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ISOLEMENT / ISOLEMENT SENSORIEL

ISOLEMENT. Dès les premiers mois de la vie de l’être humain on constate sous l’influence de ses rapports avec autrui — la mère en premier lieu — le développement du sentiment social. Adler attache à ce sentiment une très grande importance. C’est ce sentiment qui assure à l’être humain des relations normales avec autrui. Dans la mesure où ce sentiment ne se développe pas, ou encore lorsque l’enfant est trop lié à sa mère et n’apprend pas à se mettre en contact avec ses semblables, le sujet risque de passer sa vie dans un isolement préjudiciable à sa vie psychique.

ISOLEMENT SENSORIEL. On dit qu’un individu est placé dans une situation d’isolement sensoriel lorsqu’il ne perçoit plus aucun signal en provenance de son environnement ou que le volume total de ces signaux est considérablement réduit d’une façon durable. L’isolement peut être global ou limité à une ou plusieurs modalités sensorielles. Il peut résulter : — soit de l’absence ou de la rareté des stimuli physiques ; — soit d’une incapacité de capter les signaux par déficience d’un organe sensoriel ; — soit d’une impossibilité de les intégrer au niveau central. Les animaux élevés dès leur naissance dans un environnement appauvri en stimulations sensorielles présentent par rapport aux animaux témoins un retard dans leur développement intellectuel, émotionnel et social. Leurs capacités d’apprentissage sont moindres, ils ne sont pas intéressés par les objets de l’environnement, ils sont timides et ne recherchent pas le contact des congénères. Sur le plan neurobiologique, leur cortex est moins développé, son activité enzymatique est réduite, la morphologie de ses dendrites neuroniques est moins complexe. Ce retard dans le développement est réversible lorsque l’animal est replacé dans un environnement sensoriel normal. Il n’est plus observé si l’isolement débute au-delà d’un certain âge critique variable selon les espèces. Lorsque la privation est localisée à une seule modalité sensorielle, le retard n’est observé que dans les problèmes dont la résolution nécessite habituellement l’utilisation du sens dont l’usage a été réduit. Les enfants aveugles de naissance présentent, jusqu’à un âge avancé, une infériorité très nette par rapport aux voyants pour résoudre tactilement des problèmes de manipulation d’objets dans l’espace. Mais leur niveau de développement logique reste voisin de celui des voyants pour toutes les opérations qui ne demandent pas un support visuel. Chez l’homme adulte la situation d’isolement sensoriel entraîne l’apparition de productions imaginaires plus ou moins riches, plus ou moins bien organisées, qui sont vécues comme des perceptions réelles, mais qui sont critiquées dès que l’isolement a cessé (éléments visuels ou sonores, modifications du schéma corporel). Certains auteurs ont voulu en faire un modèle expérimental de l’hallucination pathologique, mais le mécanisme de leur apparition est encore mal élucidé actuellement. Les conditions matérielles de l’isolement ne semblent jouer qu’un rôle mineur ; le seul élément indispensable est la disparition du cadre de référence perceptive. La richesse et le nombre des productions ne sont pas en relation avec la sévérité de l’isolement. Si l’isolement de longue durée peut entraîner un ralentissement persistant mais léger de la périodicité du rythme alpha de l’électro-encéphalogramme, l’apparition des productions imaginaires est toujours contemporaine d’un état d’éveil. Elles ne peuvent être assimilées à des productions oniriques. Lorsque le sommeil se produit, il est d’emblée profond, et au réveil, les sujets rapportent très souvent des rêves à tonalité anxieuse. La richesse de ces productions varie beaucoup en fonction du niveau intellectuel et culturel des sujets et de l’intérêt qu’ils portent à l’expérience. Dans les situations réelles, l’angoisse et l’épuisement physique paraissent favoriser leur apparition. Dans l’isolement expérimental, l’anxiété que déclenche chez beaucoup de sujets l’étrangeté de la situation est également un facteur propice à leur déclenchement. On le favorise d’ailleurs par l’ingestion de drogues psychoanaleptiques telles que le méthylphénidate. Les productions imaginaires ne sont pas une conséquence directe de la réduction du volume des signaux sensoriels. La signification que présente pour le sujet la situation dans sa totalité est un facteur déclenchant essentiel. La disparition du cadre de référence perceptive empêche la critique de ces productions imaginaires et favorise leur assimilation à des perceptions réelles.

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