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Kant: Grandeurs négatives

Grandeurs négatives

• Cette notion permet de rendre compte de la distinction entre l’opposition logique, relevant de la simple contradiction, et l’opposition réelle. S’il est vrai qu’une chose ne peut pas être à la fois A et non-A, en revanche une chose peut présenter deux prédicats non contradictoires pour un même sujet. C’est ainsi que l’ombre n’est pas rien par rapport à la lumière, le mal par rapport au bien, l’inconscient par rapport au conscient. •• La grandeur négative est donc une grandeur véritable opposée réellement à celle que l’on considère comme positive et l’on peut parler d’une relativité des concepts de positivité et de négativité. Nous sommes en présence du nihil privativum, de ce rien privatif qui, pour être un manque, est néanmoins quelque chose. Il en résulte que le réel est foncièrement conflictuel et que l’ordre de l’existence ne saurait se réduire à celui du logique. Le principe de contradiction ne relève en effet que de la logique formelle et la contrariété réelle n’est pas une simple contradiction logique. ••• Kant a posé ce problème dès 1763 dans l'Essai pour introduire en philosophie le concept de grandeur négative. L’influence de Newton détermine alors la rupture avec le panlogisme leibnizien : l’univers n’est plus un commerce de substances réglé selon l’harmonie préétablie, mais un jeu de forces conflictuelles tenues de s’équilibrer sans aucun fondement substantiel. Cela a des conséquences tant du point de vue métaphysique que moral. L’existence n’est pas déductible du concept car, outre son acception logique de copule dans le jugement, l’être n’est rien d’autre que la position de l’objet dans l’expérience. Se met ainsi en place la possibilité de la destruction de la théologie rationnelle et de l’argument ontologique, telle qu’elle est esquissée la même année dans De l’unique fondement possible d’une preuve de l’existence de Dieu : on ne peut pas déduire l’existence de Dieu de son concept ou essence. Par ailleurs, concevoir une réalité du négatif permet de rompre avec le thème de la théodicée et rend possible une nouvelle problématique du mal comme ayant une réalité positive.

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