nous « voulons dire », il peut sembler alors qu'il existerait une forme de pensée intuitive, antérieure au langage. L'expérience de l'indicible, de l'ineffable, l'ineffable désigne ce qui ne peut pas être exprimé par des mots semble montrer les limites de ce que le langage se trouve capable d'exprimer. Il y aurait un décalage entre la vie intérieure singulière et le langage qui serait inapte à atteindre le moi profond dans ce qu'il a de personnel. 

La deuxième objection souligne au contraire que le langage fait plus qu'exprimer la pensée, il la constitue. Hegel affirme que seuls les mots donnent une forme véritable aux pensées. L'ineffable n'est pas une pensée plus subtile ou plus élevée que le langage, ce n'est qu'une pensée obscure, bancale et inaboutie. Le langage ne servirait donc pas seulement à parler, mais bel et bien à penser. 

Ne serait-ce que parce qu'il nous fait nommer les choses, le langage permet de nous ouvrir à tout ce qui est. Il ne faut donc pas accabler (affliger) le langage de ce qui relève des défaillances de ceux qui l'utilisent mal. Si les écrivains parviennent à rendre des sentiments subtils et des pensées nuancées, c'est que le langage le permet à qui sait exploiter toutes ses ressources. Pourtant ce que nous voulons dire n'est pas toujours identique à ce que nous disons effectivement, et en dit parfois davantage. Certaines paroles (notamment les lapsus) révèlent, pour Freud, l'existence d'un inconscient à côté de la conscience

Mais le langage n'est pas seulement un système de signes servant à communiquer des pensées ou à représenter le monde. Il est également et ceci au plus haut degré une activité sociale (le langage permet de se comprendre et donc de communiquer). Tout un courant philosophique contemporain a été amené à mettre en valeur cette dimension pragmatique (qui considère la valeur concrète des choses) du langage. Ludwig Wittgenstein, philosophe autrichien, a tout d'abord introduit la notion de jeu de langage pour révéler la diversité des fonctions langagières: chaque type de langage renvoie à une pratique collective telle que raconter une histoire, résoudre une énigme, commander comportant ses propres règles et sa grammaire spécifique. Ces jeux de langage même s'ils ne font pas l'objet de conventions explicites sont pourtant par nature des faits sociaux. Des lors le langage ne peut plus être conçu comme un phénomène privé car il est source d'une activité sociale. La pragmatique est un pouvoir d'action sur les autres et sur le monde. De son coté, le philosophe anglais John Langshaw Austin distingue deux classes d'énoncés. Les énoncés constatif, sont les plus ordinaires. Ce sont ceux qui décrivent le monde ou constatent (d'où leur nom) des états de choses comme l'expression «il fait beau aujourd'hui » et dans "Quand dire, c'est faire", montre que nos énoncés dans leur ensemble sont des actes et non pas seulement des propositions descriptives, ou des affirmations susceptibles d'être vraies ou fausses. Les énoncés performatifs, du verbe anglais perform désignant "accomplir une action", constituent en eux-mêmes des actes et produisent des effets. L'intérêt philosophique de cette distinction est de mettre en évidence le fait que le langage n'est pas seulement de représenter le monde, mais aussi un moyen d'agir. C'est d'autant plus vrai qu'il y a du "performatif" (accomplir une action) dans beaucoup de production langagière y compris celles qui semblent de prime abord "constatives". Par exemple "il y a un taureau dans ce champ" peut être une mise en garde ou encore " le train va partir dans cinq minutes" qui peut être une invitation à se dépêcher. Or ces actes de langage ont des conditions d'accomplissement inaperçues qui peuvent pervertir nos discours ou mettre en échec les finalités de nos actions. Les mots ont alors un très grand pouvoir puisque c'est à travers eux que se structure la perception de l'univers dans lequel nous vivons. 

 

IV - Le pouvoir des mots

Avec ces analyses, la pensée contemporaine confirme et réactualise une préoccupation philosophique très ancienne Platon, philosophe de la Grèce antique, fut en effet un des premiers à prendre conscience du redoutable pouvoir des mots et à s'en inquiéter Dans "Le Sophiste" par exemple il mettait ses concitoyens en garde contre la séduction des orateurs habiles, que ce soient aussi bien des hommes politiques opportunistes ou des sophistes c'étaient des personnes qui avaient un raisonnement faux, présentant une apparence de vérité et de rigueur mais qui avaient souvent l'intention de tromper. Ce qui est un défaut du point de vue de l'exigence de vérité est un atout d'un autre point de vue: c'est par sa richesse, sa complexité, que le langage produit ses doubles sens et ses malentendus. Nous pouvons jouer sur les mots, sous-entendre ce sue nous ne voulons pas dire explicitement. 

Ces inquiétudes se retrouvent aujourd'hui. Les succès de la communication sont en effet largement ambivalent (ambiguë). Chacun peut mesurer le pouvoir immense que confère la maîtrise de tel ou tel moyen d'expression et il est difficile de trouver des parades au détournement toujours possible des mots à des fins personnelles ou violents. Au moins doit-on prendre conscience des enjeux d'un tel débat car c'est le langage tout entier dans sa fonction essentielle, l'accomplissement de l'humanité par le dialogue et la pensée qui pourrait dans le cas contraire se trouver réellement menacé. 

Parler, comme écrire, est d'abord un moyen d'intervenir sur autrui. De nombreuses professions reposent sur un tel pouvoir: les avocats, les hommes politiques, les publicitaires et tous les « communicants » (qui étaient dans l'Antiquité les sophistes et les rhéteurs, voire les journalistes, les professeurs, etc. Leurs paroles instruisent, persuadent, convainquent et, le cas échéant, manipulent.

Le langage donne aux hommes le moyen de maîtriser le monde: il permet de nommer, il est la condition indépassable du savoir, la condition de possibilité de classification et de toutes les connaissances par lesquelles nous nous approprions symboliquement le monde. C'est ce qu'indique le texte de la Genèse, selon ce récit c'est en proférant des mots que le Dieu biblique créa le monde, mythe de création qui reconnaît au langage comme beaucoup d'autres, un pouvoir de maîtriser les choses. Il est aussi la médiation (intermédiaire) par lequel l'homme s'adresse à ses semblables, le lieu privilégié de l'interaction sociale. La parole, qui est une actualisation individuelle du code sociale qu'est la langue (la parole est propre à chacun ce qui permet l'intégration de l'individu), n'est pas limitée à un usage descriptif ou neutre, de type scientifique. La parole n'est pas indexée (à l'écart) sur la vérité: on connaît le commandement, on sait à quel point le pouvoir politique ne pourrait se passer de la parole. Platon nous montre comment la rhétorique (l'art de bien parler) s'occupe de produire la persuasion sans égard (sans tenir compte) pour la valeur de vérité et que celui qui sait manier la parole a toute sa chance de l'emporter sur tous les autres, y compris les spécialistes. On connaît encore le pouvoir magique de la parole, sa faculté d'envoûtement que tous les pouvoirs, aussi bien laïques que religieux, ont su exploiter, mais aussi son pouvoir de libération qui fait de la psychanalyse une cure de la parole. 

La parole peut être un moyen de maîtrise, lieu de rapports de force, d'incitations et d'interdits, mais la langue elle-même est marquée de ce rapport au pouvoir. La langue appartient à une communauté traversée de conflits, à ce titre elle est un enjeu, elle a une histoire, liée à celle du pouvoir politique et économique qu'elle manifeste et renforce. Ce qu'on appelle une "langue officielle" est le résultat, à un certain moment de luttes souvent âpres (par exemple la Révolution).

V  - CONCLUSION

Le langage articulé est le propre de l'homme. Mais l'homme ne "possède" pas le langage, et il faut exclure tout rapport de maîtrise et tout rapport instrumental entre l'homme et le langage. C'est au contraire le langage qui donne forme à la genèse (création) du sujet. Il est le milieu dans lequel tout homme se forme, par lequel chacun peut s'inscrire dans la communauté des hommes. Chaque langue est un produit historique et social qui a ses règles de fonctionnement, ses découpages conceptuels qui s'imposent à ceux qui la parlent. Les hommes sont constitués par le langage, ils en reçoivent la loi qui en fait des êtres de langage. 

Pour les uns, la nécessité de s'extérioriser par les voies du langage constitue pour la pensée une sorte de handicap ; en d'autres termes, les mots sont certes inévitables, mais ils figent abusivement les idées, ils déforment ou affaiblissent le sens propre et premier de la pensée. Pour d'autres, au contraire, il semble évident, non seulement que la pensée ne peut pas se passer du langage, que sans lui elle n'aurait aucun mode d'existence mais même que l'organisation des mots et celle des idées sont intimement et positivement liées. L'écriture apparaît tantôt comme une fixation trop rigide du langage oral dont il faut se méfier si l'on veut conserver au langage sa fluidité et son pouvoir indéfiniment créateur pour pouvoir étendre sa portée dans l'espace.

Que serait alors une langue idéale ? Ne suffirait-il pas pour se comprendre toujours et partout, que les hommes se montrent les uns aux autres les choses dont ils « parlent » ?

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