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Jackson, Andrew (Waxhaw, Caroline, 1767-Hermitage, Tennessee, 1845); président des États-Unis [1829-1837].

Jackson, Andrew (Waxhaw, Caroline, 1767-Hermitage, Tennessee, 1845); président des États-Unis [1829-1837]. La victoire que le général J. remporte au début 1815 à La Nouvelle-Orléans sur les Anglais est politiquement inutile, car le traité de Gand vient d'être signé quinze jours plus tôt. Mais c'est dans le prestige de ce combat impressionnant que prend sa source la popularité sans précédent de J., homme de loi et politicien, planteur de coton et commerçant du Tennessee. Issu d'une famille pauvre d'immigrants irlandais, il s'enrôle dès l'âge de treize ans dans la guerre d'indépendance où il est prisonnier maltraité des Anglais. Orphelin, il mène à la force du poignet ses études de droit puis les débuts de sa carrière professionnelle et politique dans le Tennessee où il occupe à partir de 1796 diverses fonctions électives, et glane ses premiers lauriers militaires dans les campagnes menées contre les Indiens Grees (1813-1814) et Séminoles en Floride dont il est en 1821 le premier et éphémère gouverneur militaire. Lors des élections présidentielles de 1824, J. recueille déjà la plus grande partie des voix, mais pas la majorité absolue nécessaire : c'est donc à la Chambre des représentants que revient la décision. L'union de deux candidats adverses lui fait perdre les élections, mais cette défaite donne au « héros de La Nouvelle-Orléans » l'aura d'un martyr de la démocratie dans la campagne électorale suivante. Ses succès écrasants aux élections de 1828 et 1832 ne seraient pas possibles sans la mutation qui s'est opérée dans la structure politique du pays depuis la création de la République. En élisant l'impétueux self-made man J., « l'homme du peuple » et « le pionnier de la frontière », les paysans de l'Ouest comme les artisans des villes de l'Est choisissent un président qu'ils considèrent comme l'un des leurs, et qui s'engage simplement, dans son programme, à défendre les intérêts des petites gens. Pendant sa présidence et sous sa houlette, le parti républicain de Jefferson devient le parti démocrate, qui fait délibérément appel aux masses et affiche une confiance sans limite dans leur sagesse politique. On déclare aussi « démocratique » - puisque chaque citoyen est censé pouvoir remplir des fonctions -l'attribution de postes dans l'administration en récompense à des partisans politiques, système qui marque les débuts du spoils System, mais qui permet à J. d'édifier une organisation efficace du parti. Le premier président réellement élu par le peuple réussit à renforcer considérablement sa position vis-à-vis du Congrès en utilisant habilement sa popularité, et n'hésite pas -comme la plupart de ses prédécesseurs - à imposer sa volonté en utilisant fréquemment son droit de veto et gouverne appuyé sur son kitchen cabinet, entourage de politiciens sans fonctions officielles. L'idéal de l'égalité des chances, son hostilité à l'intervention de l'État dans la vie économique et en particulier, sa répugnance à mettre le gouvernement fédéral au service des intérêts financiers et commerciaux des États de l'Est, nourrissent le combat victorieux de J. contre la Banque des États-Unis et le « système américain » de construction de routes et de canaux sur financement fédéral. Cependant, lorsque la Caroline du Sud prétend refuser d'appliquer un tarif douanier protectionniste (1832-1833), le président ne laisse aucun doute sur sa détermination à imposer le respect des lois fédérales par la force s'il le faut. Le conflit constitutionnel sur la souveraineté des États ne sera définitivement tranché qu'au moment de la guerre civile. Après deux mandats, J. fait élire son vice-président Van Buren et garde une durable influence au parti démocrate. Il meurt hydropique en 1845. Personnage haut en couleur et batailleur, J. n'a ni la culture ni la distinction de ses prédécesseurs, mais sa contribution active à la démocratisation profonde de la République, et l'énergie avec laquelle il défend les intérêts de ses électeurs et résout les problèmes qui lui sont posés, font de lui l'un des présidents les plus importants des États-Unis, le premier à n'être issu ni de l'oligarchie de l'Est ni de l'aristocratie sudiste. Sa popularité ne sera surpassée que par celle de Lincoln. Bibliographie : D.K. Bruce, Les Présidents des USA de G. Washington à A. Lincoln, 1789-1863, trad. fr., 1954, p. 239-267.

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