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KADHAFI Mouammar

KADHAFI Mouammar (1942-)

Militaire et homme politique libyen, chef de l’État (1969-).

Mouammar Mohamed Kadhafi est le fils unique d’Abou Minyar et d’Aïcha, Bédouins de la tribu des Kadhafa, qui nomadisaient alors dans la région de Houne, à proximité de la ville de Syrte. Sa première éducation fut classiquement coranique. Outre des convictions religieuses non affectées, l’empreinte perceptible de son enfance allait transparaître par un attrait marqué pour la frugalité du monde bédouin et une réticence corollaire à l’égard de la ville dont le confort est soupçonné de conduire à toutes les compromissions.

Sa première attirance politique va à l’Égypte et ses luttes et, en 1952, au message arabiste de Gamal Abdel Nasser auquel il s’identifie immédiatement. Lorsqu’il sort en 1965 de l’Académie royale militaire de Libye et part suivre un stage de perfectionnement dans les transmissions à l’Académie britannique du Buckinghamshire, il anime déjà un petit noyau d’officiers en butte à la prévarication du régime du vieux roi Idriss Senoussi et désireux de combattre une influence étrangère que symbolise notamment la présence de bases occidentales sur le sol libyen. Quatre ans plus tard, le matin du 1er septembre 1969, c’est sa voix qui, à la radio de Tripoli, annonce aux Libyens que leur « héroïque armée vient enfin d’abattre les idoles ». Le « guide de la Révolution » de Fatih (premier jour) a vingt-huit ans. À coups de nationalisations, il va entreprendre et gagner la bataille de l’indépendance pétrolière. Même si l’incohérence formelle de ses initiatives la masquera parfois, il va pendant plus de vingt ans faire preuve ensuite d’une étonnante constance idéologique au service de la cause de l’unification arabe, seul moyen à ses yeux de surmonter les séquelles de la domination coloniale.

L’apathie conjointe de ses homologues arabes et de ses compatriotes au lendemain du raid aérien américain de 1986 sur Tripoli l’incitera à introduire à partir de 1987 un peu de pragmatisme dans le volontarisme à la fois brouillon et autoritaire de ses premières méthodes. Ce réformisme touchera vite ses limites et, en 1989, la poussée de la contestation islamiste le verra renouer avec la répression politique. L’idée qu’avec la « troisième théorie universelle » qu’expose son petit Livre vert il sortait l’humanité de la double ornière marxiste et capitaliste a paru en fait limiter dangereusement sa capacité d’analyse. En 1992 puis 1993, l’Organisation des Nations unies édicte des sanctions à l’encontre du régime à la suite d’attentats perpétrés en vol contre deux avions de ligne américain (au-dessus de Lockerbie [Écosse], 1988) et français (au-dessus du Tchad, 1989). Ces sanctions ne seront levées qu'en 2003, après accord sur l'indemnisation des familles de victimes.

Kadhafi, Muammar al (né à Surt, Tripolitaine, en 1942) ; dirigeant libyen.

De famille bédouine, il reçoit une éducation moderne au lycée de Sebkha puis à l’université de 1960 à 1963. Dès 1956, il se lance dans l’action politique en prenant la tête d’une manifestation contre l’intervention franco-britannique à Suez. Il entre en 1963 à l’Académie militaire libyenne. Il participe au coup d’Etat du 1er septembre 1969 qui renverse le roi Idriss et il s’impose très vite à la tête du Conseil de la révolution qui proclame la République arabe libyenne. L’évacuation des bases militaires étrangères, la politique d’armement et les revenus du pétrole, nationalisé en 1971 libèrent la Libye de la tutelle anglo-saxonne. K. se pose en héritier spirituel de Nasser : dès décembre 1969, la Libye, l’Égypte, le Soudan puis la Syrie signent la charte de Tripoli, embryon d’une Union des républiques arabes créée en 1971 et abandonnée peu après. Le socialisme arabe est défini en 1973 (discours de Zuara) lorsque K. annonce une double révolution culturelle - arabisation totale, instauration de la chaaria (loi islamique), épuration des opposants - et politique -le pouvoir est remis à la jeunesse et aux masses organisées en « comités populaires ». Il publie entre 1973 et 1977 son célèbre Livre vert qui rejette la démocratie et l’État comme des erreurs occidentales et présente l’islam comme un socialisme achevé. En 1977, la Libye devient un État populaire : al Jamahiriya. Derrière la mystique révolutionnaire se profile un pouvoir personnel très répressif (K. appelle en 1983 à la liquidation des opposants) usant sans scrupule de la violence terroriste à l’extérieur. Les interventions militaires pour contrôler le Sahara (en profitant des guerres civiles au Tchad), l’affrontement avec les États-Unis (qui bombardent Tripoli et Benghazi en 1986) ont isolé la Libye et contraint K. à une relative libéralisation politique et économique à la fin des années 1980. Bibliographie : J. Bessis, La Libye contemporaine, 1986.




KADHAFI, Muammar al- (Syrte en Tri-politaine, 1942-). Homme politique libyen. Il tenta de reprendre, après Nasser, le flambeau du panarabisme, présentant la « révolution libyenne » comme le moteur de l'unité arabe, mais échoua dans ses entreprises d'unification avec d'autres pays arabes. Bédouin du désert, il devint colonel et chef du groupe des « Officiers libres et unionistes ». Profitant d'un voyage du roi Idris Ier en Turquie, il s'empara avec quelques officiers du pouvoir (1969) et proclama la République arabe libyenne sous le signe de « la liberté, du socialisme et de l'unité arabe ». Président du Conseil suprême de la révolution (1969-1977) puis du secrétariat général du Congrès général du peuple, il a abandonné en 1979 ses fonctions officielles mais reste le véritable chef de l'État. Dès son arrivée au pouvoir, il entreprit une arabisation systématique du pays. Se posant en champion d'un islam rénové - troisième voie appelée à se substituer au socialisme et au capitalisme -, il apporta son appui actif à la résistance palestinienne. Grâce à ses revenus pétroliers, Kadhafi se lança dans une politique internationale de grande envergure. Il tenta, mais en vain, de développer une politique d'unité arabe entre son pays et l'Égypte, puis avec la Tunisie, le Soudan et la Syrie. Présent sur tous les points chauds du monde arabe, sa stratégie très personnelle contribua à brouiller le jeu diplomatique déjà complexe de l'islam (financement des mouvements de résistants palestiniens extrémistes, soutien aux opposants du régime de Sadate et de Nimeyri au Soudan, intervention militaire en Ouganda, en Cen-trafrique). Quelque peu isolé à l'intérieur du monde arabe, il s'attira l'hostilité de bon nombre de puissances occidentales en donnant son soutien à divers mouvements nationalistes recourant au terrorisme (raids américains de représailles contre la Libye, 1986). La Libye, qui a été rebaptisée en 1977 Al Jamahiniya (La populocratie arabe libyenne populaire socialiste), expérimenta à l'intérieur une sorte d'islam révolutionnaire. Son leader a de nouveau étonné l'opinion mondiale en signant en 1984 un traité d'union avec le Maroc (rompu en 1986) et remplacé en 1989 par un traité d'union du Maghreb arabe. La Libye de Kadhafi a aussi revendiqué le nord du Tchad qu'elle occupa à plusieurs reprises mais fut mise en échec par l'intervention militaire de la France en 1984 (opération Manta) favorable à Hissène Habré.

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