Databac

La navigation dans la Grèce antique

navigation. Avec les Phéniciens dont ils furent peut-être les élèves et ensuite les rivaux, les Grecs étaient le plus grand peuple de marins de l’Antiquité. Ils resteront les maîtres de la Méditerranée orientale à l’époque hellénistique. Ignorant la boussole, connue en Chine au IIe s., les navigateurs grecs se dirigeaient en observant le soleil et les étoiles; mais ils pratiquaient de préférence la navigation côtière, pour laquelle ils disposaient d’instructions nautiques => géographie. À l’époque homérique, on naviguait de jour, et, la nuit, on tirait le vaisseau sur le rivage lorsque c’était possible. Les navires de l’époque historique, plus lourds et pourvus d’un ou deux mâts équipés de voiles carrées et de focs, connus à l’époque hellénique, avaient un déplacement de 200 à 400 tonnes et naviguaient jour et nuit, parcourant une moyenne de 500 stades (environ 50 milles marins) par jour. Il fallait à peu près seize semaines pour aller d’Italie aux Indes et trois à quatre semaines pour se rendre d’Italie à Alexandrie. Cependant, en Méditerranée, la navigation était ralentie, sinon interrompue, par le mauvais temps d’octobre à avril. Dès la fin de l’époque archaïque, la Méditerranée et la mer Noire étaient complètement explorées par les Grecs, à la suite des Phéniciens. Ces derniers, fourriers de l’étain, allaient le chercher vers l’Angleterre par l’Atlantique. Au vie s. av. J.-C., les Phocéens tentèrent de les suivre en forçant les Colonnes d’Héraclès (Gibraltar), jalousement défendues par les Phéniciens ; un Phocéen, Midacrite, semble avoir atteint les Cassitérides => métaux. Au ive s. av. J.-C., le Massaliote Pythéas força lui aussi les Colonnes d’Héraclès, navigua le long des côtes de la Gaule et il s’aventura probablement dans la mer du Nord, où il découvrit l’île de Thulé (Islande ou Norvège), tandis que son compatriote Euthyménès suivait les côtes d’Afrique jusqu’au Sénégal. Avant lui, les Carthaginois, dirigés par Hannon, à la tête de soixante vaisseaux, avaient établi des comptoirs le long des côtes marocaines et poussé leur expédition jusqu’au sud du Sénégal, voire jusqu’au Cameroun, au fond du golfe de Guinée. Mais c’est vers les mers du Sud que les Grecs orientèrent surtout leurs recherches. Vers 520 av. J.-C., sous le règne de Darios, Scylax, de Caryanda (Asie Mineure), descendit l’Indus, suivit les côtes de Perse et d’Arabie, et parvint en Égypte après un périple de deux ans et demi. Ce n’est cependant qu’à partir d’Alexandre le Grand que les Grecs allaient explorer systématiquement ces régions. Le Crétois Néarque commanda la flotte d'Alexandre qui suivit depuis les bouches de l’Indus la côte de Perse jusqu’en Susiane. Alexandre envoya ensuite trois expéditions chargées d’explorer les côtes de l’Arabie : Archias atteignit Tylos (Bahrein); Androsthènes parvint jusqu’au cap Masandam, à la sortie du golfe Persique; Hiéron le doubla, mais, effrayé par l’aridité de la côte, il revint en arrière. Sous le premier Ptolémée, son amiral, Philon, parcourut la mer Rouge et découvrit l’île Zebirget; sous Ptolémée II, Satyros explora la côte des Troglodytes (Érythrée, Somalie), où il établit des comptoirs ; Ariston et Pythagoras explorèrent les côtes de l’Arabie baignées par la mer Rouge. Plus actif encore, Ptolémée III chassa la piraterie de la mer Rouge, envoya Simmias explorer les côtes africaines et ne cessa ensuite d’organiser des expéditions en mer Rouge. Sous le règne de Ptolémée VII Èvergète II, Eudoxe de Cyzique effectua la circumnavigation de l’Afrique. Il paraît acquis que cet exploit fut accompli une première fois par les Phéniciens, envoyés par le pharaon Néchao au VIIe s. av. J.-C.. Cependant, les navigateurs grecs ne descendirent qu’exceptionnellement au sud du cap Gardafui. En rentrant des Indes, Diogène perdit sa route et fut entraîné jusqu’au canal de Mozambique. Un certain Théophile navigua aussi le long des côtes de l'Afrique orientale et fut le premier à signaler les hautes montagnes du Kenya ; après lui, Dioscoros parvint jusqu’au cap Delgado, au nord du Mozambique. La route maritime des Indes s’ouvrit à la suite de nombreuses tentatives. Après les explorations de la mer Rouge sous les premiers Ptolémées, ce n’est que sous Pto-lémée XI que fut découverte l'île de Socotora. Vers 50 av. J.-C., un marchand grec ouvrit la route du golfe d’Aden vers Muzi-ris (actuelle Cranganor) et, dès lors, le commerce avec l’Inde et le sud de la mer Rouge se développa au point que, sous Auguste, cent vingt navires partaient chaque année de Myos Hermos et de Bérénice sur le golfe de Suez. Au Ier s. un navigateur grec, Hippalos, utilisa le régime des moussons, qui reçurent le nom de « vents d’Hippalos », pour aller et revenir des Indes en navigation directe. À sa suite, les marchands grecs naviguèrent jusqu’à Trapobane (Ceylan ou Sumatra) et, au IIe s., ils allèrent chercher leurs marchandises jusqu’en Indonésie, en Indochine et en Chine méridionale. C’est à l’un de ces navigateurs qu’est dû ce guide très précieux, le Périple de la mer Erythrée, qui donne un itinéraire maritime où sont mentionnés de nombreux ports africains de l’océan Indien, ceux de l’Arabie et de l’Inde avec les diverses marchandises qu’on y exportait et qu’on y importait dans ce trafic en partie fondé sur le troc. De nombreux trésors de monnaies (romaines) et des objets d’origine alexan-drine (mais d’époque romaine), trouvés jusqu'au sud du Viêt-nam, confirment l’étendue des navigations dans ces mers du Sud à l’époque romaine, mais sans doute accomplies par des navigateurs alexandrins. Il conviendrait encore de citer ce lambulos dont parle Diodore de Sicile et qui, jeté à la dérive dans l’océan Indien par des pirates, atteignit après quatre mois une vaste île au climat agréable (peut-être Madagascar), voisine de sept petites îles d’où il fut expulsé pour dériver encore pendant quatre mois avant d’arriver aux Indes et à Palibothra (Patna), d’où il rentra en Grèce par la Perse. Rappelons aussi cet Euphémos de Carie, connu par Pausanias; au cours d’un voyage en Italie, Euphémos fut entraîné par les vents dans l’océan Atlantique, où il parvint aux îles Satyrides ; certaines étaient inhabitées mais d’autres étaient occupées par des hommes sauvages qui avaient des cheveux rouges coiffés en queue de cheval ; ils auraient capturé une femme du vaisseau et l’auraient sodomisée, ce qui a valu à leurs îles, de la part des Grecs, le nom de Satyrides. Les premiers navigateurs espagnols ayant décrit les indigènes des Antilles comme portant des queues de cheval et révélant des mœurs singulières, on a voulu voir dans les Satyrides ces îles américaines.

Liens utiles