JÉSUS
JÉSUS (en hébreu Jeschouah, Josué, c’est-à-dire Jéhovah, sauvé), origine et fondement de la religion chrétienne. Par le mystère de l’incarnation, il est Dieu fait homme, deuxième personne de la Sainte-Trinité, Messie annoncé par les prophètes, le Christ venu sur terre pour racheter le monde. Sa nature, son origine sont exprimées dans le Credo, où il est dit qu’il fut conçu par le Saint-Esprit dans le sein de la Vierge Marie. Il naquit à Bethléem vers l’an 748 de Rome ; sa naissance, bien que très humble, fut annoncée aux Rois mages et aux bergers par des anges et par des prodiges dans le ciel. Tels furent ses premiers adorateurs. Le récit de ces événements est contenu dans les Évangiles, particulièrement chez saint Matthieu et saint Luc qui parlent peu de la vie privée de Jésus. Après une «Fuite en Égypte» pour éviter les persécutions d’Hérode, la «Sainte Famille» vécut à Nazareth en Galilée. Vers l’âge de trente ans. Jésus rejoignit son cousin Jean-Baptiste, dont la prédication annonçait la venue du Fils de Dieu. Il reçut de ses mains le baptême, puis, après s’être retiré dans le désert de Judée pour vivre dans la pénitence, retourna en Galilée où il commença sa vie publique, réunit des disciples, choisit douze apôtres, prêcha et fit des miracles. Il expliqua qu’il était le Fils de Dieu, donnant le sens de sa mission sur terre, enseignant aux hommes sa loi d’amour. Vivant dans la perfection au-dessus du péché, il pardonnait et donnait à ses disciples le pouvoir de pardonner. Il parlait en paraboles, qui n’étaient pas toujours bien comprises. Le milieu juif de son temps était partagé en différents partis plutôt que sectes : les «saducéens», plus hellénisés, et les «pharisiens», observateurs rigoureux de la Loi. Ces derniers attendaient le Messie suivant les Écritures, mais ne voulaient pas reconnaître Jésus comme tel. Ils décidèrent de le perdre. Par la trahison de l’apôtre Judas, Jésus leur fut livré, et le sanhédrin (conseil des anciens) le condamna comme blasphémateur, parce qu’il s’était dit le «roi des juifs». Le présentant aux autorités romaines comme un agitateur politique, le gouverneur Ponce Pilate le leur livra pour être crucifié (supplice de la croix infligé chez les Romains aux esclaves et aux voleurs). Jésus mourut à trente-trois ans après une longue agonie à Jérusalem sur le mont dénudé du Calvaire (Golgotha). Il descendit aux enfers, mais, marquant son triomphe sur la mort, affirmant sa divinité, il ressuscita le troisième jour, revint auprès de ses disciples, établissant les bases de son Église et annonçant sa seconde venue à la fin des temps (v. jugement dernier, parousie). Il monta aux deux (v. Ascension) rejoindre son Père dans toute sa gloire et son unité. Jésus-Christ. l'homme-Dieu dont la venue sur terre a bouleversé le sens de l’Histoire, a donné lieu à d’innombrables discussions, polémiques, études théologiques et aussi hérésies, celles-ci portant sur la personne et la nature du Christ-Jésus. (V. arianisme, monophysites, nestorianisme, etc.) Si la critique rationaliste, niant la valeur de témoignage des Évangiles, a reconnu l’historicité de l’existence de Jésus, quelques historiens ont proposé le «mythe de Jésus» et même parfois une assimilation à un mythe solaire, d’autres le considérant comme un prophète. Cependant, depuis la crucifixion, malgré les divergences de nombreux chrétiens, celui qui a dit «Je suis la voie, la vérité et la vie» continue à être considéré comme Verbe incarné, Fils de Dieu et Fils de l’homme, Christ, Messie, Sauveur et Rédempteur, par une grande partie de l’humanité.
Jésus de Nazareth (v. 7-4 av. J.-C.-30 ap. J.-C.) ; Christ, Messie.
Les auteurs de l’Antiquité païenne (Tacite, Suétone, Pline le Jeune, l’empereur Hadrien), lorsqu’ils parlent du christianisme primitif, ne fournissent aucune indication sur la personne et sur la biographie du fondateur de la nouvelle religion. Les textes juifs ne sont guère plus nombreux : deux passages de Flavius Josèphe (v. 37-100) et des allusions plus tardives du Talmud dans sa version de Jérusalem et dans celle de Babylone, toutes postérieures au Ier siècle. Par conséquent, seules les sources chrétiennes - « des écrits religieux et non des documents historiques au sens le plus précis du terme » - donnent, avec des divergences difficiles à réduire, une représentation historique de la vie du Christ. Ainsi les Evangiles qui, à l’origine, ne sont pas des biographies, mais des récits élaborés au sein de l’Église naissante (ils datent tous de la seconde moitié du Ier siècle) destinés à porter la « bonne nouvelle » (la venue de Dieu en la personne du Christ) et à l’instruction religieuse. Écrits par plusieurs rédacteurs, d’origine et de tempérament très différents, les Évangiles reflètent les préoccupations et les besoins spirituels des communautés chrétiennes. Ces dernières ont voulu fixer les premières prédications des apôtres et quantité de matériaux transmis oralement et par écrit par des témoins et des successeurs. Aussi, ils manquent parfois de clarté et de concordance, et il est souvent malaisé d’y distinguer ce qui est authentique de ce qui ne l’est pas. La recherche récente a toutefois élucidé les contradictions pour situer avec assez de précision la naissance, la vie publique et la mort de J. Naissance : entre l’an 7 avant J.-C. et l’an 4 avant J.-C., c’est-à-dire entre le recensement sous Quirinus, légat de Syrie entre 12 et 8, et la mort d’Hérode en l’an 4 avant J.-C. (notre chronologie usuelle se fonde sur une datation erronée de la naissance de J. par le moine Denis le Petit, v. 525 ap. J.-C.). Le début de l’activité de Jean-Baptiste que Luc (Luc 3,1) situe dans la quinzième année du règne de Tibère, et qui correspond à l’époque où J. avait à peu près trente ans, pourrait dater des années 27 et 28 après J.-C. Tandis que les synoptiques (Marc, Matthieu, Luc) donnent à la vie publique de J. une durée d’environ un an, l’Évangile de Jean étend cette période à presque trois ans. On ne peut parvenir à plus de précision pour la détermination de l’année et du jour de sa mort sous la préfecture de Ponce Pilate, gouverneur de Judée de 26 à 36 après J.-C. Le vendredi cité par les Évangiles (14 ou 15. Nisan = avril) fait apparaître trois dates possibles : en 27, en 30 et en 33, celle de 30 étant la plus vraisemblable. J. mourut donc en ayant un peu plus de trente-cinq ans. Issu de la lignée de David, J. était fils de Joseph, charpentier originaire de Nazareth en Galilée, bourgade de montagne située au sud-ouest du lac de Tibériade, où il grandit. Mais il naît en Judée, dans la ville de Bethléem, au cours d’un déplacement provoqué par un recensement. Avant de commencer sa vie publique, J. est baptisé par Jean dans le Jourdain. A côté de Matthieu et de Luc, les Évangiles apocryphes conservent certaines données sur sa jeunesse. Même si celles-ci ne sont guère attestées historiquement, elles reflètent l’atmosphère religieuse générale de l’époque et soulignent en outre, comme cela ressort aussi des Évangiles, la profonde connaissance que J. avait de l’ Ancien Testament. Tandis que de nombreux Juifs souffrent de la domination romaine et attendent avec impatience un sauveur sur le plan temporel et politique, les grands espoirs messianiques de certains milieux rigoristes trouvent leur expression et leur aliment dans l’action de Jean-Baptiste. Notre connaissance des différents courants religieux de l’époque a été considérablement enrichie depuis 1947 par la découverte des manuscrits et les fouilles pratiquées à Qumrân sur la rive nord-ouest de la mer Morte. Ces manuscrits mettent en évidence une vie communautaire de stricte observance, une activité de copistes et de commentateurs, et la conception idéologique d’une secte ascétique - sans doute les Esséniens fréquemment évoqués dans l’Antiquité (Pline l’Ancien, Josèphe, Philon) - qui a ici son siège, jusqu’à leur anéantissement au cours de la guerre de Judée (68). Les concordances avec les idées et la langue du Nouveau Testament, mais surtout le grand nombre de différences fondamentales ont permis de reconnaître l’originalité et la liberté de la doctrine de J. En annonçant l’imminence du Royaume de Dieu, et en exhortant ardemment à la conversion et au repentir, le Baptiste représente un risque possible d’agitation et provoque le mécontentement du fils d’Hérode, Hérode Antipas. Lorsqu’il est incarcéré et doit finalement subir la mort, J. se sent appelé à prendre la place de son précurseur. Accompagné d’un nombre de fidèles toujours croissant, parmi lesquels - sans doute sur le modèle des douze tribus d’Israël - il élit douze assistants, ses disciples, J. parcourt la Galilée, voyage en territoire païen (pays des Géroséniens ; région de Tyr, etc.), fait plusieurs séjours en Judée, se rend plusieurs fois à Jérusalem, pour proclamer sa mission dans les synagogues et partout ailleurs où il en a l’occasion. Se présentant comme « le Fils de l’Homme » envoyé par Dieu le Père (il évite jusqu’à la fin de se désigner lui-même comme le Messie), J. utilise sans cesse des images et des paraboles nouvelles ainsi que des gestes significatifs pour parler de l’amour de Dieu, du prochain et de l’ennemi. Un amour dont la réalisation amènera l’avènement du Royaume de Dieu. Ancrée dans la Loi juive, mais faisant éclater son étroitesse, la doctrine de J. constitue un « scandale » aux yeux de tous les fidèles de la religiosité juive, surtout aux yeux des Pharisiens et des Sadducéens. Lorsque, acclamé par les foules de pèlerins, il se rend à Jérusalem pour la fête de Pâque et commence à y agir, les différents pouvoirs se sentent menacés et interviennent en même temps. La sentence de mort prononcée par le grand conseil (Sanhédrin) condamnant le Christ pour blasphème et sédition est confirmée par le représentant de la puissance romaine, Pilate. Pour lui, la mort de J. ne signifie sans doute rien d’autre que la fin d’un des nombreux agitateurs issus des couches populaires qui, à cette époque, croient secouer le joug de la domination étrangère en réalisant les promesses de l’Ancien Testament. Pour les Juifs, c’est la fin d’un faux prophète ; pour le christianisme primitif, l’avènement d’une nouvelle ère, un acte qui doit transformer le monde.
Bibliographie : P.-M. Beaude, Jésus de Nazareth, 1983 ; G. Bessière, Jésus le dieu inattendu, 1983.
Les parents de Jésus étaient-ils de bons chrétiens ?
Oui et non. La naissance de Jésus est annoncée par l’ange Gabriel. Mais Jésus ne tombe pas du ciel. Saint Matthieu place au début de son récit une longue généalogie pour attester une filiation profonde avec le peuple d’Israël. Elle se termine ainsi : « Jacob engendra Joseph, l'époux de Marie, de laquelle fut engendréJésus, que l'on appelle Christ ou Messie. » Jésus est donc juif, comme Joseph et Marie. Ce détail a son importance, ne serait-ce que pour la réalité de l’incarnation. Jésus n’est pas un Grec ou un Gaulois, ni un Egyptien. L’antijudaïsme chrétien a parfois eu du mal à accepter cette donnée de base. Charles Maurras, le fondateur de l’Action Française, a fait l’éloge de « L'Église romaine contre le Christ hébreu ». Il se méfie de la Bible et de ses «prédications anarchiques ».
Cet antijudaïsme a des racines profondes. Il a pris la forme d’une hérésie au IIe siècle avec le philosophe Marcion. Ce dernier oppose le dieu de justice de l'Ancien testament au dieu d’amour du Nouveau testament. Surtout, il ne veut plus entendre parler des juifs. Un vrai massacre. Car l’enracinement de Jésus dans le peuple d’Israël ne fait aucun doute. Le pape Pie XI résume cette réalité par une belle formule : « Nous, chrétiens, sommes spirituellement des sémites. »
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